Un CHOI douteux

David Lemelin

Le choix des mots des partis et candidats politiques est souvent très révélateur de ce qui se fait, en coulisses.

Par exemple, le nom désuet « Québec forte et fière » trahit la cible de leur stratégie : fort et fier, c’est un langage qui passe bien dans les radios privées. Et, de fait, l’ensemble des mots choisis par les gens de com derrière le candidat Marchand est d’une transparence inouïe. C’est CE public qu’ils cherchent à convaincre, croyant sans doute que le passé communautaire du chef permettra de prendre ses aises à droite, sans tout perdre à gauche, pour parler à ce large public qui cherche son « homme » pour les élections.

Le calcul est le suivant : à gauche, ça va se diviser. À droite, il n’y a qu’un adversaire, mais son habileté est plus qu’incertaine. Or, il y a un vaste public à conquérir, comme en font foi les sondages pro-CAQ dans la région.

Alors, les com de cette formation choisissent avec soin : on ne sera pas contre le troisième lien, ce serait pourtant responsable, mais on s’en fout : notre cible, c’est CHOI. 

Autre exemple, le parti présente une « position » pour le transport en promettant non pas de la cohérence dans l’aménagement (ça prend du savoir et du courage), mais une application qui permettra aux gens de choisir. « On ne veut pas infantiliser les gens » déclare Marchand, pour bien véhiculer cette importante valeur de ce public de choix, la liberté. En vérité, le défi n’est pas de coordonner les transports (ça viendra, certes) : c’est de savoir gérer l’immense chantier qui s’en vient. Mais, ce n’est pas ce qu’on veut entendre à la radio. Ce parti est en cela encore plus conservateur que Québec 21 qui, au moins, propose quelque chose.

On parle aussi beaucoup des commerçants, de l’identité locale… des éléments qui sonnent bien dans les oreilles de ce public. 

Et puis, cerise sur le gâteau stratégique : Marchand placerait à nouveau de la pub sur les ondes de CHOI, pour bien rassurer ses animateurs. Or, Québec n’a pas décidé pour le « fun » de retirer ses pubs. Cette station a fait le choix délibéré d’inviter des adversaires des mesures sanitaires. C’est le danger évident de ce discours (qui continue d’ailleurs) qui a incité la Ville à agir, pour éviter de nuire à la santé publique.

Les stratèges de Marchand s’en accommodent, car le virus est bientôt derrière nous (à cause des gens qui respectent justement les consignes). Le pouvoir, lui, est juste devant. Et pour ça, il faut roucouler avec la radio et parler de liberté, même au risque de cautionner des propos indéfendables et dangereux.

Cette soif de votes de ce public précis explique également l’« extrême centrisme » porté par ce parti. On n’a pas besoin de vision, de cohérence ou de savoir-faire. Tout ce qu’on veut, c’est le pouvoir. Quitte à nous proposer n’importe quoi et peu importent les conséquences. 

La politique devrait faire preuve de grandeur, disais-je. Ce n’est manifestement pas le cas, ici.

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