Chronique : Enfin!

David LemelinDavid Lemelin est content du dénouement de la longue histoire de l'Îlot Saint-Vincent-de-Paul. (Photo : Archives Carrefour de Québec)

Par David Lemelin

C’est une histoire – une longue saga – qui se finit bien?

Noui.

Oui, parce qu’il était temps que l’îlot Saint-Vincent-de-Paul revienne aux citoyens. C’était une aberration depuis des années, une erreur de la Ville de ne pas avoir mis le grappin en 1987 sur ce bout de territoire parfaitement situé à la jonction des quartiers St-Roch, St-Jean-Baptiste et du Vieux-Québec. Quand les religieux ont voulu vendre, il aurait fallu faire preuve de vision. Or, à l’époque, le maire de la Ville s’appelait Jean Pelletier.

Pas le genre du bonhomme d’avoir de la vision. En tout cas, pas pour les résidents…

Et puis non, parce que ça nous coûte collectivement beaucoup trop cher. C’est 12 millions $ de dollars qui iront dans les poches de quelqu’un qui en a moins besoin que les citoyens du secteur, alors que l’évaluation est en deçà de 5,5 millions $. Ce quelqu’un, c’est Jacques Robitaille (pas le comédien, lui, c’est Jack), propriétaire des Hôtels Jaro. Il a tellement les moyens de jouer avec l’argent qu’il s’est obstiné jusqu’en Cour suprême pour se défendre d’utiliser le terrain pour du stationnement illégal.

Il a perdu. C’était illégal. Mais, c’était plus important pour lui d’essayer d’avoir gain de cause que de permettre aux citoyens de reprendre possession de leur secteur.

En fait, Robitaille illustre à lui seul ce que Marx expliquait : qu’est-ce qui distingue le salarié de celui qui possède le capital? Le salarié a besoin de ses sous pour pouvoir becqueter tous les jours. L’autre, il peut attendre le temps qu’il faudra pour faire prendre de la valeur à ce qu’il ne dépense même pas.

Justement, l’homme d’affaires n’a fait aucun effort pour développer ce qu’il a acheté en 1998. Rien, sinon qu’attendre pour le démolir, petit à petit : l’église tombait en 2006 et la façade a résisté jusqu’en 2010 puisque, l’année précédente, l’humoristique ministère de la Culture donnait le feu vert au démantèlement de la façade, à la condition qu’on réalise une « œuvre d’art public évoquant l’esprit du lieu ».

Ç’a été réalisé… parce qu’on n’a fait aucune œuvre. Oh, ça représente parfaitement ce qu’on en a fait : rien.

Bravo!

Y’a bien eu quelques propositions de Robitaille : en 2009, c’était l’Hôtel Boréal qui devait y trôner, puis en 2014, un édifice de 10 étages avec hôtel, logements et commerces.

Mais, rien ne s’est concrétisé. Dire que Labeaume se déclarait pourtant « à bout de patience »… en 2016!

Que ç’a été long!

L’expropriation a été confirmée en janvier 2019 et on attendait de passer devant la Cour, depuis. Vous imaginez? Enfin, c’est fait! Il ne reste que la résolution du conseil, puisque la Ville et l’hôtelier ont déjà en main une entente de gré à gré.

Finalement, tout cela n’aura été qu’un jeu pour faire monter les enchères. Là-dessus, bingo! Le capital a gagné. Comme toujours. Une fortune pour un bout de terrain qui n’aurait jamais dû servir d’appât dans ce jeu vicieux.

C’est là tout le problème : le capitalisme sauvage est incompatible avec ce besoin fondamental de se loger. Et ce ne sont pas les gens à faibles revenus qui tirent profit des lois du marché de l’immobilier.

D’ailleurs, Trump est un homme d’affaires de quel secteur déjà? Ah oui…

Bref…

Outre l’acquisition du terrain par la Ville, l’autre bonne nouvelle est que le développement de cet îlot sera un projet collectif : logements abordables, coopératives d’habitation, espace vert, parc, jardin communautaire, lien mécanique vers la basse-ville… les gens décideront ensemble.

Et ça devrait toujours ressembler à ça, développer une ville : un projet citoyen et non pas exclusivement un joujou dans les mains de quelques privilégiés.

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