Les espadrilles beiges

Quoi qu'on dise par Martin ClaveauAura-t-on encore un Grand Marché à Québec après les fêtes? Voilà la grande question que plusieurs, comme Martin Claveau, se posent. (Photo : archives Carrefour de Québec)

Ce n’est un secret pour personne, je n’éprouvais pas une très grande affection pour l’ancien maire Labeaume.

Par Martin Claveau

Ses coups de gueules constants, ses tentatives de dévier l’attention quand le sujet ne faisait pas son affaire, sa tendance mégalomane, son entêtement dans les dossiers du SRB et du tramway, son obsession à déménager le marché du Vieux Port, son aréna avec pas de Nordiques, sa chicane avec le maire de Lévis, sans oublier sa façon déplaisante de traiter les journalistes de Québec et son affabilité avec les médias de Montréal qui lui posaient des questions faciles. Tout ça, à la longue, a fini par me lasser, alors mettons que je n’étais pas son plus grand fan à la fin. 

La bonne humeur et la bonne entente reviendront peut-être à l’hôtel de ville après l’élection, me suis-je dit, quand il a annoncé qu’il ne se représentait pas l’an dernier.  Je n’étais pas le seul. Plusieurs employés de la ville m’ont avoué s’être réjouis du départ de ce monument de mauvaise foi intermittente. On en a même surpris à danser dans certains services m’a-t-on rapporté.  Sauf que Régis Labeaume était, il faut lui donner ça, un phénomène qui ne laissait personne indifférent et qui ne pratiquait pas la langue de bois.

Pour une, ma blonde l’adorait et elle n’était pas la seule, car il aurait possiblement été reconduit dans ses fonctions s’il s’était présenté. Le départ de notre « Jean Drapeau » a donc ouvert la porte toute grande à Bruno Marchand, qui est arrivé en courant avec ses espadrilles jaune orange.  

Depuis son arrivée en poste, le nouveau maire est, comme on s’y attendait, tout le contraire de son prédécesseur. À date, M. Marchand se distingue profondément de M. Labeaume par le fait qu’il ne dit ne prend position sur… Rien.  À chaque entrevue que j’ai entendu depuis novembre, M. Marchand donne l’impression de marcher sur des œufs.  Il ménage donc la chèvre, le chou, le foin et la ferme au complet à chaque fois qu’il s’exprime. Québec compte enfin sur un politicien digne de ce nom et qui fait attention à tout ce qu’il dit, comme on en trouve un peu partout.  Si on le compare à son trop médiatisé prédécesseur, Bruno Marchand manque toutefois un tantinet de couleur. En fait, la teinte la plus éclatante qu’il nous nous a présenté demeure, à ce jour, celle de ses espadrilles qui lui volent maintenant la vedette sur un compte twitter.

 Le recours à des phrases creuses est rapidement devenu un naturel pour notre nouveau maire. On l’a entendu par exemple répéter à plusieurs reprises que sa ville allait ne jamais laisser personne derrière, et qu’elle s’inspirerait des meilleurs pratiques de déneigement de l’Antarctique ou de la Suède.  J’aime bien l’odeur qui transpire des belles phrases inspirées. Mais encore faut-il qu’elle aient un sens. Par exemple, ça veut dire quoi au juste ne laisser personne derrière? L’analogie du soldat qui revient courageusement chercher ses camarades blessés est ici un peu forte à mon sens. À plus forte raison, en temps de paix, dans une ville où le plein emploi sévit et où le parking des Galeries de la capitale déborde. 

Bon, vous me direz que je joue sur les mots, mais je constate aussi que, quand j’écoute notre nouveau maire, c’est pas mal tout le temps ce qu’il fait.  Ne laisser personne derrière est le genre de phrase passe-partout qui ne veut pas dire grand-chose et qui parait bien à l’émission de Pénélope MacQuade, sans Pénélope MacQuade, le mercredi 5 janvier à 9:24. 

Toujours est-il que je dois avouer que je le trouve un peu douçâtre notre nouveau maire et que je m’ennuie parfois presque de Régis et de ses déplaisances.  

« Heille mon gérant d’estrade, est-ce que tu ferais mieux que lui? », m’interpelle ma blonde.   

« Bien sûr que non, tu as raison et je serais sans doute même bien pire que Bruno, mais je ne me présente pas à la mairie avec mes espadrilles beiges en disant que je vais changer les choses non plus. Je me contente de faire la vaisselle dans notre 5 et demie et de reconduire notre fille à l’école quand elle en a ». 

Tout ça pour dire qu’il n’est pas trop tard pour Bruno Marchand. Son mandat est jeune et il peut encore se démarquer, prendre position et nous rendre fiers qu’il soit notre maire.

Qui sait, il deviendra peut-être la vedette d’un sketch d’Infoman, le 31 décembre prochain, quand nous serons encore confinés?

Commentez sur "Les espadrilles beiges"

Laissez un commentaire

Votre courriel ne sera pas publié.


*


Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.