Dans la rue (II) – La nouvelle vie de Fleur de Lys

Vue intérieure du centre commercial Fleur de LysCrédit photo : Sophie Williamson.

Le projet de redonner une seconde vie à l’espace qu’occupe présentement Place Fleur de Lys apparait comme une bonne nouvelle. 

Investir 850 millions de dollars pour construire des unités d’habitation, des résidences pour personnes âgées, des espaces verts et un nouveau campus de l’Université du Québec ne peut vraisemblablement être qu’une amélioration par rapport au désert actuel de la galerie marchande

On veut redonner un second souffle et se réapproprier un endroit dont la mort a été accélérée par la pandémie. Cet objectif est noble. Nous sommes allés discuter avec les habitués et les commerçants de Place Fleur de Lys pour savoir ce qu’ils en pensent. 

Un espace de discussion 

L’endroit le plus peuplé du centre est sans aucun doute l’ancien coin des restaurateurs. Plusieurs groupes s’y assemblent avec un café, engagés dans des discussions ou s’occupant en lisant le journal ou en faisant des mots croisés. 

Un retraité fréquente l’endroit depuis l’ouverture en 1963. « C’est la seule place facilement accessible pour venir tôt le matin prendre un café et jaser » explique-t-il. 

Un autre groupe se retrouve à Fleur de Lys à tous les jours depuis une vingtaine d’années. Les habitués affirment « aller là où y’a du monde », pour rencontrer des amis, « se conter des peurs » ou « se raconter des histoires ». C’est un réel espace d’échanges, au ton plutôt léger, mais qui instaure un espace social sérieux pour ceux qui y participent.

Il semble effectivement que le « Food Court » n’est plus un espace où les consommateurs s’arrêtent pour manger du fastfood entre deux séances de lèche-vitrine. Sans aller jusqu’à dire comme certaines études sociologiques qu’on assiste dans les centres commerciaux à la « création d’une réalité sociale alternative », Place Fleur de Lys témoigne d’une transformation sociale et signifiante du lieu. 

Ceux qui le fréquentent se sentent chez eux, en famille. « Ici on est chez nous, on est habitué », soutient Marie Delisle.

Il y a certes une certaine nostalgie du temps où le Grand Centre éblouissait ses nouveaux clients. « Nous on l’a vécu le Fleur de Lys, quand c’était bourré de monde », affirme avec enthousiasme celui qui fréquente le centre depuis 50 ans. 

En ordre chronologique, Marie Delisle, Pierre Bérubé, Gilles Bérubé et Martin Tremblay. Crédit photo : Sophie Williamson.

« Ça va faire changement »

Après avoir raconté 3 blagues avec un sourire taquin, Martin Tremblay affirme que les nouveautés promises ne changeront rien pour lui. Le groupe continuera de se rencontrer là où les tables seront déplacées. 

Tous considèrent que le changement est une amélioration, qui va dans la même lignée que le Centre Vidéotron et le Grand Marché de Québec. 

« Ça va faire du bien, ça va mettre de la vie. » affirme Gilles Bérubé.

« C’est une bonne nouvelle parce que ça va donner de l’emploi et ça va tenir le centre d’achat debout, parce que là tout est fermé », affirme un autre habitué qui fréquente les lieux depuis 15 ans. « On va continuer à venir prendre un tit café », poursuit-il. 

« S’ils font ça, c’est qu’ils doivent être sûr de ce qu’ils vont faire », affirme l’un d’eux en parlant des frères Trudel.

Finalement, les sociables du « Food Court » croient fermement qu’ils pourront se retrouver comme à l’habitude. « Ça va encore s’appeler le centre d’achat Fleur de Lys », rappelle Pierre Bérubé. Alors tant que le lieu porte le même nom et que les habitués continuent de s’y présenter, les amis seront au rendez-vous. 

Fleur de Lys : « une ville dans la ville » 

Roxanne Langlois, la gérante du Urban Planet, juge le nouveau projet comme un progrès. 

Elle espère qu’en faisant des condos, ça va attirer de la nouvelle clientèle. Elle espère aussi qu’ils seront abordables pour les gens du coin, car « ce n’est pas tout le monde qui en a les moyens », relate-t-elle. 

 « Des personnes peut-être de Beauport qui ne viennent pas ici parce qu’ils trouvent les lieux défavorisés vont venir parce que ça va être modernisé », propose finalement la gérante. 

Jean-Pierre Samson, propriétaire de la boutique TPM Hobby & Collection affirme qu’il a la « chance d’être un commerce de destination ».

« Ma relation avec Fleur de Lys qui nous accompagne depuis 1990 a toujours été pour moi émotive et positive, reconnait-il, j’ai décidé de foncer et de renouveler mon bail pendant la transition. » 

Le propriétaire insiste sur la confiance qu’il accorde aux frères Trudel. « Il y a un dynamisme fou et les frères ont des idées plein la tête, déclare-t-il, à l’inverse des Galeries de la Capitale, Place Laurier et Place Sainte-Foy, ils ont compris que ce n’est pas en retapant leur centre commercial avec des décorations différentes qu’on va retenir la nouvelle clientèle. »

« Les frères veulent impliquer la communauté, poursuit-il, ils ne sont pas secrets. Ce sont des gars de Québec, ils aiment le coin et les gens. » 

Jean-Pierre Samson est très enthousiaste par rapport au développement du secteur en général.  « On est près d’un endroit qui est redynamisé par la ville de Québec, affirme-t-il, on est un peu comme avant ce que sera idyllique Fleur de Lys plus tard et c’est le fun de participer à cette aventure-là. » 

Le propriétaire relate qu’il y a déjà des condos qui se construisent près de la rivière Saint-Charles, qu’il qualifie de « petites fortunes ». Il rappelle aussi que les quartiers moins favorisés côtoient des secteurs favorisés à moins de cinq minutes de distance.  

« Ces gars-là, les frères Trudel, travaillent fort pour faire de Fleur de Lys une ville dans la ville et on leur fait confiance », conclut-il.

Nouvelles habitudes de consommation 

Jean-Pierre Samson fait d’ailleurs référence aux nouveaux modes de consommation de la clientèle. Maintenant, les centres commerciaux « doivent offrir un pallier de produits et de services pour rendre l’expérience client attrayante », observe-t-il. 

« C’est une des raisons pourquoi le centre d’achat a fermé : il ne s’est pas adapté », affirme celui qui fréquente les lieux depuis l’ouverture. « Ma petite fille a 11 ans et elle achète en masse sur internet, ça leur coûte moins cher », fait-il savoir. 

« Il reste juste le Walmart ici », affirme un autre habitué.

La fermeture de Sears a initié le délaissement des lieux, suivi par celle de La Baie. Finalement, le déménagement du Casino représente pour les clients le coup de grâce. 

Sans parler d’une « amazonisation de la consommation », il est indéniable que les habitudes ont changées. Les commerçants veulent proposer une expérience totale, un lieu qui permet l’engagement et un espace de définition. C’est ce dont témoigne l’engouement pour les petites boutiques de quartier comme les magasins bio. 

Les choix des clients doivent respecter leurs valeurs. Le magasinage tout comme la marchandise doit maintenant s’adapter à cette « humanisation de la consommation ». 

Le Hart à l’ancien emplacement de La Baie d’Hudson. Crédit photo : Sophie Williamson.

Un lieu sans « je-ne-sais-quoi »?

Selon les plans, le grand projet se divise en secteurs qui ont une fonction bien précise. L’espace majeur est réservé au divertissement qui compte trois grands blocs. Le commercial suit de près avec le résidentiel et l’hôtelier. Il reste une toute petite parcelle pour l’espace du savoir, l’évènementiel, le communautaire et finalement les places vertes et les parcs. 

Bien que le projet soit unanimement accueilli comme prometteur, il semble qu’il y ait un risque, soit celui de perdre quelque chose. Ce quelque chose, c’est un « je-ne-sais-quoi » qui donne à un lieu son âme. C’est ce qui pourrait manquer à ce qui, sur papier, combine tous les éléments nécessaires à l’épanouissement des citoyens. C’est l’espèce de liant insaisissable, invisible qui permet de se sentir appartenir et engagé à un lieu. 

Peut-on donner le souffle de vie à un endroit en lui imposant du dehors ? Ce dont les habitués de Place Fleur de Lys témoignent, c’est que les espaces produisent en leur sein même des manifestations vivantes qui leur donnent un sens.

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1 commentaire sur "Dans la rue (II) – La nouvelle vie de Fleur de Lys"

  1. Il y a une erreur qui se répète à quelques reprises dans votre article. Les propriétaires de Fleur de Lys sont les Frères TRUDEL et non les Frères Lafleur.

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