Saint-Sauveur: des pistes de solutions pour la sécurité des piétons

Marie-de-l'IncarnationL'intersection du boulevard Charest Ouest et de la rue Marie-de-l'Incarnation (Julie Rheaume).

Le quartier Saint-Sauveur a récemment été le théâtre de graves accidents de la route impliquant des piétons. Pour Étienne Grandmont, directeur général d’Accès transports viables, un organisme qui défend les droits des usagers des transports collectifs et actifs dans la grande région de Québec, les enjeux pour les piétons et les cyclistes transcendent les frontières de la basse-ville.

Le 1er novembre, un jeune homme a été gravement blessé en traversant à l’angle du boulevard Charest Ouest et de la rue Marie-de-l’Incarnation. Le 7 novembre, une quinquagénaire a perdu la vie après avoir été heurtée à l’intersection de la rue de l’Aqueduc, non loin. En mai, une femme dans la vingtaine avait été blessée après avoir été frappée par un véhicule sur Charest Ouest, près de la rue Verdun.

Le 2 novembre, le Comité des citoyens et citoyennes du quartier Saint-Sauveur (CCCQSS) a d’ailleurs dénoncé l’inaction de la Ville pour sécuriser l’intersection du boulevard Charest et de la rue Marie-de-l’Incarnation lors d’un rassemblement tenu sur place, en fin de journée, à la suite de l’accident survenu la veille.

Des enjeux plus grands

Les enjeux de sécurité vont au-delà du quartier Saint-Sauveur, croit Étienne Grandmont d’Accès transports viables. Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte quant à la sécurité des piétons et cyclistes, peu importe où ils circulent sur le territoire.

« Le bilan routier, au Québec, a tendance à s’améliorer parce que les véhicules sont vraiment plus sécuritaires (…). Les gens consomment probablement moins d’alcool aujourd’hui qu’avant, ils portent davantage leur ceinture. Les véhicules sont plus sécuritaires, donc le bilan routier a tendance à s’améliorer. Là où le bât blesse, c’est que les usagers vulnérables que sont les cyclistes et les piétons, eux-autres, leur bilan ne s’améliore pas », dénonce M. Grandmont.

Plusieurs facteurs sont en cause, selon l’intervenant. Les véhicules ont beau être plus sécuritaires pour les gens qui y prennent place, ils sont désormais plus gros, plus haut et plus lourd, avec des angles morts plus importants. Leur temps de freinage est plus lent, et par leur taille, ils peuvent causer des blessures plus sévères aux cyclistes et piétons, voire la mort.« C’est tout le corps qui encaisse l’impact », dit-il.

Les voitures sont aussi dotées de plus de « bébelles qui distraient le monde », comme des écrans et imposants tableaux de bord, enchaîne l’interlocuteur. « On a vraiment un grave problème de distraction au volant », ajoute-t-il. D’ailleurs, au Québec, cette problématique est l’une des causes les plus souvent mentionnées par les policiers dans les accidents avec blessés ou décès, selon la SAAQ.

Le parc automobile augmente beaucoup chaque année. À son avis, qui dit plus de véhicules, dit plus de risques d’accident.

Au centre-ville

« La plupart des gens partent des banlieues pour se rendre vers les lieux d’emploi. Les principaux lieux d’emploi, à Québec, c’est Sainte-Foy, la Colline parlementaire, Saint-Roch et Lebourgneuf. Particulièrement dans Sainte-Foy et encore plus vrai dans le centre-ville de Québec, la Colline parlementaire et Saint-Roch ainsi que ces secteurs-là, c’est aussi là que tu as le plus de piétons. C’est à cet endroit que tu as (le plus faible) taux de motorisation », explique-t-il.

Les gens marchent beaucoup, font leurs courses, vont au travail ou à l’école à pied ou à vélo. L’offre en transport en commun est aussi riche.

«  Il y a beaucoup de déplacements à pied (au centre-ville). En même temps, sur les heures de pointe, le matin et le soir, il y a énormément de gens qui viennent de la périphérie et se rendent vers ces lieux-là. L’étalement urbain a tendance à croître beaucoup, donc le nombre de véhicules dans la région de Québec a beaucoup augmenté dans les dernières années. (On a donc) un mélange parfait : tu as des gens qui viennent de l’extérieur avec leurs véhicules qui sont de plus en plus gros. Ils sont stressés parce qu’il y a de plus en plus de véhicules, ils veulent rouler vite. Ils passent sur la rouge, car ils ont hâte de rentrer chez eux. Il y a beaucoup de piétons dans ces milieux-là. Qu’est-ce que ça fait à un moment donné? Ça cogne! »

Des solutions?

Quelles sont les solutions à apporter pour assurer la sécurité des cyclistes et piétons?

Il faudrait d’abord travailler sur l’étalement urbain et réduire le nombre de véhicules. Le futur tramway pourrait avoir un impact en ce sens, selon M. Grandmont.

Il faut aussi créer des environnements sécuritaires pour les piétons et cyclistes. « Tout l’environnement est bâti autour des automobiles. C’est plate, mais c’est vraiment ça. Ce n’est pas fait pour les piétons. Ce que voudrait, c’est que l’environnement soit là pour protéger les plus vulnérables », souhaite Étienne Grandmont.

Pour ce dernier, les villes devraient adopter une stratégie de sécurité routière inspirée de la Vision zéro, dont l’objectif ultime est une absence totale d’accident grave ou mortel. Pour ce faire, on devrait notamment s’attaquer à la source du danger.

« Attaquons nous à la source : réduisons le nombre d’automobiles, faisons des aménagements qui vont vraiment réduire la vitesse de circulation.À un moment donné, commençons aussi à faire de la répression, de l’éducation et de la sensibilisation. À la fin, demandons aux cyclistes et piétons d’avoir un comportement exemplaire. »

«La Ville de Québec s’est inspirée de la Vision zéro pour faire une stratégie de sécurité routière (Stratégie de sécurité routière 2020-2024), mais à notre avis, elle ne va pas assez loin. Elle devrait être encore plus performante, encore plus ambitieuse. Ce qui ressort, à la fin, c’est beaucoup la courtoisie au volant, les opérations policières autour des écoles, les radars photo éducatifs qui indiquent ta vitesse (…). Quand tu regardes ce qui devrait être fait, la Ville aurait encore beaucoup de travail à faire.»

Dans Saint-Sauveur

Sur Charest, « ça roule en fou, lance M. Grandmont. À très court terme, pourrait-on revoir la configuration des intersections? ».

Les intersections dotées d’un angle de 90 degrés permettent de réduire la vitesse, par rapport à celles aux angles plus arrondis. « Plus l’intersection est a angle droit, plus on va ralentir pour tourner. Si l’angle a un rayon de courbure très grand (…), je vais être capable tourner à 45-50 km/h sans aucun problème. C’est ce qui se passe exactement sur de l’Aqueduc. »

En ce qui a trait aux récents accidents survenus dans le quartier Saint-Sauveur? Quel message Étienne Grandmont voudrait-il lancer à la Ville de Québec?

Les blessures et décès sont évitables, répond-il d’abord. Avec une stratégie routière et la mise en place de moyens adéquats, on peut arriver à réduire ces drames, croit-il.

La réduction des accidents de la route passe aussi par une responsabilité partagée entre usagers et les concepteurs de routes : « élus qui commandent et fonctionnaires qui travaillent sur le design des routes ».

Les concepteurs doivent notamment « prendre acte et doivent se sentir responsables pour vrai d’améliorer le bilan routier et surtout, de réduire le nombre de blessés graves et de décès sur les routes », affirme-t-il.

« C’est une responsabilité partagée et actuellement, on la remet juste sur le dos des usagers », conclut Étienne Grandmont d’Accès Transports viables.

Étienne Grandmont
Le directeur général d’Accès transports viables, Étienne Grandmont. Photo : Gabriel Côté

Bilan routier 2020 – Capitale-Nationale

Nombre d’accidents: 6347

Nombre d’accidentés: 1765

  • Nombre de décès: 12
  • Nombre de blessés graves: 98
  • Nombre de blessés légers: 1655

Nombre d’accidentés piétons: 122

Nombre d’accidentés motocyclistes: 156

Nombre de titulaires d’un permis de conduire: 508 713

Source: carte interactive de la SAAQ

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