Nicolas Pinson, Tom-Éliot Girard et Marieme Ndiaye ont rencontré Le Carrefour de Québec jeudi. Le trio est venu parler de Bonne nuit Chuck, la deuxième saison de Bon matin Chuck. La série Crave s’inspire directement de la vie de son créateur, Nicolas Pinson. L’équipe l’a tournée entièrement à Québec, pendant 48 jours.
Louis-Alexandre Parent
Un simple message à l’origine de la saison
La première saison suivait la chute de Chuck, un animateur de télévision toxicomane. Cette fois, Chuck découvre qu’il a un fils dont il ignorait l’existence. Ce point de départ n’a pourtant rien d’une invention.
« J’ai appris que j’avais un gars quand j’avais 41 ans », raconte Nicolas Pinson. À l’époque, sa conjointe attend leur premier enfant. Un jour, un message apparaît sur Messenger. « Ça disait “Salut papa?” C’est comme ça que je l’ai su », se souvient le créateur.
Il raconte ensuite cette histoire à Lou Bélanger, son producteur chez St Laurent TV. Selon Nicolas Pinson, le producteur y voit tout de suite la saison 2. Pour le créateur, ce récit fait partie de sa guérison. « Une grande partie de mon rétablissement, c’est d’être capable de parler de ce que j’ai vécu. C’est grotesque et sublime en même temps », explique le créateur.
Des personnages tirés de la vraie vie
Le fils de Chuck n’est pas le seul personnage inspiré du réel. Le rôle de Chantal Fontaine reprend les traits du médecin qui a aidé Nicolas Pinson à arrêter de consommer. Celui de Bernard Fortin s’inspire de son intervenant.
« Il m’a texté tous les matins pendant deux ans. Ça fait 740 textos avec un emoji qui disait “Une journée à la fois” », raconte le comédien. Il résume ainsi la démarche. « Tout ça est inspiré de vraies personnes. »
L’équipe voulait d’ailleurs éviter deux pièges. Elle refusait de tomber dans le misérabilisme ou de glorifier la drogue.
Marieme Ndiaye, productrice exécutive associée chez St Laurent TV, souligne aussi la place des femmes. La série montre « le visage féminin de la dépendance » à travers une mère qui travaille et qui performe. Le personnage de Rick, un boxeur devenu intervenant jeunesse, s’inspire quant à lui d’un ami de l’équipe. La productrice se réjouit de montrer un homme noir « qui a de la lumière ». Elle rappelle qu’on confine souvent ces acteurs à des rôles de gang de rue.
Une complicité née dès l’audition
À l’écran, la relation entre Chuck et son fils Zach repose sur une forte complicité. Selon les deux comédiens, elle s’est installée dès l’audition.
« Je vois en Tom-Éliot ce que j’aurais aimé être à 26 ans », confie Nicolas Pinson. Le comédien admire l’authenticité du jeune acteur. « Il fallait que ça aille plus loin que les mots. Il fallait que ça passe dans les regards », ajoute le créateur.
De son côté, Tom-Éliot Girard a appris après l’audition que l’histoire était vraie. L’équipe le lui a révélé lors d’un souper. « C’était encore plus gros que je pensais », se rappelle le comédien. Il a d’ailleurs renoncé à un voyage de trois mois en Thaïlande pour se consacrer au projet.
Le jeune acteur garde toutefois une distance avec le vrai fils du créateur. « Je savais que ça partait d’une vraie place. Mais je ne le joue pas, lui », précise Tom-Éliot Girard.
Des scènes exigeantes
Bonne nuit Chuck fait rire aux éclats, puis pleurer à chaudes larmes, souvent dans la même scène. Le créateur parle d’ailleurs d’une série où « tu ris en pleurant ». Les moments intenses ne manquent pas. Dans l’épisode 7, Zach saccage la maison après une dispute avec sa mère. Chuck, lui, lutte de toutes ses forces contre l’envie de consommer.
Tom-Éliot Girard avait d’abord imaginé un Zach beaucoup plus agressif. Le réalisateur Mathieu Cyr et le scénariste Pierre-Marc Drouin l’ont convaincu d’adoucir le personnage. « Il est pris dans cette violence-là. Il est perdu malgré lui », explique le comédien. Avec le recul, il y voit la meilleure décision.
Nicolas Pinson garde quant à lui un souvenir vif d’une scène de l’épisode 4, tournée dans un centre de boxe. L’équipe disposait de cinq heures. Elle en a consacré trois au placement technique. Ensuite seulement, le comédien s’est ouvert sur le plan émotif.
Cette scène le ramenait à sa jeunesse, quand il forçait pour être aimé de tous. « C’est pour ça que je consommais », avoue le comédien. « C’est sportif, jouer de l’émotion. Ça prend une ouverture et une confiance », souligne Nicolas Pinson. Sur ce plateau, il dit avoir trouvé une famille.
Le Carrefour de Québec avait d’ailleurs assisté à une journée de tournage dans un centre de boxe de Limoilou.
Limoilou et Québec en vedette
Marieme Ndiaye a grandi à Limoilou. Elle tenait à montrer la ville sans filtre. « Il faut montrer ce qui est laid, ce qui existe et ce qui est cru », affirme la productrice.
Avant l’écriture, l’équipe a fait visiter Québec au scénariste Pierre-Marc Drouin. Il a parcouru Saint-Jean-Baptiste, le Vieux-Québec, Saint-Roch et Limoilou. L’objectif était de lui faire sentir l’énergie des quartiers. La productrice voulait surtout montrer l’esprit communautaire de Limoilou, avec ses ruelles, ses escaliers en colimaçon et ses petits commerçants.
La majorité de l’équipe technique venait aussi de Québec. Pour la scène de rap battle, la production a refusé les figurants déguisés. Elle a plutôt invité plusieurs rappeurs de Québec à jouer les figurants. Leur présence ajoute une touche de réalisme à la scène. Le rappeur Rymz a de son côté aidé Tom-Éliot Girard à écrire ses textes et à trouver son flow.
« On ne voulait pas que quelqu’un qui ne sait pas rapper écrive les raps », explique Marieme Ndiaye.
La série fait ainsi l’éloge de la culture hip-hop, rarement aussi bien représentée à la télévision québécoise. Les rimes, le flow et l’énergie des battles occupent une vraie place dans le récit.
Un message d’espoir
La première de la saison a eu lieu au festival Montréal en séries, devant environ 300 personnes. Le public a ri et pleuré aux bons moments. Le vrai fils de Nicolas Pinson assistait à la projection avec sa mère. Tom-Éliot Girard était lui aussi accompagné de sa mère.
« On était tous là sur le tapis rouge. La boucle était bouclée », raconte Nicolas Pinson.
Pour le créateur, la série porte un message clair. « Au bout du compte, c’est de montrer qu’il y a de l’espoir », résume Nicolas Pinson. Marieme Ndiaye partage cette vision. « On ne sauve pas le monde avec des productions comme ça. Mais je pense que l’art peut éveiller, sensibiliser et donner de l’espoir », ajoute la productrice.
Une troisième saison en vue
L’équipe a présenté le projet à Crave il y a six ans sous forme de trilogie. Le premier volet abordait le déni. Le deuxième montre un homme qui accepte enfin son problème. Le troisième portera sur la vie après la consommation.
« On est prêts pour la saison 3. On attend un peu, mais on est prêts », assurent les invités.
Reste à savoir où la caméra s’installera. La première saison se déroulait à Sherbrooke en automne, la deuxième à Québec en hiver. Marieme Ndiaye se donne pour mission de ramener des productions dans la capitale. Elle veut que les comédiens et les techniciens d’ici sachent qu’ils peuvent travailler à Québec. La chanteuse et productrice souhaite aussi tourner la suite au printemps, une saison qui évoque la renaissance de Chuck. « À voir », glisse la productrice.
Les huit épisodes de Bonne nuit Chuck sont maintenant offerts sur Crave. La série figure parmi les contenus les plus regardés de la plateforme.


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