La campagne municipale à vélo : Une idée bof

Mon ami Gabriel Côté, prince-rédacteur du Carrefour, m’a demandé si je voulais le remplacer pour couvrir un débat entre les candidats à l’élection municipale, vu mon implication passée en politique.

L’enjeu principal du débat étant le vélo, je le soupçonne de m’envoyer un message concernant mon piètre mode de vie lorsqu’il m’a suggéré de le faire à vélo, « pour être dans le thème », m’a-t-il dit. Ou peut-être voulait-il que j’arrête de ricaner lorsqu’il me parle de son espoir qu’un jour, « Québec soit une ville de cyclistes qui se tiennent la main en roulant ». J’ai accepté, parce que j’avais rien de mieux à faire, et que ça me donnait une bonne raison de sortir mon vélo qui accumule la rouille et au passage, d’exaspérer mon chum en lui rappelant de ramasser son bordel dans le cabanon.

Un bon départ

La température est pourrie et avec un taux d’humidité qui garantit que j’arrive suante, mais surtout désagréable. J’enfile des vêtements appropriés ; c’est-à-dire ma paire de jeans la plus « élastique » et une espèce de blouse qui se veut professionnelle et décontractée, et qui finalement n’arrive à faire ni l’un ni l’autre, à part accumuler rapidement un cerne de sueur. Je passerai de toute manière la journée dans mon coton ouaté But first coffee, question que personne m’achale.

Je chevauche mon vélo et j’essaie pendant les premières minutes de regarder le paysage : c’est beau. C’est l’automne. Quelqu’un de touchant dirait des affaires mélancoliques. Moi je vous dis que c’est franchement correcte la vue de sur mon bicycle. J’imagine un poème au goût du jour qui irait un peu comme ci :

Les feuilles t’avalent et
ta bouche dans un souffle
est un hivernal annonciateur
de la mort dans notre peau.

Faut dire que je n’ai pas trop le temps de me mettre dans un état d’esprit lyrique. Je dois me concentrer sur les piétons que j’essaie d’éviter sur le boulevard Champlain. Je sais qu’on veut tous profiter du bord du fleuve, mais de toute façon, un mur bloque la vue. Ça fait qu’on regarde le bien ordinaire Château Frontenac … en essayant d’éviter de se rentrer dedans.

Après l’effort

J’arrive au débat. Je saute ici les descriptions esthétiquement plaisantes qui font fantasmer les cyclistes. Sentiment de liberté et patati. J’avoue que mon sens cyclique de la liberté, celui de me déplacer à la vitesse que je veux sans l’entrave d’une carapace en tôle qui limite mon champ de vision, n’est pas hyper aiguisé.

C’est-à-dire que, roulant moins vite que plusieurs personnes du troisième âge qui me dépassent même sans vélo électrique, la douleur dans mes jambes me rappelle sans cesse ma dépendance, l’esclavage de ma volonté à mes facultés, l’emprisonnement de mes élans de pédales dans des jambes qui sont utiles juste à faire des squats, soit quand « ça compte ». On sait tous que ce qui libère une femme, c’est d’avoir un derrière plus galbé…

Donc, j’arrive au débat des candidats concernant le vélo, déjà pas mal écoeurée du mien. J’ai parlé à personne. Je me suis contenté de juger de loin, ma spécialité.

Les problèmes

À ma grande surprise, j’ai trouvé les gens beaucoup plus pessimistes que moi. Après 30 minutes, j’avais déjà rempli un cahier Canada avec les problèmes constatés sur le réseau cyclable de la ville.

Si on se fie aux citoyens et aux candidats, il y a un sérieux problème de sécurité sur les pistes. Les rues ne sont pas bien aménagées, le partage de la route est compliqué non seulement avec les voitures, mais même sur les pistes cyclables, vu les multiples nouveaux modes de transport (trottinettes, triporteurs et autres nouvelles machines, comme le àVélo).

De plus, même dans les pistes cyclables modèles, comme celle sur Père-Marquette, c’est loin d’être idéal puisque les vélos doivent parcourir un zig-zag, qui finalement donne l’impression d’être dans un labyrinthe et un détour, et qui aboutit un peu nulle part. Sur les autres pistes, les cyclistes parlent de « parcours à obstacles », tellement qu’il pourrait être utile de déployer une escouade mobile sur le réseau.

Le problème majeur : la non-continuité du réseau. Pour voyager en vélo, il semble qu’il faut s’attendre à traverser la rue deux ou trois fois, à rouler sur des surfaces hostiles, à s’aventurer dans des milieux non éclairés et à finalement n’avoir aucun endroit pour stationner son vélo arrivé à destination, sauf, avec chance, le tronc d’un arbre chétif.

Somme toute, je trouve que ma stratégie, soit de sortir mon vélo le moins souvent possible, me permet de garder une relation saine avec la Ville.

Les faits saillants

Étant moi-même issue du milieu scientifique, diplômée en sciences politiques, je considère les faits comme essentiels au débat. Mon moment préféré a donc sans hésitation été le petit Quiz où les candidats étaient testés sur leur connaissance.

  • Le nombre de cyclistes en 2020 à Québec : 275 000 ;
  • Le pourcentage d’enfants qui pratiquent le vélo : 82% ;
  • La longueur totale des voies cyclables à Québec en 2020 : autour de 350 km ;
  • Le pourcentage de ces voies étant des pistes cyclables, donc qui sont protégés : 45% ;
  • Le pourcentage de citoyens qui souhaite une amélioration du réseau cyclable à Québec : 74% ;
  • La longueur du réseau cyclable en hiver : 30 km ;
  • Il est strictement interdit de se stationner sur une piste cyclable, même avec les quatre flasheurs, même si c’est juste pour 30 secondes.

Après avoir entendu parler de bécanes à pédales pendant 120 minutes, je peux vous dire que je me sens maintenant en droit de chialer contre tous les automobilistes et tous les vélos. Merci Gabriel !

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