Malaises et questionnement

David LemelinNotre chroniqueur parle du pouvoir dans le journalisme qui impacte sa qualité. (Photo : archives Carrefour)

Je n’arrive pas à trancher si je suis fasciné ou gêné par le chef de Québec 21, Éric R. Mercier. Quand je l’observe, je me demande s’il fait preuve de mauvaise foi naturelle ou si son sens du spectacle en épouse seulement la forme. 

Par David Lemelin

Ce style un peu lourd, suspendu, ponctué d’effets de toge déroutants et soutenu en façade par une mine continuellement grave et ténébreuse a de quoi troubler l’observateur. Pourquoi tout ce théâtre?

Évidemment, ceux qui ont connu son père (comme moi qui l’a interviewé à de multiples reprises lorsque j’étais journaliste), Ralph Mercier, dernier maire de Charlesbourg (de 1984 à 2001), y verront une tentative évidente de mimétisme. Il est sans doute, en effet, tentant de reprendre la recette paternelle, sachant la force et la couleur du personnage. Ça doit aussi être plutôt lourd à porter, mais il essaie. 

Sauf que ce style était courant dans les années 1980 et 90. On parlait avec emphase, on se scandalisait fortement, on n’hésitait jamais à mettre des bûches dans le foyer de la partisanerie afin d’attirer l’attention. On voyait cela dans les hôtels de ville et dans les parlements, partout. Est-ce encore de mise, en 2022?

En tout cas, cela nous a conduits à un débat curieux et déroutant concernant le récent sondage sur le tramway. Payé par le parti conservateur du Québec, ce coup de sonde nous apprend que l’appui au projet est de seulement 38 % dans la grande région de Québec. 

Il n’en fallait pas plus pour que le chef de Québec 21 mette sa cape et son chapeau à plume pour se lancer dans une tirade qui lui est caractéristique. « Le maire a la pédale sur le gaz. Moi je pense qu’il y a un problème avec les gaz à effet de serre aussi. La démocratie s’exprime par les freins. La population veut être sur les freins et non pas sur le gaz », dira-t-il, ponctuant son propos de jeux de mots manquant de pif.  

Pourtant, j’ai beau essayer de m’habituer à la mauvaise foi en politique, je suis néanmoins encore estomaqué lorsqu’un politicien s’accroche volontiers à des poignées imaginaires. Quand on ne sonde pas la même population, selon des paramètres comparables… on ne peut pas comparer. Y’a pas de débat. En méthodologie scientifique, c’est non négociable, alors pourquoi ça le serait en politique? 

Comment s’étonner qu’à Beaumont, où se sont établis des gens qui nourrissent eux-mêmes l’étalement urbain (c’est leur droit, certes), on trouve des opposants au tramway? C’est comme faire un sondage sur la viande chez les végétariens. Le résultat est connu.

Québec 21 s’est aussi accrochée au fait que le tramway serait plus populaire à Montréal qu’à Québec. Bien sûr! 

  1. Ils savent ce que ça apporte, un transport collectif de fort volume.
  2. Ils n’ont pas 40 ans de radio triomphante anti transport collectif derrière les oreilles.

Bref, Éric R. Mercier colore d’une bien étrange façon les débats à l’hôtel de ville, comme s’il voulait perpétuer un style qui est clairement dépassé. Il semble décalé sur les défis, déphasé sur le ton, parvenant même à nous faire regretter la chefferie de Jean-François Gosselin qui pouvait certes manquer de contenu et faire preuve d’une persistante naïveté, mais qui semblait toutefois mû par de bonnes intentions. 

Alors, quel avenir y a-t-il pour ce parti? Difficile à dire. En tout cas, je ne parierais pas sur une approche qui me pousse à me demander si je suis en train de regarder un documentaire sur les mairies d’antan…

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