Chronique : L’arène Élisabeth II

David LemelinUne chronique sur l'absence d'études dans le dossier du troisième lien. (Photo : archives Carrefour)

Par David Lemelin

C’est fascinant.

Beaucoup de sympathie, beaucoup de bruit autour du décès de la Reine Élisabeth II.

On souligne sa sobriété, sa constance, dans un univers monarchique souvent turbulent et décalé. Oui, elle a été forte, si on peut dire. Elle a été habile à ne rien dire, ne rien faire, ne pas bouger.

Évidemment, la série The Crown, diffusée sur Netflix, n’est pas une biographie. Mais, on peut néanmoins soupçonner qu’on y trouve quelques parts de vérité, notamment en ce qui concerne la froideur de la Reine qui semblait préférer les chevaux aux humains.

Elle avait peut-être raison…

Du reste, on présente habilement la difficulté de son fils, le désormais roi d’Angleterre, à communiquer avec elle, à établir un lien normal mère-fils. Peut-être est-il impossible d’établir des liens normaux dans un cadre de vie qui n’a rien de normal. C’est abusivement riche, scandaleusement inutile et ramène fréquemment sur le tapis le débat sur la pertinence d’en finir ou pas avec la Monarchie.

Bon.

Pour ma part, étant souverainiste, vous devinez bien que je ne partage pas la tristesse de mes semblables. Oui, pour la famille de cette dame qui a perdu une mère, une grand-mère. Oui, pour cette énorme page de l’Histoire mondiale qui se tourne. C’est quelque chose, en effet.

Mais, je crois qu’on a surtout de l’affection pour la vedette. Dans notre monde, plus que jamais, on s’appuie sur des stars. On aime les stars. On les vénère, on les suit, on surveille leur vie, même lorsqu’elle est particulièrement superficielle et vide. La notoriété, y’a que ça de vrai, ou presque, dans notre monde mondialisé.

Et justement, Élisabeth II était une méga star. Tout le monde, ou presque, la connaissait, du plus petit pays du bout du monde, jusqu’aux puissances de la planète. Dans notre culture populaire, les rois, les reines, c’est romantique, ça fait rêver. Donc, on pleure, quand la Reine meurt. On a perdu notre étoile.

C’est vite oublié, je trouve, la signification réelle et profonde de son rôle, de son titre, du but de son existence. La Reine, c’est essentiellement un symbole. Ce n’est pas une fonction ordinaire. Elle symbolise et forme le socle de ce monde impérialiste qui se meurt (du moins dans sa forme coloniale d’antan) et qui n’a pas un bilan reluisant.

Ce n’est pas pour être déplaisant, mais l’Empire britannique, c’est de l’esclavagisme à la pelle, des meurtres, des pays arrachés à leur peuple, de l’exploitation des humains, des ressources, c’est le commerce voyou porté, notamment, par des pirates (ou corsaires, oui). Et tout cela tourne autour d’un mot, un seul : l’argent.

La puissance de l’Angleterre s’est assise sur l’accumulation de richesse, sur la croissance de sa fortune (comme tous les pays coloniaux). D’ailleurs, la Magna Carta, dont on vante les mérites pour ses aspects démocratiques, est surtout un traité qui focalise sur les taxes et la capacité des commerçants et des fortunés à pouvoir user de leur argent comme bon leur semble.

L’argent. C’est ça, l’obsession.

Ainsi, Élisabeth II portait cela. Tout comme elle trainait avec elle la série de scandales, de duperies, de vols et d’horreurs produits par un régime par essence scandaleux. L’impérialisme, c’est en soi un problème : ça implique la domination de l’un sur l’autre.

Des scandales, dis-je? Ce serait trop long, mais les premiers qui me viennent à l’esprit : songez aux sympathies nazies d’Edward VIII, à l’appui enthousiaste de la famille royale, dont le futur roi Charles lui-même, au cirque du pédophile en série Jimmy Savile, etc. Etc. Ça, c’est sans remonter jusqu’aux monarques précédents dont les horreurs et les scandales sont connus.

Bref, ce n’est pas une belle histoire de Walt Disney. C’est une histoire de massacres, d’assassinats, d’usurpations, de vols, de dépossessions, de crimes. Avec quelques belles sorties publiques, devant caméra, pour aider les pauvres et les infortunés…

La Dame a beau faire des sourires comme sur notre 20 piasses, il n’en demeure pas moins que ce symbole est lourd et chargé d’une histoire dont on devrait pouvoir se défaire, aujourd’hui, dans un pays libre et démocratique. Et ça, c’est dans l’arène politique que ça doit se jouer.

Car, ce n’est pas seulement un conte de fées. C’est surtout la représentation sur Terre d’un régime de domination dont l’humanité devrait pouvoir se débarrasser.

Mais, le carrosse royal est si beau!

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