On n’est pas habitué. C’est normal. Ça explique que le Journal de Québec titre que la « chicane commence ».
Une chronique de David Lemelin
Ce n’est pas de la chicane. C’est une confrontation inévitable entre le colonialisme anglo-canadien et l’affirmation québécoise. On n’est pas habitué.
On a oublié ce que ça fait de se tenir debout. Ça fait mal aux genoux. Legault avait fait semblant qu’il ferait des « gros gains » pour convaincre les Québécois encore animés de fierté, mais sensibles au concept de « chicane » de voter pour lui.
On connaît la suite : zéro gros gain. Même pas petit gain.
Pourquoi? Parce que le Canada fait semblant de s’accommoder de la présence du Québec depuis plus de 200 ans. Et depuis plus de 200 ans, il travaille à l’assimilation tranquille. Avec l’immigration massive des dernières années, il pensait y arriver. Pas de chance : c’est le PQ souverainiste qui passe. La contrainte de gouvernement minoritaire vient en bonne partie de la percolation du discours de chicane, justement, qu’on infuse dans les esprits depuis que le Québec a commencé à annoncer qu’il avait le goût de se tenir debout, dans les années 60. C’était le RIN, Lesage et son « Maîtres chez nous », « Égalité ou indépendance » de Johnson et l’Union nationale, puis le Mouvement souveraineté-association de Lévesque et, enfin, la naissance du Parti Québécois.
Fait amusant, ça place Duhaime entre deux chaises, dans un inconfortable grand écart. Il écrit qu’il faut se tenir debout mais que c’est la preuve que le Oui et le Non qui s’affrontent est une posture stérile.
Non. C’est exactement le contraire.
Lui aussi, il a oublié ce que ça voulait dire, se tenir debout. Ça veut dire éviter, comme il le fait, le grand écart, éviter de parler des deux côtés de la bouche, en espérant qu’un carré finira par fitter dans un rond.
Faut arrêter de rêver. Pour se tenir debout, il faut quitter la posture précédente, cesser de servir de tapis, mettre un terme à la « servitude volontaire ». Participer comme porteur d’eau à la réunion fédérale aurait été purement ridicule. Vous verrez : la chaise vide va faire beaucoup plus de bruit que l’ensemble des chaises occupées par des derrières fédéraux et provinciaux.
PSPP fait grincer des genoux aujourd’hui. Des Québécois découvrent ce que ça fait de se lever et de s’affirmer, soudainement.
Avec un peu de pratique, on va s’y faire.
Et on va aimer ça.


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