Épuisement professionnel dans le milieu communautaire: « Agir ensemble » pour la santé mentale

Charles RiceLe directeur du regroupement communautaire AGIR en santé mentale (Alliance des Groupes d’intervention pour le Rétablissement en Santé Mentale) Charles Rice. Photo: Courtoisie

Charles Rice est directeur du regroupement communautaire AGIR en santé mentale (Alliance des Groupes d’intervention pour le Rétablissement en Santé Mentale). Il collabore, avec des chercheurs de plusieurs universités, à une étude de type recherche-action, au sujet de l’épuisement professionnel des travailleurs dans le milieu communautaire. Le Carrefour a rencontré monsieur Rice en entrevue, un pionnier, au Québec, dans les pratiques alternatives en santé mentale.

Par Marie-Eve Groleau

« L’épuisement professionnel, qui représente un enjeu de santé publique, est plus répandu que jamais, dans différents milieux de travail, dont le nôtre, depuis déjà plusieurs années », amorce monsieur Rice.

Directeur du regroupement AGIR en santé mentale, qui chapeaute 38 organismes communautaires, Charles Rice a initié de manière conjointe le projet de recherche dans un objectif de positionnement collectif.

Dans le cadre de ce projet, AGIR poursuit une étroite collaboration avec d’autres regroupements régionaux, soit, ROP-03 (Regroupement des organismes de personnes handicapées de la région de la Capitale-Nationale) et RAIIQ (Regroupement pour l’aide aux itinérants de Québec). Trois universités canadiennes; l’Université Laval, l’Université de Sherbrooke et l’Université d’Ottawa sont impliquées dans la démarche, en plus de la TÉLUQ.

Les résultats préliminaires de l’étude suggèrent que 20 % des travailleurs communautaires en santé mentale vivent de la détresse psychologique ou un épisode d’épuisement professionnel.

« Ce taux énorme, qui est supérieur à la population générale, est comparable aux travailleurs comme les infirmières » appui le directeur.

Les participants au nombre de 300 ont répondu à des questionnaires et ont été rencontré en entrevues individuelles.

« Notre objectif est de proposer une réflexion plus large au sujet de l’adaptation en contexte professionnel, ainsi que du sens que l’on porte au travail en tant que facteur de protection. Nous voulons établir des communautés de pratique, en s’appropriant un plus grand pouvoir d’agir, afin de se prémunir contre l’épuisement professionnel », explique-t-il.

Pistes de solutions

La reconnaissance sociale du travail communautaire se traduit d’abord par les conditions de travail, l’échelle salariale et l’autonomie en termes de gestion financière des organismes.

Au niveau organisationnel, « la communication entre intervenants et directeurs représente une clé importante » , selon le porte-parole de l’étude.

« Comme nous sommes de petites organisations, on a l’avantage de pouvoir établir une communication régulière qui a un énorme impact. Parler de la détresse psychologique entre nous est primordial. Servir de modèle en termes de pratiques réflexives collectives va également dans le sens de nos visées, puisqu’on sait que le sujet est moins mis de l’avant dans le réseau public », enchaine-t-il.

Au niveau organisationnel, un guide pratique pourrait être proposé à l’ensemble des organismes, afin de créer un espace de discussion. Inclure les intervenants et les employés dans les décisions et les débats tient de la base de cette vision administrative.

« Les organismes sont informés de l’impact positif d’un style de gestion participatif plutôt que hiérarchique », confirme monsieur Rice.

La clinique SPOT, un organisme communautaire, permet également un soutien préventif. Leur projet Ricochet offre au personnel multidisciplinaire de l’accompagnement personnalisé, des formations, des conférences, des ateliers de pleine conscience et des séjours à prix réduit au Monastère des Augustines.

Action sociale

Militant depuis les années 1980 et issu du domaine de la psychologie communautaire, Charles Rice préconise l’action dans la recherche. Au cours de sa carrière, il a participé, sur le terrain, à la lutte pour la reconnaissance des droits des personnes ayant des problèmes de santé mentale. Sa vision, axée sur le développement du pouvoir d’agir, l’empowerment, a teinté ses interventions et son travail au sujet des pratiques alternatives en santé mentale.

« Si le sens que l’on porte à notre travail n’est pas aligné avec nos valeurs et nos besoins individuels et collectifs, le travail devient un terreau fertile à l’épuisement professionnel. L’idée principale est de se mettre en action en identifiant les outils organisationnels à notre disposition et les facteurs de protection. La liberté d’action des groupes, selon une certaine marge de manœuvre est centrale », termine le directeur.

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