La poutine de chez nous

Quoi qu'on dise par Martin ClaveauMartin Claveau pense que la nouvelle École Stadacona manque de couleurs et de chaleur humaine. (Photo : archives Carrefour de Québec)

Il y a quelques années, mon ami Jean-Philippe, qui revenait d’un long voyage, attendait en ligne de passer la douane à l’aéroport.

Par Martin Claveau

Alors qu’il faisait son temps dans la file, heureux de rentrer chez lui, il laissa échapper un vibrant cri du cœur à l’attention de la personne qui voyageait avec lui en mentionnant qu’il avait hâte de manger une bonne poutine chez Ashton.

Sans cérémonie, le type qui le suivait dans la file lui tapa alors doucement sur l’épaule en lui tendant une carte promotionnelle. Le document permettait à son porteur d’en obtenir une gratuitement au restaurant de la chaine de son choix. L’homme lui dit alors en souriant : « tu la prendras à ma santé ta poutine ». 

Le type, c’était nul autre qu’Ashton Leblond lui-même. Eh oui, le fondateur des restaurants du même nom qui revenait, lui aussi, de voyage et qui avait été amusé par cette déclaration. Il était sorti momentanément de l’anonymat de la file pour le remercier de l’avoir fait sourire. Personne ne l’avait reconnu.

Personnellement, je n’ai jamais rencontré le fondateur d’Ashton, mais à ce qu’on m’a dit, il ne recherche pas les feux de la rampe. Selon mon ami, le roi de la poutine avait été excessivement discret dans son intervention, ne souhaitant pas attirer l’attention.  

De tous les gens que je connais et qui ont déjà mangé des poutines à trois heures du matin, c’est la seule fois que j’ai entendu parler de quelqu’un qui l’avait croisé. Je crois toutefois que cette petite histoire était révélatrice de sa personnalité.  Ma modeste expérience de la vie me prouve que les gens sont souvent dans les petites affaires comme ils le sont dans les grandes. Le geste de M. Leblond n’avait rien de grandiose en lui-même, mais il me l’a rendu plutôt sympathique. 

Quand on a découvert récemment qu’il a choisi de vendre son empire a deux jeunes entrepreneurs locaux et qu’on connait cette petite histoire, on cerne un peu mieux le personnage. Contrairement à certains entrepreneurs de la région, qu’on voit partout, même quand ils prennent des congés sabbatiques, Ashton Leblond n’a jamais cherché à être le centre de l’attention. Il a bâti son empire tranquillement et sans faire trop de bruit. 

Force est d’admettre qu’il a plutôt bien réussi, car ses restaurants font partie intégrante de notre culture locale.  

Pour un, je m’obstine fréquemment avec une amie de Montréal sur la manière dont on devrait prononcer le mot « Dulton ». Plusieurs amis de l’extérieur qui viennent dans la région demandent souvent qu’on les amène chez Ashton. Je crois que, collectivement, nous sommes tous un peu attachés à cette marque.

Je me réjouis donc que cet entrepreneur ait choisi de vendre son entreprise à des gens de la région et non à une grosse chaine possédant des centaines d’établissements.  

Il aurait pu et cela aurait sans doute été pas mal plus payant pour lui. Personne ne lui en aurait tenu rigueur et c’eut été dans l’ordre des choses, mais il ne l’a pas fait.

Sans doute M. Ashton a-t-il accepté un peu moins de sous, mais rendu-là, on s’entend qu’il ne s’en tirera pas les poches vides. Il nous prouve cependant que ce n’est pas tout ce qui compte et c’est tout à son honneur. 

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