Bienvenue dans ma tête!

Jayman

Même si personne ne l’a demandé, voici, pour votre plus grand plaisir, un aperçu de comment les choses se passent dans ma tête.

Nous sommes samedi matin, au somme de la “Jayman Tower”, dans une salle de conférence remplie de personnes non-éveillées parce qu’il est huit heures du matin, et que personne n’est réveillé à huit heures du matin un samedi matin d’automne du matin.

Murielle Sansamour, la PDG de la “Jayman administration” est debout au bout de la table.

Elle se rince le gosier avec un verre de vodka-jus-de-canneberge-gin-tonic-margarita-sangrià-rhum’n’coke-mojito-IPA-sans-alcool.

“Nous venons de recevoir les critiques de la chronique qui vient juste de paraître.”

Elle montre un journal appelé “LE CRITIQUE INTERNE”. En gros titre, des gros mots qu’on ne peut écrire dans un journal de qualité comme Le Carrefour de Québec. Disons simplement que ça compare la qualité de la dite chronique à un gros Jésus et une pile d’excréments.

Murielle enchaîne. “Cette semaine, on doit impérativement se reprendre, sinon personne ne va nous aimer. Je propose qu’on y aille avec un thème facile. Quelque chose de léger!”

Un stagiaire lance à tout vent : “du fromage Philadelphia!”

Tout le monde rit.

On lui donne une promotion. Il est maintenant en charge des collations.

Avec un effort surhumain, Gaston, le paresseux qui ne veut jamais travailler, lève la main. “On prend-tu un break? J’ai envie de pepi!”

Murielle le fusille du regard. “Franchement, on vient de commencer la réunion. Tu vas te retenir!”

C’est alors qu’Albert, le génie créatif, s’excite soudainement. “Mais Gaston, mais tu es un génie! Les toilettes! C’est un thème parfait. Tout le monde va aux toilettes!!”

Un personnage androgyne qu’on n’a jamais vu dans la Jayman Tower ouvre la porte de la salle de conférence. “D’ailleurs, lundi, on a aperçu une toilette mixte dans un bar de Québec… Faque c’est ça, bonne journée!”

La personne androgyne repart et ne sera plus jamais revue. La légende dit qu’elle s’est acheté un château à Yellowknife avec l’argent qu’elle a fait en vendant sa guitare.

Gaston se laisse porter par l’enthousiasme du moment. “Hey! Des gars pis des filles qui font pepi côte à côte dans un bar. Ça va être facile d’écrire des blagues là-dessus. C’est le genre de chronique qui s’écrit toute seule. Déjà, à quel point c’est difficile pour un gars de faire pepi avec une –”

Murielle frappe du point sur la table. “C’est décidé. Nous allons écrire la prochaine chronique sur le thème des toilettes mixtes!”

On applaudi.

On se fait des “high-five”.

Pris par la passion du moment, Albert et Murielle s’embrassent, se marient et ont beaucoup d’enfants.

Sabrina, la recherchiste en chef, toussote poliment en regardant l’écran de son portable.

Instantanément, tout le monde se rasseoit et la regarde le plus sérieusement du monde.

Albert et Murielle cessent de faire des enfants.

Sans lever les yeux de son écran, Sabrina leur parle d’un ton grave. “Je suis désolée de jouer les rabats-joie, mais mes recherches préliminaires m’indiquent que la question des toilettes mixtes concerne principalement la question des droits… [pause dramatique] des personnes trans!”

Tout le monde autours de la table s’agite nerveusement.

On entend des “Oh boy!”, des “Ouain…” et des “C’est un terrain glissant, et je n’ai pas amené mon trois-skis!”.

Murielle se tourne vers Sabrina. “Bon, et bien, retour à la case départ. Sabrina, est-ce qu’on avait d’autres thèmes en réserve?”

Sabrina fouille sans ses dossiers. “Oh, oui. Y’a bin des affaires qu’on comprend pas. Les tattoos, les jeux à boire, les gens qui se fâchent contre les employés d’un fast-food pour des erreurs insignifiantes…”

En colère, Albert se lève. “Mais qu’est-ce qui se passe? Pourquoi on parlerais pas des toilettes mixtes?”

Murielle le dévisage. “Albert. Les enjeux des communautés LGBTQ+, ça ne nous concerne pas vraiment. C’est à leurs membres d’aller mettre de l’avant leurs causes.”

Albert ne lâche pas le morceau. “Mais je suis certain que je peux trouver une façon d’en parler de manière intelligente, raisonnée et empreinte de compassion, comme un bon allié!”

Murielle s’impatiente. “J’en doute pas, Albert. Mais c’est pas la question. C’est une chronique humoristique. On va pas aller écrire des blagues sur les personnes trans, ok?”

Albert ne comprends pas. “Je ne comprends pas. On a juste à pas parler des personnes trans. On écrit des blagues du genre «Je comprends pas en quoi c’est difficile de remplacer le pictogramme du monsieur ou de la madame par le mot “TOILETTE”! Ça facilite juste les choses. Comme si à l’épicerie on enlevait les marques des produits et qu’on se contentait d’écrire “PAIN”!», et le tour est joué.”

Murielle enlève ses lunettes et se frotte les yeux. Puis, sur un ton froid et menaçant : “Albert, si t’arrives à trouve une seule bonne blague sur le sujet qui ne risque pas de rire des personnes trans, UNE SEULE, on va faire la chronique là-dessus. Autrement, t’es renvoyé. T’as une semaine.”

Alors voilà, je n’ai pas de chronique cette semaine, Albert a été renvoyé, et je cherche un nouveau génie créatif!

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