Il y a 160 ans, le feu rasait Saint-Sauveur

Il y a 160 ans, le quartier Saint-Sauveur s'embrasait. (Image: Bibliothèque et Achives Canada)Il y a 160 ans, le quartier Saint-Sauveur s'embrasait. (Image: Bibliothèque et Achives Canada)

Le 14 octobre 1866, un incendie a ravagé presque tout Saint-Sauveur et une partie de Saint-Roch. Environ 2 500 maisons ont brûlé en une seule journée. Entre 18 000 et 20 000 personnes ont perdu leur toit. Cent soixante ans plus tard, ce drame marque encore la carte et le visage de ces quartiers.

Louis-Alexandre Parent

Une journée de feu dans les faubourgs

Vers 4 h du matin, l’alerte a retenti dans un commerce du secteur de la rue Saint-Joseph. Les sources divergent toutefois sur sa nature. Certaines évoquent une taverne, d’autres une épicerie. Aucune source consultée ne précise la cause exacte du sinistre.

Rapidement, un fort vent d’est a poussé les flammes vers l’ouest. Les pompiers manquaient d’eau. Pire encore, ils ont perdu l’usage de quatre boyaux. Vers 10 h 30, le brasier a atteint le cœur de Saint-Sauveur. Il ne s’est éteint que vers 16 h.

Un bilan lourd pour les familles ouvrières

Les estimations varient d’une source à l’autre. La plupart retiennent cependant environ 2 500 maisons détruites. Dans la revue Québecensia, Audrey Julien évoque une dizaine de morts. Parmi eux figure le lieutenant Baines. Il avait fait sauter un bâtiment pour freiner l’avancée du feu. Le militaire de 26 ans a succombé le 27 octobre.

Face au désastre, les Augustines ont ouvert leurs portes aux sinistrés. Elles ont aussi distribué de la nourriture et des vêtements. Des policiers, des marins et des artilleurs royaux ont soutenu les secours. Par la suite, des dons sont arrivés d’Angleterre et des États-Unis.

De la rue Saint-Ours au boulevard Langelier

La trace la plus visible du drame figure sur la carte de la ville. Avant 1866, la rue Saint-Ours séparait Saint-Roch et Saint-Sauveur. Son nom honorait Jeanne-Geneviève de Saint-Ours. Après l’incendie, la Ville l’a élargie pour en faire une barrière contre les flammes.

Selon la Ville de Québec, sa largeur est passée de 9 à 30 mètres. Les expropriations nécessaires ont duré six ans. Dès 1885, l’ingénieur Charles Baillairgé a transformé la voie en boulevard bordé d’arbres. En 1890, elle a pris le nom de boulevard Langelier. Ce nom rend hommage à François Langelier, maire de Québec de 1882 à 1890.

Une ville forcée de repenser sa sécurité

L’incendie a aussi bousculé l’organisation municipale. Selon la Ville, il a mené à la création d’un département du feu. Québec s’est ensuite dotée de pompiers professionnels répartis dans six casernes. La Ville a également élargi la rue de la Couronne. De plus, l’amélioration de l’aqueduc est devenue un enjeu politique majeur.

Pourtant, les maisons de bois ont longtemps persisté à Saint-Sauveur. Cette municipalité, alors distincte de Québec, autorisait encore ce type de construction. En 1889, de nouveaux incendies ont frappé le quartier. La même année, ses résidents ont approuvé par référendum l’annexion à Québec. Ils souhaitaient notamment obtenir un réseau d’eau pour combattre le feu. Peu à peu, la brique et la tôle ont remplacé le bois et le bardeau de cèdre.

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