Le shérif et la guérilla

Quoi qu'on dise par Martin ClaveauMartin Claveau pense que la nouvelle École Stadacona manque de couleurs et de chaleur humaine. (Photo : archives Carrefour de Québec)

Le député Éric Caire dénonçait récemment la guerre à l’auto que mènerait selon lui le maire de notre ville.  Sa métaphore était exagérée bien sûr, mais quand notre premier magistrat affirme sur les tribunes que sa cité ne combat pas les autos, je me permets de douter un peu de cette affirmation, avec ce soupçon de mauvaise foi qui me caractérise.

Par Martin Claveau

Dans les faits, j’observe que pas mal toutes les actions de la ville vont dans le sens de diminuer la place des autos et c’est comme ça depuis plusieurs années. Nos dirigeants s’en cachent sans doute, de crainte d’en choquer certains, mais c’est pas mal ça qui est ça.

Le terme de « guérilla » serait donc sans doute plus approprié pour désigner la campagne que mène Québec et son armée de fonctionnaires. Convaincu par ses troupes et encouragés par une frange très influente de la population, le général Marchand s’inspire des meilleures pratiques de la guerre moderne pour mener ce combat. 

Dans les conflits urbains modernes, on débusque l’ennemi, coin de rue par coin de rue, méthodiquement pour en venir à bout en minimisant les pertes. On évite ainsi le soulèvement populaire de cet ennemi nombreux, mais désorganisé, que constitue la horde des automobilistes. J’exagère, mais pas tant que ça! Voici quelques faits têtus que j’ai observé près de chez moi :

– En face de mon ancien appartement, sur le Chemin de la Canardière, le stationnement que j’utilisais jadis a maintenant disparu. Il a été remplacé par un trottoir élargi avec des gros pots de fleurs.

– Sur le pont Drouin, par où tout le monde passe pour accéder ou sortir de Limoilou, on est passé de trois voies dédiées à la circulation, de chaque côté, à deux voies et un giga trottoir.  

– Sur la 18e rue, dans le coin du centre vide, on a retiré une voie à la circulation et installé, là aussi, des renflements de trottoir pour éliminer des  endroits pour garer des véhicules. 

– Sur la 8e avenue, on a remplacé des dizaines de places de stationnements par une piste cyclable que l’on projette maintenant d’agrandir. 

– Sur la 3e avenue, on a retiré une dizaine de places de stationnements pour faire passer une autre piste cyclable. 

– À côté de chez moi, sur la 9e Avenue, on vient tout juste d’éliminer une dizaine d’espaces de stationnement au profit d’une zone de transit pour des autobus du RTC où je vois, chaque jour, des dizaines de chauffeurs qui gossent sur leurs cellulaires, dans des autobus, en attendant leur prochain trajet. 

– Récemment, l’implantation du système de vélo partage sur la 3e Avenue et sur la 3e rue a encore vaporisé cinq ou six espaces de stationnement.  

Ça fait longtemps que je demeure à Limoilou et depuis, j’ai constaté une diminution assez importante de la place accordée aux voitures. Ces actions apparaissent insignifiantes au premier abord, mais elles ne le sont pas. 

Pour moi qui habite en ville, de tels gestes se justifient la plupart du temps et rendent mon coin plus tranquille. Pour d’autres, par contre, comme Éric Caire, pour qui la ville est un endroit pour passer, il est révoltant de constater que les voitures occupent moins de place qu’autrefois. Depuis vingt ans, des centaines de places de stationnements ont été sacrifiées dans cette guérilla à l’auto. Je ne suis pas souvent d’accord avec Éric Caire, mais il avait raison, Il est indéniable qu’une lutte contre la voiture est en cours. Elle se mène juste un coin de rue à la fois. 

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