Les grands entretiens : Éric Duhaime et le déficit démocratique

Éric DuhaimeÉric Duhaime, candidat à la chefferie du Parti conservateur du Québec

Les membres du Parti conservateur du Québec éliront leur nouveau chef dans les prochaines semaines. Le Carrefour a rencontré le meneur presque incontesté de la course à la chefferie pour savoir ce qu’il pense des principaux dossiers qui concernent la ville de Québec. Sans filtre, Éric Duhaime a livré son sentiment à propos du tramway, du projet Laurentia, du 3e lien. Il en a aussi profité pour revenir sur le sens de son engagement politique. 

Que pensez-vous du projet de tramway?

« En tant que résident du Vieux-Québec, je me désole de savoir que des arbres centenaires seront abattus sur René-Lévesque, et qu’ils seront remplacés par une énorme dalle de béton et une grosse toile de fils électriques. 

Mais ce qui m’indigne le plus, c’est que le projet n’a aucune légitimité démocratique : le parti qui a donné l’argent pour réaliser le projet (le parti Libéral) n’a fait élire aucun député dans la région de Québec à la dernière élection. Et Régis Labeaume s’est fait élire en faisant campagne contre le tramway. 

Il me semble que ce serait seulement normal d’attendre qu’il y ait des élections avant d’aller de l’avant avec ce projet. Les consultations bidon qui ont eu lieu jusqu’à présent ne reflètent pas du tout le sentiment des citoyens. Il faut absolument mettre ça sur la glace et laisser la population se prononcer. »

Que pensez-vous du projet Laurentia?

« Ce n’est un secret pour personne : je ne suis pas vraiment un écolo. Malgré tout, l’environnement, je m’en préoccupe quand ça touche le monde. Et là, il y a un certainement un enjeu avec la qualité de l’air. 

Ceci dit, je ne suis par prêt à porter une étiquette « pour » ou « contre » le projet. Il me semble que le 3e lien aurait pu être une partie de la solution. On pourrait développer un peu le port de l’autre côté du fleuve, mais tout cela dépendrait du tracé. »

Plusieurs vous considèrent comme une voix discordante dans le panorama de la politique québécoise. Y a-t-il selon vous une véritable opposition à l’Assemblée Nationale? 

« Sur le fond, non. Tous les partis ont la même position sur les dossiers importants. Il n’y a au plus qu’une opposition de façade.  

Tout le monde veut un tramway.

Tout le monde est d’accord avec le confinement et avec la gestion de la pandémie par le gouvernement Legault.

Tout le monde est d’accord pour repousser le retour à l’équilibre budgétaire. 

Je trouve ça particulier que sur 125 députés, aucun n’ose lever la voix, alors que je rencontre des gens tous les jours qui ne sont pas d’accord avec le gouvernement. C’est déplorable : 46% des Québécois veulent déconfiner, et personne ne les représente. »

Éric Duhaime en compagnie de son chien Mia devant l’église Saint-Charles-de-Limoilou.

Sur les réseaux sociaux, vous vous êtes montré très critique du gouvernement pour sa gestion de la pandémie, en ce qui concerne d’un côté des questions de santé publique, mais d’un autre côté par rapport à l’aide financière octroyée aux entreprises en difficulté. Comme des vies sont en jeu, ces prises de position sont-elles responsables?

« En réalité, c’est l’approche sanitaire du gouvernement qui est irresponsable. Je trouve un peu ridicule la rhétorique qui dit qu’on doit « sauver notre système de santé », alors que c’est lui qui devrait être là pour nous sauver. 

Le gouvernement veut blâmer les coiffeuses et les propriétaires de gym pour les décès et les hospitalisations, mais je m’excuse : ce qui s’est produit dans les CHSLD, ce n’est la faute de personne d’autre que de l’État québécois.  

Et puis, on est littéralement en train de couper le Québec en deux. 

D’un côté, il y a ceux qui s’accommodent bien de ce qu’ils appellent la « nouvelle normalité » : ça permet à certains politiciens d’avoir beaucoup plus d’attention qu’ils en auraient habituellement, ça permet à certains gros entrepreneurs de faire encore plus de profits, c’est assez confortable pour les millionnaires qui sont confinés dans leurs grosses maisons. 

Mais d’un autre côté, il y en a pour qui c’est une catastrophe absolue. Il s’agit de ceux qui s’appauvrissent, de ceux qui vivent dans de petits appartements sans balcon, de ceux qui ont une petite business qui risque chaque jour de fermer. 

Ces gens-là voient Fitzgibbon se promener et donner des chèques à ses amis, ils voient François Legault être l’employé Amazon de l’année, alors que les commerces de proximité ferment.

L’économie du Québec, c’est beaucoup de PME. Les propriétaires de ces entreprises l’ont encore dans la gorge, d’avoir été contraint de fermer alors que les magasins grandes surfaces pouvaient rester ouverts au printemps dernier. 

Alors, si je critique les subventions, c’est parce que les gens qui sont en affaires ne veulent pas recevoir d’argent à rien faire : ils veulent travailler et faire de la business

Mais on est aussi en train de couper le Québec en deux d’une autre façon. Lorsqu’on dit à certains qu’ils sont essentiels, ne dit-on pas aux autres qu’ils ne le sont pas? C’est carrément insultant. » 

Pourquoi avez-vous décidé de vous lancer en politique? Et qu’espérez-vous à court terme?

« Selon moi, l’État Québécois a rompu avec le contrat moral sacré qui lie habituellement les générations les unes aux autres. Ce contrat stipule que nous devons essayer de laisser à nos enfants plus que ce que nous avons reçu. Une société qui abandonne ce projet montre des signes de déclin désolants.

C’est ça le sens de mon engagement politique. Le titre de mon premier livre était d’ailleurs L’État contre les jeunes. Je voudrais renverser la tendance, et assurer aux générations suivantes qu’elles auront les mêmes chances que j’ai eues moi-même.

En politique, on est comme sur un bateau. Il faut ramer, et espérer que le vent soit de notre bord. On sait toujours où on commence, mais on ne sait jamais où on finit. À court terme, je dirais que le minimum est d’être représenté à l’Assemblée Nationale. Ce qui est certain, c’est que je me présenterai dans une circonscription à Québec, mais je ne sais pas encore laquelle. J’irai où les membres du parti le souhaitent. 

Il y a présentement un déficit démocratique important au Québec. On veut être la voix des oubliés de la crise, les petits entrepreneurs et aussi les artistes qui peinent à joindre les deux bouts depuis plus d’un an.  

Voilà pour les objectifs à court terme. Mais je suis un coureur, un marathonien, un enthousiaste du canicross (course avec un chien), alors je suis prêt aussi pour les plus longues batailles. 

Depuis mon arrivée au PCQ, on est passé d’environ 500 à 13 000 membres. C’est plus de membres qu’en avait la CAQ à la dernière élection. On espère que l’enthousiasme qu’a suscité la course à la chefferie continuera de grandir dans les prochains mois. »

Qu’est-ce qui vous différencie, au fond, des autres politiciens?

« Peut-être que c’est que je viens d’un milieu modeste. Mon père, un analphabète fonctionnel, travaillait sur la construction, et ma mère conduisait des autobus scolaire.

Quand j’ai écrit mon premier livre, mon père l’a lu lentement, aidé par ma mère.

Quand je parle aujourd’hui, je fais toujours l’effort de parler à mes parents, dans leurs mots, pour qu’ils me comprennent.

Les autres politiciens ne se donnent pas cette peine : ils se parlent entre eux, et puis ils imposent des règlements à la population, sans rien leur expliquer.

Cette approche trop paternaliste n’est pas de mon goût : je préférerais parler au monde comme à des adultes, capables de comprendre même s’ils ne font pas partie d’une certaine élite. »

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  1. Est-ce qu’Éric Duhaime vous a parlé de tout ce qui se passe sur sa page: mensonges, fausses informations, impolitesses des fans, menaces, etc. etc. Allez-donc y faire un tour ! Ça vaut le détour et les yeux vont pleurer.

  2. Continuez votre bon travail M. Duhaime, la terre a besoin de plus d’humain comme vous.

    « L’attitude est une petite chose qui fait une grande différence. »
    Winston Churchill

  3. Pierre-Yves Bélair | Avr 2, 2021 at 16 h 15 min | Répondre

    M.Liberté d’ expression m’ a banni de sa page FB. J’ étais poli mais mmes arguments s’ appuyaient sur du solide….Y aimait pas…..TSSsssss !!

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