Déneigement : encourager davantage les initiatives citoyennes ?

neigePhoto : Gabriel Côté

Lors du point de presse de mardi concernant le déglaçage, Pierre-Luc Lachance, vice-président du comité exécutif à la Ville de Québec, a fait référence à la notion de « ville intelligente » qui inclut une forme d’entraide citoyenne.

Encourager davantage les actions citoyennes pourrait être une des solutions en vue d’une meilleure gestion du déneigement à Québec.

S’inspirer des pays scandinaves

Dans certaines municipalités au Canada et dans les pays scandinaves, le citoyen est appelé à participer activement au déneigement. En Alberta par exemple, ce sont les habitants qui doivent déneiger les trottoirs adjacents à leur propriété.

Miser sur la participation citoyenne représente des économies considérables pour les administrations, mais pourrait aussi contribuer à une meilleure gestion spontanée, en temps réel, des évènements météorologiques.

Bien sûr, cela vient avec d’autres problèmes, comme le risque de blessures, de poursuites ou le coût faramineux des assurances.

Surtout, faire du déménagement un enjeu social pourrait peut-être contribuer à un sentiment fort de communauté et diminuer le cynisme politique. Après tout, « les hommes ne sont pas des îles », comme l’a beaucoup répété Bruno Marchand durant sa campagne électorale.

Est-ce que la Ville de Québec ne pourrait pas s’inspirer d’une politique qui mise sur une plus grande responsabilisation citoyenne ?

Faire de Québec une « ville intelligente »

Gabriel Côté expliquait dans son excellent article sur la « ville intelligente » qu’elle se définit surtout par son volet sécuritaire, soit la capacité de faire face à des « situations d’exception », notamment par une meilleure récolte de données.

« L’avenue qu’on explore, et ça revient à mon passé de ville intelligente, affirme Pierre-Luc Lachance, c’est que pour une ville intelligente, ça prend une communauté forte. Une communauté forte ce n’est pas une communauté qui travaille en fonction de la Ville, mais qui travaille en fonction de son voisin. » 

Le vice-président du comité exécutif donne en exemple l’aide qu’il offre à son voisin plus âgé. « Lorsqu’il tombe de la neige, je vais déneiger son entrée qui donne directement sur le trottoir », explique-t-il.

Il serait ainsi intéressant selon lui de miser sur « un sentiment de communauté » pour arriver à former une « ville d’entraide », comme en témoigne les nouveaux groupes d’entraide pour le déneigement sur Facebook.

Nommons par exemple le groupe « Sauvetage neige hiver » qui a vu le jour le 6 décembre dernier par l’initiative d’un résident et commerçant du quartier Saint-Jean-Baptiste.

« Ça me fait beaucoup réfléchir sur comment la Ville peut encourager ce type d’action, affirme Pierre-Luc Lachance. Je rappelle qu’une action citoyenne qui ne coûte rien est d’appeler le 311 parce que par exemple le puiseur devant chez moi est bouché et que je n’ai pas les capacités de le déglacer. Si quelqu’un peut donner un coup de main pour le déboucher, la Ville va pouvoir concentrer ses effectifs ailleurs. Ça, pour nous, c’est avoir une ville intelligente, humaine et bienveillante. » 

Des gestes simples

Martin Forgues, directeur de division pour l’entretien des voies de circulation, explique que plusieurs comportements devraient être mis en place avant même de demander aux citoyens de déneiger leur trottoir, puisque les chenillettes font facilement ce travail.

« Par contre, dans les quartiers centraux, c’est difficile de stationner et la machinerie ne passe pas, poursuit-il. Là il y aurait un gain, parce que tant que le stationnement n’est pas interdit, la circulation est presque impossible. » 

Il ajoute par ailleurs que simplement le fait d’enlever les bacs à ordures et à recyclage des trottoirs est une grande aide pour la Ville. « Avoir une préoccupation pour les employés qui font le déneigement » est en somme selon Martin Forgues une première étape.

« On a des effectifs, mais on ne peut pas mettre 2000 personnes pour débloquer les 60 000 puiseurs de la ville de Québec en 12 heures », lance-t-il en exemple.

Les citoyens qui cassent la glace qui bloque les puiseurs devant leur propriété témoignent de la manière dont on peut davantage « s’aider collectivement ».

Vivre avec l’hiver ?

Il semble pertinent de se rappeler que la notion de dégagement hivernal des voies de circulation est récente. Les premiers peuples utilisaient des moyens de transport qui permettaient de « surnager » la neige et ont développés des outils comme les raquettes, les skis ou les traîneaux pour faciliter leur déplacement.

Les idées de « lutte contre la neige » ou de « viabilité hivernale » sont actuelles, le développement urbain s’étant accompagné d’un besoin grandissant d’une gestion organisée des évènements météorologiques.

Au Canada, au début du XIXe siècle, le déneigement était effectué à l’aide de pelles et de pioches lors de corvée où toute la population s’entraidait, obligatoirement, pour déblayer les chemins. Les habitants ne pouvaient vaquer à leurs occupations quotidiennes tant que le déneigement n’était pas fini.

Bien entendu, il serait impensable de s’empêcher d’utiliser les nouvelles technologies ou les techniques innovantes en matière de déneigement. Le « laisser-aller » ou le retour en arrière ne sont pas des solutions viables. Les pertes économiques d’un Québec « fermé l’hiver » seraient catastrophiques, sans compter que notre statut nordique constitue un employeur non négligeable.

Toutefois, il est bien de se souvenir de notre condition hivernale qui limite bel et bien notre capacité d’action. On peut vouloir mieux prévoir, mieux contrôler, mieux gérer et même qu’on doit exiger à cet égard de la bonne foi de la part de ceux qui nous gouvernent. Mais cela ne doit pas nous aveugler de notre dépendance réelle au climat.

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