Quand le théâtre, la musique et le tatouage se font dans des bus scolaires

Nombreux sont les nouveaux nomades qui convertissent les emblématiques bus scolaires en lieu de vie. Parmi eux, certains en font leur lieu de travail et de création. On en discute avec Agnès Zacharie, fondatrice du Ubus dans Saint-Sauveur, Isabelle Langlois, directrice générale du Mixbus et Vincent Gagnon, co-propriétaire de Displace Studio, qui se déplace dans toute la ville de Québec.

Par Estelle Lévêque

Les autobus scolaires jaunes sont courants au Canada et aux États-Unis. Transport quotidien des enfants d’Amérique du Nord, ils attirent nécessairement l’œil de n’importe quel nouvel expatrié qui serait habitué à de tristes bus scolaires blancs, dénués de charme. Convertis, ils accueillent parfois de beaux projets.

D’un studio d’enregistrement à trois scènes nomades

Jacob Pomerleau, fondateur du Mixbus, et Isabelle Langlois vivaient et organisaient des live sessions dans leur autobus. À l’heure des restrictions sanitaires, notamment dans les salles culturelles, ils se lancent dans les spectacles extérieurs. « C’était soit ça, soit aller ramasser des fraises dans les champs. Donc on a converti un deuxième autobus en scène. Puis un troisième. Finalement, on a ajouté une scène aussi sur le premier », raconte Isabelle.

Cette année, ils étaient présents dans Saint-Roch pour l’ouverture des terrasses du Parvis. Ils sont revenus pour un show avec Simon Kearney à la mi-octobre, pour la fermeture des terrasses à Saint-Sacrement.

Présentement, Jacob et Isabelle préparent les autobus pour continuer les spectacles, même en hiver. « Les bus sont chauffés, donc on peut faire des live sessions à l’intérieur, et des spectacles sur le toit. On pourrait partir plus au sud mais on trouve ça important de rester au Québec tout au long de l’année. » De l’Abitibi à la Côte-Nord, en passant par la Gaspésie et le Saguenay, le Mixbus explore le territoire québecois de long en large.

« Cet été, on est allés dans la communauté de Maliotenam, proche de Sept Îles. La prochaine fois, on aimerait ça se rendre jusqu’à Havre-Saint-Pierre.” Les Mixbus devraient être de retour à Québec cet hiver.

Pour en savoir plus sur le Mixbus, visiter leur site internet et leur page Instagram.

Un théâtre intimiste et atypique

Le père de Agnès Zacharie, migrant libanais arrivé sur les terres de Tadoussac, achète, à la fin de sa vie, un bus scolaire. Destiné à faire visiter aux touristes la région, le véhicule sera finalement transformé en théâtre par Agnès, en 2004.

« Le Périple », spectacle fondateur de la compagnie rend hommage à l’histoire de son père à travers le périple d’un grain de sable. « L’existence, c’est le plus beau des périples », conclut Agnès. Le Ubus donne actuellement des représentations de cette pièce au Théâtre Les Gros Becs, à Vanier.

Les marionnettes de la pièce « Le Périple », de la compagnie Ubus
« Le Périple », de la compagnie Ubus. Crédit photo : Martin Genest.

Avec un total de 32 places, ce théâtre non-conventionnel a gardé les sièges originaux, tournés vers la scène. « Au départ, les interprètes-marionnettistes manipulaient à la fois la lumière et le son. C’était super, mais qu’on ne pouvait pas avoir toute la subtilité de la technique avec des régisseurs. Maintenant, on présente toujours les spectacles à deux comédiens, mais on est une grande équipe. »

Écrit par Agnès Zacharie, « Mémoires d’un volcan » est en cours de création et sera présenté du 26 avril au 14 mai, devant le Périscope. Cette nouvelle pièce est inspirée de la vie de Josée Campana, avec qui la fondatrice du Ubus a travaillé pendant 16 ans. Elle est la fondatrice du Garde-Sable et a longtemps créé les marionnettes du Grand Théâtre de Québec. « Mes spectacles sont toujours inspirés de gens, que ce soit de proches ou de personnes connues. On y trouve toujours beaucoup d’humanité. »

Pierre Robitaille et Agnès Zacharie
Pierre Robitaille et Agnès Zacharie. Photo : Christopher Manquillet

Pour découvrir le Ubus, visiter leur site internet. Les réservations pour Mémoires d’un volcan sont ouvertes dès maintenant sur le site internet du Périscope.

Sortir le tatouage des salons

Alors qu’il se fait tatouer par Louis-Gabriel Kendirgi, à son domicile, Vincent Gagnon évoque l’idée d’un studio de tatouage mobile : “ Y’a tellement de compagnies qui se déplacent, je peux pas croire qu’on peut pas rendre le tatouage accessible à tout le monde.”

Après quelques recherches et réflexions, ils lancent ce projet dans un autobus scolaire. Plus lumineux, plus atypique qu’un camion de poste, le véhicule prend peu à peu la forme du Displace Studio. “Au début, les clients étaient un peu méfiants. Finalement, on a travaillé pour donner au bus un look vraiment propre qui inspire confiance. Avec le bouche-à-oreille et nos différents événements, on reçoit un super bon accueil. »

Le bus de Displace Studio
Le bus de Displace Studio. Crédit photo : Vincent Gagnon

Tous deux originaires de Québec, les deux associés se répartissent les tâches. Gabriel, qui a étudié en design de produit, s’occupe du côté tatouage et artistique. Vincent, qui a étudié en finance, se concentre sur l’administratif, la gestion, l’événementiel. À leurs débuts, les fondateurs de Displace Studio se concentrent sur des événements privés. Cet été, ils se sont lancés dans les festivals.

“On a fait le Festibière de Lévis. Quatre jours de tatouage, douze heures par jour : il y a eu énormément de demande. C’est le plus gros événement qu’on ait fait à date. On est vraiment à une autre étape par rapport à nos débuts, même s’il reste des choses à améliorer.”, explique Vincent.

En ce début de saison hivernale, ils se concentrent sur l’arrangement du bus. La logistique nécessaire au bon déroulement d’un tatouage s’ajoute aux contraintes d’un studio mobile. Le Displace Studio devrait être prêt à reprendre la route pour de nouveaux événements au mois de janvier.

Pour découvrir le Displace Studio, visiter leur site internet et leur page Instagram.

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