« Ce n’est plus thym ni marjolaine » : entretien avec le guitariste Gabriel Cyr

Gabriel Cyr

Polyvalent, éclectique, minutieux, virtuose. Voilà une description juste, mais incomplète du guitariste de Québec Gabriel Cyr. Car il manque à tout cela l’essentiel, ce qui fait vraiment de lui un musicien d’exception parmi les musiciens d’exception.

Il faut voir que son travail d’interprétation est en même temps une forme d’exploration. S’il fait parfois mine de s’effacer en jouant la musique des autres, il ne faut pas s’y tromper : notre guitariste se cherche et se forme ainsi, développant discrètement mais non sans assurance son propre style

Gabriel Cyr a d’ailleurs fait paraître récemment deux mini-albums, justement intitulés « Spectrum Exploration » I et II. 

« On pourrait qualifier le premier de rock-fusion et le second de métal progressif, explique-t-il lui-même. Je travaille actuellement sur de nouvelles compositions, avec lesquelles je compte explorer un son très différent : celui de la pop récente, à la Marie-Pierre Arthur, si ça peut donner une espèce d’idée. »

En plus d’explorer ces nouveaux horizons sonores, le musicien parle de les incorporer et de se les approprier, de même que l’abeille butine à toutes les fleurs en vue de faire du miel. Et ce qui reste après le travail de l’insecte, « ce n’est plus thym ni marjolaine » comme disait l’autre.

« De plus en plus je suis en train de trouver ma voix, songe-t-il. Quand j’entends mes pièces, je peux encore dire d’où je tiens telle ou telle autre ligne, par qui elles ont été influencées. Mais ça devient de plus en plus personnel à mesure que je compose plus de musique. »

Gabriel Cyr interprétant l’une de ses compositions, sur le populaire site Youtube.

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Quelques questions pour le guitariste Gabriel Cyr

Selon vous, qui sont les trois guitaristes qui vous ont le plus influencé et pourquoi ? 

John Petrucci, du groupe Dream Theater, a été un guitariste très marquant pour moi. Quand je l’ai entendu jouer pour la première fois, je devais avoir 12 ans, ça m’a ouvert à un monde de possibilité. Son jeu très technique (au point où c’est parfois même vertigineux) m’a vraiment donné le goût de pratiquer.

Un autre guitariste que j’admire intensément est Steve Vai. Sa musique est plus nichée, mais il a un sens de la mise en scène et une excentricité qui attirent les gens. Pour ma part, je suis certainement plus discret, mais son côté « visuel » me fait réfléchir aux façons dont je pourrais présenter ma musique en concert.

Finalement, Pat Metheny est un autre guitariste qui m’inspire beaucoup. Il a été incroyablement productif tout au long de sa carrière, et il m’impressionne par son rapport à l’instrument, et en particulier par son focus lorsqu’il joue en concert, qui est selon moi sans égal. Ça m’inspire, car il y a dans la musique un côté contemplatif, méditatif, qui exige de l’interprète qu’il reste concentré pendant un certain temps (une pièce, un concert). Les bons jazzmans surtout ont ce talent, puisque le jazz est une musique d’interaction qui nécessite d’être toujours à l’écoute et de réagir à ce que proposent les autres.  

Qu’est-ce qui fait un bon guitariste ?

S’il y a une recette, je dirais qu’il s’agit d’avoir un rythme solide, une bonne intonation, et d’être capable de s’exprimer convenablement dans chacun des styles. Mais concrètement, être un bon guitariste, ça peut signifier plusieurs choses. 

Alors il s’agit au départ d’identifier précisément ce qu’on veut faire. Si on veut jouer du métal, ça demande une bonne technique et beaucoup de dextérité. Mais si on veut jouer du blues, ou accompagner quelqu’un qui chante, c’est autre chose complètement.

Et j’ajouterais que « ce qu’on veut faire », ça peut changer. L’idée c’est d’en être conscient et de diriger nos efforts vers quelque chose de précis. 

Es-tu un « guitar hero » ?

Non, et je me demande même si c’est possible d’en être un aujourd’hui. Le phénomène des « guitar hero » est lié à une époque, où il y avait des solos de guitare dans des pièces extrêmement populaires. On entend parfois dire qu’il n’y a plus de bons solos de guitare : c’est complètement faux, mais ceux-ci ne sont plus dans les méga-hits comme ils l’étaient dans les années 80-90. La musique que je fais n’est pas nécessairement destinée à attirer des masses.

Gabriel Cyr interprète les grands solos de guitare du début des années 80.

Comment on gagne sa vie pendant la pandémie quand on est musicien ?

Il n’y a plus de concert, et ça, c’est difficile. Dans mon cas, j’ai la chance de m’être intéressé à plusieurs choses depuis un certain temps. Ma chaîne Youtube m’assure des revenus stables, je fais du mixage, je donne des cours de guitare en ligne, j’enregistre de la musique de chez moi pour des compagnies comme Peak Media lorsqu’ils ont besoin de mes services.

Guitare électrique ou guitare acoustique ?

Guitare électrique, sans hésiter ! Ce n’est rien contre la guitare acoustique, mais j’ai eu des problèmes de tendinites (heureusement, c’est réglé depuis maintenant deux ans!) et j’ai un peu plus de mal à jouer, physiquement, avec une guitare comme ça.

Joues-tu d’autres instruments ?

Oui. J’ai commencé la musique en jouant de la basse électrique. À l’école secondaire Jean-de-Brébeuf, je jouais de la flûte et du piccolo dans l’harmonie. J’arrivais aussi tôt le matin pour pratiquer la batterie, que j’ai étudiée comme instrument complémentaire au Cégep. Je touche un peu le piano, mais pas assez pour me déclarer pianiste. 

Pourquoi la guitare est le meilleur instrument de musique ?

Au niveau de l’expressivité, la guitare est un merveilleux instrument, très versatile. On peut jouer très doucement, comme on peut jouer avec énormément de puissance. Ça ouvre des possibilités qu’on n’a pas nécessairement quand on joue du piccolo, par exemple. 

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