Un parti en transition

David Lemelin

Transition Québec n’est pas encore sur les rails de la campagne qu’un de ses wagons se détache. Sans être la locomotive du jeune parti, il faut néanmoins admettre que depuis quelques mois, sur le Net, à part Jackie Smith qu’on voit, un peu, c’est la désormais candidate indépendante Alexandra Tremblay qu’on voyait, parfois. 

Oui, bon. Nettement moins que les autres partis. Mais, quand même. 

Visiblement, il n’y a pas que son image qui est colorée : son approche aussi. Pas en demie teinte, la candidate se sentait à l’étroit dans le wagon d’un parti politique, fut-il aussi proche de sa propre philosophie. Les trains peuvent aller au même endroit, mais doivent parfois circuler en parallèle, chacun à leur rythme, faut croire.

Là, vous vous dites : encore la gauche qui s’entre-déchire et se torpille elle-même… 

Moi aussi. Vraiment.

J’ai écrit, dit et répété que la gauche divisée, c’est la droite qui se faufile. Dans le cas présent, c’est un peu plus particulier : le district Saint-Roch-Saint-Sauveur est riche de candidats et représente, de toute évidence, un objet de convoitise considérable des partis en lice. 

Quel effet cette division du vote aura-t-elle sur le résultat? Votre prédiction vaut la mienne : c’est l’incertitude totale. Dans un contexte comme celui-là… ce n’est peut-être pas aussi fou que ça en a l’air de partir seule de son bord : elle pourrait se faufiler. En tout cas, c’est le pari qu’elle fait. C’est baveux… ou plutôt, audacieux!

Mais, je ne crois pas que sa démarche est électorale. C’est pas ce qu’on peut décoder de tout ça. Alexandra Tremblay donne l’impression d’avoir envie de brasser la cage, de secouer les conventions, de parler plus fort que ce à quoi on nous a habitués.

Fougue de la jeunesse? Idéalisme téméraire?

Un peu tout ça. En tout cas, si j’avais à tester un pari aussi risqué, c’est dans ce district que j’essaierais.

À première vue, ça ressemble à du suicide politique… puis, en réfléchissant, on s’arrête à cette remarque : elle dit ne pas être à l’aise à être la candidate d’un parti dans un district, mais souhaite être la candidate d’un district, tout court. C’est le monde à l’envers, et ça fait réfléchir sur la démocratie et l’efficacité de la représentation électorale.

C’est un très, très beau débat de société auquel elle nous convie, à travers ce coup d’éclat. 

Quel est l’impact pour Transition Québec?

Sur le simple plan organisationnel, c’est probablement positif : de ce qu’on décode, il y avait de la tension sur la ligne entre la cheffe et sa candidate. En gesticulant, elle faisait de l’ombrage…

Mais, sur le plan politique, cet événement met en lumière un choix stratégique de ce parti que je considère mal calculé et malhabile. Transition Québec ne dépassera pas 10 % du vote global, à moins d’un miracle miraculeux. Il est même possible que ce soit près de la marge d’erreur. C’est ce qui explique, d’ailleurs, le peu d’attention que les médias accordent à ce parti.

Alors, pourquoi ne pas concentrer ses tirs dans trois ou quatre districts? Pourquoi ne pas renoncer à la mairie pour utiliser le temps et l’argent qu’on y consacre pour se faire élire conseillère à la place? Ça permettrait alors de dépasser le minimum de 15 % qui accorde le remboursement d’une partie des dépenses électorales, ce qui peut représenter un énorme problème aux lendemains de l’élection. Effacer une dette de parti, c’est lourd. 

Surtout, ça lui permettrait d’avoir une chance encore plus forte de faire élire quelques conseillers. Y’en aura pas 12 qui seront élus, faut pas rêver. Réunir les moyens et les militants autour de quelques districts, comme Limoilou, Maizerets-Lairet et St-Roch-St-Sauveur donnerait beaucoup plus de force de frappe et d’attention globale. Faire élire ne serait-ce que trois conseillers serait déjà une grande victoire pour eux. 

Mais non.

En faisant semblant d’avoir une stature digne de la mairie, Transition Québec dilue ses moyens et ses forces pour les éparpiller sur le territoire, beaucoup en peine perdue pour tout ce qui concerne le nord de l’autoroute de la Capitale.

À mon avis, ça tient en grande partie à cet orgueil qu’on trouve souvent chez les chefs de partis. Jackie Smith m’a souvent donné l’impression que le plus important pour elle, c’était d’être cheffe. Tout ce qu’il lui fallait, c’est un véhicule. 

Mais, à quoi bon si c’est pour conduire le train dans le mur?

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