Chronique : L’argent des autres

David LemelinUne chronique sur l'absence d'études dans le dossier du troisième lien. (Photo : archives Carrefour)

Par David Lemelin

Évidemment, sur les réseaux sociaux des candidats aux élections, ce sont, en général, des sympathisants – voire des membres des partis concernés – qui commentent les publications. Ce n’est donc pas très dangereux ni très enrichissant, côté débat. Ils ne sont pas là pour ça, ils contribuent au moral des troupes et espèrent contaminer positivement le web.

Ça, on avait compris.

En revanche, j’ai beau savoir qu’il existe des gens – plus nombreux qu’on voudra l’admettre – qui se nourrissent de mauvaise foi à la pelle, il m’est toujours difficile de faire semblant que certains commentaires n’existent pas.

Je sais, je sais. Un psy dirait, reprenant les stoïciens, qu’il ne faut pas jouer les masochistes à s’en faire avec ce qu’on ne peut absolument pas contrôler. Oui, bien sûr. C’est comme se fâcher, assis devant la télé, lorsque son équipe préférée perd un match. Je ne suis pas sur le terrain, pourquoi devrais-je m’en faire?

C’est plus fort que moi.

Par exemple, à une promesse électorale présentée en campagne, un commentaire sous la publication : « c’est facile de faire des promesses avec l’argent des autres. »

Ouais.

À première vue, ça peut (si on pousse) avoir l’air d’une parole sage. En réalité, vous le savez, c’est plutôt un cliché usé à la corde. J’avais commencé à rédiger une réponse… puis, je me suis ravisé. J’avais envie de lui répondre ici.

Les partis politiques font des promesses avec l’argent « des autres », si on veut, exactement de la même manière que l’État gère l’argent des autres. De fait, les partis politiques qui aspirent au pouvoir n’ont pas pour projet de gérer l’argent d’on ne sait qui, mais bien celui des Québécois, l’argent qu’on met dans un pot commun, via les taxes et impôts qu’on nous prélève, qui constitue le trésor québécois. Notre argent. Celui des autres. Le leur, aussi.

En général, pour être pris au sérieux, les partis politiques présentent des cadres financiers. Donc, ce n’est pas « facile » de faire des promesses, car il faut les chiffrer et dire comment on va les financer. Et pour financer les promesses, il faut faire des choix : dire oui à ceci, non à cela, de manière à respecter le budget. Et si on choisit la voie de l’endettement, il faut même dire à quel point, comment et quand on compte résorber le déficit prévu.

Donc, à part quelques moineaux qui s’y prennent mal et se le feront reprocher, les partis politiques ne font pas facilement des promesses avec l’argent des autres. Ils proposent aux Québécois un plan de match et il appartient aux électeurs de choisir.

Voilà ce que c’est.

Voyez-vous, je suis un peu écœuré de ces remarques sarcastiques et venimeuses qui n’ont, finalement, aucune réelle valeur intellectuelle ou morale. C’est juste… de la mauvaise foi.

Certes, ça donne une longue réponse dans une chronique. Mais, ça met en lumière une observation : la mauvaise foi est une religion qui n’est pas près de disparaitre.

Hé oui, je vous rassure : j’avais compris que la remarque sur l’argent des autres servait aussi à déplorer le fait que l’État ne crée pas richesse lui-même ou qu’il ne se sert pas de son argent à lui, mais dépense celui des citoyens…

D’abord, c’est faux : seul l’État imprime de la monnaie. Donc, techniquement, y’a que l’État qui crée de l’argent. Puis, l’État contribue à la richesse avec ses investissements (il crée des emplois, investit dans les infrastructures, fait des placements, etc.). D’ailleurs, le développement économique est indéniablement une préoccupation importante des villes et des états. Suffit d’écouter un seul discours du budget pour s’en rendre compte.

Alors, oui, l’État contribue à la richesse. Même à cet égard, le commentaire est non pertinent.

Mais, vous voyez, avec un commentaire non pertinent, je peux faire plus de 600 mots.

Que voulez-vous? 

C’est plus fort que moi…

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