Nous tirer vers le bas

david lemelinDavid Lemelin (Photo : Courtoisie)

J’essaie de comprendre ce qu’un politicien peut avoir dans le cerveau et dans le cœur pour qu’il se permette d’être odieux. 

Une chronique de David Lemelin

Récemment, sur les réseaux sociaux, on pouvait lire ce commentaire du candidat de Québec solidaire, Alexandre Boulerice, à propos de l’absence du chef du Parti québécois au défilé de la Fierté, à Montréal : « Disons quand même qu’il a préféré les châteaux de sable et le mini-putt aux luttes des communautés LGBTQ+ ou trans ».

Là, c’était pour qu’il ait l’air full humain, un vrai, une grandeur d’âme, un Saint. 

Sauf que ça n’a rien à voir. C’est un épais brouillard qui a cloué au sol l’avion de PSPP aux Îles-de-la-Madeleine. Il a dû annuler sa présence au défilé et même rater les funérailles du militant François Blanchette. Dans les deux cas, on peut imaginer la frustration du chef du PQ de ne pouvoir s’y présenter : le premier est une cause incontournable, le second était un militant exceptionnel.

Mais, pour Boulerice, vérifier avant de parler, c’est sans importance. Ce qui compte, c’est d’essayer de marquer des points, furent-ils cheap à mort.

C’est exactement ce qui nuit à la politique depuis longtemps, mais avec une intensité qui ne cesse d’augmenter depuis quelques années : la capacité de certains à dire des horreurs, juste pour frapper l’adversaire, dès qu’une opportunité, même fausse ou inventée, se pointe le bout du nez. 

Boulerice, qu’on essaie de nous faire passer pour un politicien de calibre, prouve ici qu’il est, en réalité, tout petit. Une attaque minable basée sur un mensonge. 

Le pire, les amis, c’est qu’on n’a pas fini. Préparez-vous, ça va secouer. Avec la campagne qui commence sous peu, nous allons en lire et en entendre tous les jours. Sachant le niveau d’intensité de la prochaine campagne en raison de la question du référendum que porte le PQ, nous atteindrons des sommets d’infamie, d’abjection, de vilénie et d’ignominie. Tout sera utile pour tenter d’égratigner son adversaire. Tout. 

Un argumentaire bien structuré? Des exemples pertinents? Non. On utilisera des images (trop) fortes, on prétendra que la Terre fendra en deux si on ose demander aux Québécois de se prononcer sur leur avenir. On prédira des catastrophes à répétition. On essaiera d’attribuer des étiquettes honteuses, on inventera des trucs… 

Ce sera laid, par moment. C’est certain.

Évidemment, on vivra de beaux moments, il y aura quelques discours inspirants. Mais, je m’attends à ce que cette campagne nous tire collectivement vers le bas comme on n’avait pas vu depuis la campagne référendaire de 1995. Ce sera moche.

Courage aux candidats. Courage aux électeurs qui tenteront de garder la tête froide. La discipline olympique du lancer de la boue sera la plus pratiquée pendant les prochaines semaines. 

Soyez forts. Dans les médias, ce sera triste et encore bien pire sur les réseaux sociaux. J’ose espérer qu’on arrivera à élever le niveau du débat. J’ose.

Que voulez-vous, pour reprendre le philosophe américain Cornel West, je ne peux être optimiste, mais je suis prisonnier de l’espoir…

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