Le mariage : une idée bof

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J’ai toujours su que je voulais me marier. Je vous entends : étant une femme dans la trentaine, c’est mon éducation elle-même qui m’a imposé ce désir.

Par Émilie-Anne de Warens

D’accord, mais moi, mon véritable problème, c’est mon chum. Il ne tient pas à vider l’entièreté de son compte épargne pour ce qu’il appelle « des peccadilles ». Pour quelqu’un qui utilise encore l’expression « peccadille », il devrait pourtant être favorable.

En vérité, il aimerait beaucoup mieux s’acheter un voilier. Il n’a pas non plus envie d’investir du temps pour une journée qui ne sera nullement représentative de la vie réelle, c’est-à-dire de nos chicanes concernant les bas qui trainent, la vaisselle pas rincée ou la supériorité du lait d’avoine sur le lait de vache.

Malgré sa tête de cochon, il a quand même accepté de m’accompagner dans ma quête du mariage idéal, c’est-à-dire de prendre connaissance des modes et des tendances. Après 48h de mise à jour, j’avoue que c’est maintenant moi qui doute.

Le mariage est une institution féministe

Les films de Disney et les comédies romantiques se tiennent la main pour nous convaincre que l’apogée du bonheur se trouve dans la promesse d’aimer et d’être aimé éternellement. « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » nous conditionnent. En tant que féministe, ne devrions-nous pas s’opposer frontalement à cette culture de la dépendance, du besoin que notre existence soit justifiée par un tiers masculin ?

Les plus cyniques pourraient dire que ce qui nous motive à nous marier va plus loin qu’une simple soumission à une « culture patriarcale toxique ». Il viendrait aussi d’un désir égoïste d’exclusivité et une envie d’organiser la plus grande fête de toute notre vie, où nous en serons la vedette.

Au fond, selon eux, dans un monde où l’égocentrisme règne, le mariage ne serait qu’une occasion de plus pour se faire voir et pour justifier notre valeur propre sur les réseaux sociaux, en même temps que de s’approprier quelqu’un, de le faire sien. Ce constat dit peut-être quelque chose de vrai, mais il est surtout réducteur, facile et témoigne d’une vision très limitée de l’expérience humaine.

J’ai toujours pensé que l’institution du mariage était plutôt féministe. Il permettrait de conserver et de radicaliser ce que j’appelle « la supériorité esthétique féminine ». Je crois que la femme a comme instinctivement le goût des choses romantiques. Elle a une sensibilité naturelle supérieure aux choses de l’amour et le mariage en est le point culminant. Le mariage comme cérémonie du « Je vous présente l’homme de ma vie. » est peut-être le dernier geste proprement esthétique et romantique qui reste aux femmes.

C’est peut-être aussi un reste de naïveté qui pousse au mariage, c’est-à-dire la croyance au concept de l’âme-sœur ou de la douce moitié. Peut-être que certains couples croient avoir été réunis par le destin. Ils veulent que les autres soient témoins de leur amour éternel et participent à leur joie : L’amour existe encore ou du moins, nous sommes encore capable de se laisser prendre au jeu de l’amour. Nous sommes encore humains. C’est une bonne nouvelle.

Quand Pinterest s’invite au mariage

Ce n’est pas sans chagrin que j’ai compris, après avoir fait mes recherches, que je ne me ferai pas d’amies dans la communauté des futures mariées.

D’abord, si j’essaie d’être positive, je dois avouer que les robes sont encore élégantes. Évidemment, la mode vestimentaire étant ce qu’elle est, il y a encore des magnifiques créations. Dieu merci, elles sont blanches et assez classiques.

Il y a quelques ajouts douteux, comme la possibilité de transformer la robe de cérémonie en robe de party en enlevant des morceaux, le tout pour obéir à la tyrannie du confort. Une partie du plaisir me semble être d’essayer de se déhancher dans un habit inapproprié ; c’est aussi ça, être royale. Autre bémol : l’intérêt trop grand pour la robe de la mère de la mariée (on parle même qu’elle soit « sexy ») et pour les demoiselles d’honneur. Qu’elles se débrouillent, quand même.

Pour faire un portrait général, les tendances sont à la pinterestisation du mariage, sans surprise par ailleurs. Des arches en fleur, des écriteaux kitch en anglais, des fausses chandelles assorties à la thématique romantique, chic, bohème ou champêtre, des sous-verres en tronc d’arbres, etc. On dirait vraiment une fête d’enfants pour adultes.

Niveau musique, ce n’est pas mieux. Il semble falloir choisir entre un DJ pro du mixage ou un DJ pro du mixage. Ce n’est pas vrai que je me tape une version électronique cheap de Despacito le plus beau jour de ma vie.

Le mot à retenir : PRESTIGE. Il semble que ce soit le buzzword des mariés (mention spéciale pour le terme « zénitude »). Si un exemple du prestige est une espèce de plafonnier en grosses plumes pendantes beiges, tout juste au-dessus de la tête des mariés, très peu pour moi. Aussi, il semblerait que pour que ce soit prestigieux, il faut que ce soit écrit en anglais. « Le français n’est plus tendance », peut-on lire.

Autre tendance : faire un brunch le lendemain du mariage, pour se « remémorer la soirée » avec les invités. Premièrement, on ne semble pas avoir la même idée du genre de soirée qu’implique la post-cérémonie si on présuppose que les mariés seront frais et dispos pour des œufs bénédictins et de la lavasse. Deuxièmement, on est à moins de 24h de l’évènement, à quel point a-t-on besoin de s’en souvenir ?

Pour reprendre les mots d’un fournisseur spécialisé : « Les deux limites sont votre imagination et votre portefeuille. » J’ai envie d’ajouter que la seule véritable limite est votre mauvais goût.

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