Le tramway référendaire

David Lemelin

C’est compliqué mettre au monde un réseau structurant? Oui. Et vous pouvez être certains qu’à Bordeaux, ils nous regardent, sourire en coin : « on savait… »

La décision est prise, le public appuie le projet (un récent sondage le montre), mais la ferveur s’estompe, plus le temps passe, plus les complications s’additionnent, plus la Ville s’autopeluredebananise et plus l’opposition de toute nature y saisit des poignées pour ralentir ou modifier le projet.

C’est l’enfer.

On devrait déjà être en train de regarder en avant, exclusivement. Mais, il y en a qui ramène même l’idée d’élection référendaire sur le tramway. On n’en est plus là, mais le capital politique, ça se ramasse à la petite cuillère, souvent dans les restants.

Sur un point, le maire a parfaitement raison : Québec est rendue là. On doit entrer dans la modernité concernant la mobilité. On n’est pas en avance, on est retard. Et la mobilité se pense avec l’aménagement du territoire qui, ensemble, ont une influence profonde et concrète sur la qualité de vie des citoyens, sur la santé, l’environnement, l’habitation et l’économie de Québec. C’est le genre de projet qui force à regarder en avant, à penser longtemps d’avance, à s’inspirer des meilleures pratiques, de la science et à se structurer, à planifier, communiquer et convaincre. 

C’est gros.

C’est un projet imparfait, certes. Mais, il n’y a pas de projets de cette envergure qui sont parfaits. Alors, on fait des choix, on décide et on s’assume.

Dans ce dossier, c’est difficile de ne pas voir un calcul bêtement politique (bref électoral) de la CAQ. L’argument de la desserte des banlieues peut se défendre, mais l’argumentaire du premier ministre sonne creux et démagogique. Comme s’il veillait surtout à montrer son intérêt pour un public électoral auquel il souhaite parler.

Dans les faits, la corde budgétaire au cou du projet l’étouffe plus que les nouveaux dessins qui sortent de la planche de l’équipe du maire. Et puis, il a tout faux lorsqu’il fait une pirouette comptable pour planter le projet. Ce n’est pas la somme investie, mais l’efficacité qui compte. Ce n’est pas avec un segment de rail de tramway qu’on couvrira l’ensemble de la ville, les coûts seraient exorbitants. Les métrobus, les Express et toute la logique de rabattement des lignes de bus vers le tramway garantissent un service approprié pour les « banlieues » que le premier ministre n’arrive pas à définir.

Ceci dit, personne n’est naïf : lorsque Labeaume demande aux politiciens de ne pas faire de politique avec cet enjeu… il FAIT lui-même de la politique. Il est aussi en campagne électorale, mais il doit, lui aussi, faire preuve d’ouverture. C’est ça, l’essence de la négociation.

Mais, à mon sens, le réseau structurant est un enjeu qui dépasse largement les intérêts électoraux à venir. Il dépasse Labeaume, il dépasse la CAQ. Il concerne les citoyens d’aujourd’hui et de demain, donc des centaines de milliers de citoyens de Québec, sinon des millions, pour les générations à venir. 

Alors, regardons en avant.

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