Chronique : Comment on sait qu’on est vieux?

David Lemelin présente sa chronique Droit de citéUne chronique sur l'accès à la culture et savoir profiter de l'instant présent. (Photo : archives Carrefour de Québec)

Grave question. Déjà, on pourra répondre qu’on n’est jamais vraiment vieux, que c’est dans la tête tout ça. Ouais, ouais…

David Lemelin

Pourtant, il y a vraiment des indices qui s’accumulent comme un banc de neige en février et qui deviennent difficiles à ignorer, comme le banc de neige rendu en mars.

Quand on est jeune, on peut imaginer sans comprendre ce que c’est, devenir vieux.

Quand on le vit, sur le coup, on le refuse. Le lendemain aussi, on le refuse encore. Mais, tranquillement, les éléments s’empilent, comme le linge sur le plancher d’une chambre d’ado.

Un premier signe fort : la vue. J’ai toujours été myope, ou presque. Des lunettes, j’en porte depuis la quatrième année du primaire. Mais, la presbytie? Jusqu’à 45 ans, ça me faisait surtout penser au presbytère que les gens de ma génération n’ont pas connu.

Puis, le verdict : j’ai de la misère à lire. Or, je lis tout le temps. Chez moi, y’a plus de livres que de poussière. Ou presque. Merde, faudra, à défaut d’en avoir un au salon, me doter d’un foyer dans les verres.

Autre signe fort : des gens que vous avez connus de près qui meurent. Par exemple, deux de mes professeurs à l’Université, Jean-Claude Picard et Guy-Antoine Lafleur… pouf! Partis! Pourtant, j’entends encore leur voix dans ma tête (le rire de Guy-Antoine et la phrase fétiche de Picard : c’est quoi un bon lead?)

Ensuite, autre élément qui frappe fort : des idoles de jeunesse qui disparaissent. Le sympathique claviériste de Depeche Mode, Andy Fletcher, qui meurt, à 60 ans. Bordel! J’étais devant lui, y’a quelques années à peine, à admirer son groupe, en spectacle… Donc, j’aime des vieux?

À ce propos, on le ressent aussi quand ton ado vient te voir pour te parler de vieux artistes qu’il aime que toi, t’as vus en personne. Pareil pour des pans de l’histoire.

Les Nordiques? Je les ai vus de mes yeux. Le référendum de 95? J’y ai pris part, j’ai voté « oui ». Le téléphone à fil? Oui, y’en avait un, à la maison. Juste un pour tout le monde.

Merde, j’suis vieux?

On le sent aussi sur le corps, bien entendu. Les cheveux qu’on dit « gris », mais qui sont blancs.

Oh, c’est plus accepté chez un homme que chez une femme, entend-on. Oui, y’a un double standard déplorable à cet égard. Mais, j’suis pas plus heureux de voir le blanc qui m’enneige le crâne. Ça me fait ch…

Et puis, on le ressent fortement lorsque, par exemple, au soccer, tu te verses une cheville. À 23 ans, deux semaines plus tard, je ne sentais plus rien. Aujourd’hui, 6 mois plus tard, y’a encore des sensations désagréables dans cette foutue cheville.

Le jogging se passe superbement, le cardio est bon, mais parfois, c’est le genou qui me dit que ma séance est terminée, qu’importe mon entrain et ma bonne humeur. Merde, encore!

Certes, y’a de beaux avantages qui viennent avec les rides. Le savoir qui s’est accumulé, la sagesse qui s’impose, l’expérience qui rend service, une meilleure connaissance de soi, de ses limites, de ce qu’on veut.

Oui, c’est super, vieillir.

Mais, le coup de grâce, c’est quand vous remplissez un sondage et qu’on vous demande de cocher votre catégorie d’âge. Quoi? Les 45-60 ans?

Merde. J’suis vieux.

Commentez sur "Chronique : Comment on sait qu’on est vieux?"

Laissez un commentaire

Votre courriel ne sera pas publié.


*


Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.