Avec Bienveillant, Guy Nantel n’épargne personne

Guy Nantel présentait son 7e spectacles solo, Bienveillant, à la salle Albert-Rousseau. (Photo: Louis-Alexandre Parent)Guy Nantel présentait son 7e spectacles solo, Bienveillant, à la salle Albert-Rousseau. (Photo: Louis-Alexandre Parent)

L’humoriste Guy Nantel a présenté Bienveillant le 28 octobre devant une Salle Albert-Rousseau comble. Il s’agit de son septième spectacle en carrière. Malgré son titre, le spectacle n’épargne aucun groupe. Les Québécois francophones blancs y écopent toutefois plus que tous les autres.

Louis-Alexandre Parent

Un titre qui joue la carte de l’ironie

Le titre surprend d’emblée. Guy Nantel s’est bâti une réputation grâce à un humour sociopolitique mordant. Comme toujours, il dit tout haut ce que plusieurs pensent tout bas. Le mot « bienveillant » annonce donc la couleur, mais à l’envers.

L’humoriste lance d’ailleurs une mise en garde claire au public. « Ce n’est pas une conférence, c’est un spectacle d’humour. » Cette phrase donne le ton de la soirée. Elle invite aussi les spectateurs à ne rien prendre au pied de la lettre.

Un long monologue sans temps mort

Sur le plan de la forme, Bienveillant prend l’allure d’un long monologue. L’humoriste enchaîne les thèmes sans la moindre pause. Pourtant, les transitions coulent avec une grande fluidité. Chaque sujet découle naturellement du précédent.

Ainsi, aucun passage ne paraît plaqué ou hors contexte. Le spectacle conserve un rythme constant du début à la fin.

Personne à l’abri

Au fil de la soirée, Guy Nantel aborde absolument tous les sujets. Il s’en prend aux féministes comme aux masculinistes. Les communautés noire, arabe et chinoise passent aussi sous sa loupe.

Pourtant, une cible revient plus souvent que les autres. Les Québécois francophones blancs encaissent la plus grande part des moqueries. L’humoriste tourne ainsi la satire vers la majorité dont il fait partie.

Guy Nantel présentait son 7e spectacles solo, Bienveillant, à la salle Albert-Rousseau. (Photo: Louis-Alexandre Parent)
Guy Nantel présentait son 7e spectacles solo, Bienveillant, à la salle Albert-Rousseau. (Photo: Louis-Alexandre Parent)

Les anglophones du Québec et du reste du Canada essuient aussi leur lot de piques. L’humoriste leur réserve un mépris affiché, mais toujours enrobé d’humour. Il glisse même quelques blagues en anglais. Toutefois, nul besoin d’être bilingue pour les saisir. Guy Nantel le précise d’ailleurs sur scène. Bienveillant n’a rien d’un spectacle bilingue à la Sugar Sammy et reste résolument unilingue.

La classe politique n’échappe pas non plus à ses flèches. Guy Nantel rappelle plusieurs scandales financiers qui ont secoué le Québec et le Canada. Il revient notamment sur la plateforme SAAQclic et sur l’application fédérale ArriveCAN. Ces deux dossiers ont fait les manchettes en raison de leurs dépassements de coûts.

Un personnage à décoder

Les blagues exigent un effort constant de décodage. Le spectateur doit souvent saisir le deuxième, voire le troisième degré. En effet, Guy Nantel ne parle pas toujours en son propre nom. Il incarne plutôt un personnage bien défini.

Ce personnage se montre grossier, mal poli, sûr de lui et baveux. Il assume ses excès sans le moindre complexe. Le public doit donc distinguer constamment l’humoriste du rôle qu’il endosse. Sans cette lecture, certaines répliques risquent de heurter.

L’identité comparée à une sauce à spaghetti

Parmi les moments forts, une analogie se démarque nettement. Guy Nantel compare l’identité québécoise à une sauce à spaghetti. Chacun possède sa propre recette. Certains ajoutent des ingrédients que d’autres boudent. Pourtant, tout le monde part de la même base, la tomate. « Sans tomates, ce serait une salade », lance l’humoriste.

Il pousse ensuite l’image plus loin. Certains ingrédients n’ont tout simplement pas leur place dans la sauce, comme le navet. L’humoriste en tire une conclusion sans détour. Pour faire partie de la sauce, mieux vaut ne pas être un navet.

Ce numéro illustre bien sa méthode, qui part d’un objet du quotidien pour aborder une question politique. Ce goût pour le débat identitaire découle aussi de son parcours. Guy Nantel a brigué la direction du Parti québécois en 2020. Son spectacle précédent revenait d’ailleurs avec humour sur cette aventure.

Un public fidèle qui remplit la salle

Guy Nantel n’a visiblement pas besoin de grandes campagnes publicitaires. La Salle Albert-Rousseau affichait d’ailleurs complet mercredi soir. L’humoriste peut compter sur un public fidèle qui remplit ses salles depuis des années. La foule réunissait surtout des spectateurs d’âge mûr. On y croisait néanmoins plusieurs générations.

Nantel ne cherche pas pour autant à séduire le grand public. Il conserve son style et ne retient aucun coup.

Ainsi, Bienveillant s’adresse à ceux qui n’ont pas peur de rire de tout. Les spectateurs facilement offensés risquent de passer une soirée difficile. En revanche, ceux qui ne prennent rien au sérieux y trouveront leur compte. Le spectacle poursuit sa tournée à travers le Québec.

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