Combien vous coûtez ?

David Lemelin

Mettons que j’ai l’intention d’acheter votre vote… combien vous coûtez? 

Sérieux. 

C’est quoi, mettons, le montant qu’il me faut? Si, mettons, je vous propose deux trous, c’est-tu assez?

Avec ce montant, j’achète combien de votes? Mettons 10 milliards $ (parce que 7 milliards aujourd’hui, rendu au coupage de ruban, on aura pété les 10 milliards $), c’est pour acheter quelques milliers de voix sur la Rive-Sud et un peu sur la Rive-Nord. On estime ça à quoi ? Environ 200 000 ?

Ça fait 50 000 $ le vote.

C’est cher payé pour s’offrir un lien autoroutier dont la pertinence est contestée par tout ce qui possède moindrement un peu de connaissance en aménagement du territoire. Faut lire la critique de Sylvain Gariépy, président de l’Ordre des urbanistes, qui accuse le gouvernement d’aller « à l’encontre de l’intérêt collectif », rappelant au passage que le troisième lien ne « réussit toujours pas à rallier un seul expert indépendant en aménagement, en transport, en développement régional ou en économie ».

Boum!

Et ce 50 000 $ pour vous acheter, c’est payé par l’ensemble des électeurs, donc principalement par ceux qui n’emprunteront jamais l’un des deux trous. En tout cas, pas sur une base quotidienne. 

En somme, un parti politique peut décider de pousser un projet destructeur, sans queue ni tête, en détournant 10 milliards $, simplement pour conserver le pouvoir.

C’est tout simplement scandaleux.

Occupation trouble

Pendant ce temps, pour essayer d’argumenter, les stratèges de Bruno Marchand lui ont suggéré d’opposer « étalement urbain » et « occupation du territoire ». Ça part d’une bonne intention – alors, bravo, les gars – mais soyons moins approximatifs. En réalité, l’occupation du territoire, c’est un peu tout ça. Vous pouvez l’occuper trop, peu, mal, bien, vous pouvez envahir un secteur, vous pouvez le protéger… tout ça, c’est occuper le territoire. C’est l’aménagement du territoire qui met de l’avant les bonnes pratiques qui vont prôner la densification, par opposition à l’étalement urbain

Bref, ce que Gilles Lehouillier essaie de nous faire passer pour un « rééquilibrage » entre l’est et l’ouest est en réalité de l’étalement urbain, alors qu’il devrait proposer la densification de son territoire. 

Mais, la densification, ça ne facilite pas la vie des potes qui veulent se servir dans la jarre à biscuits de l’enrichissement foncier. Ils s’enrichissent quand même, remarquez, puisque la densification s’accompagne en général d’une amélioration du paysage urbain qui pousse les valeurs vers le haut. 

Certes, c’est pas aussi payant que de vendre des terrains (et des chars), bâtir des immeubles, des commerces et industries. C’est vrai.

En dépit de ce que la CAQ et le maire de Lévis peuvent penser, l’aménagement du territoire n’est pas un jeu de Monopoly. Sur le plateau du célèbre jeu, on ne trouve pas une case qui dit : « vous polluez et développez mal : allez en prison! »

Peut-être confondent-ils réalité et fiction. Ça doit être les milliards qu’ils utilisent comme de l’argent de Monopoly qui leur montent à la tête…

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