Les enfants illégitimes de la ville

Quoi qu'on dise par Martin Claveau

Je n’ai pas de ruelle près de chez moi, mais j’aimerais bien en avoir une.  

Je trouve qu’il s’agit d’un beau terrain de jeu pour des enfants. Ma fille envie d’ailleurs ses amies qui en ont. Les ruelles constituent espèce de zone tampon isolée de l’agitation qui caractérise nos rues. Même si je n’en ai pas, j’emprunte souvent les ruelles des autres et quand je le fais, force est de constater qu’elles sont bien inégales entre elles.

Certaines sont décorées de plantes, de bacs à fleurs et de mobiliers urbains colorés, alors que d’autres ne sont que des stationnements mal entretenus et bourrées de nids de poules. 

La présence d’enfants dans un secteur amène souvent une prise de conscience des résidents qui décident alors de faire quelque chose avec leur ruelle. Rien n’est égal dans le monde des ruelles et c’est un peu le chaos qui règne. 

Pourquoi en est-il ainsi ? La première chose qu’il faut savoir, c’est qu’elles n’appartiennent à personne ces ruelles, ou plutôt si, au ministère du revenu. Eh oui, le même ministère du revenu à qui vous versez vos impôts.

Pour des raisons historiques que personne n’a jamais cherché à régler les ruelles de Québec appartiennent donc au ministère du Revenu qui n’en fait aucun usage ni n’en tire aucun profit. En soit, cette situation est un peu ridicule. Que peut bien avoir à faire le trésor québécois avec nos ruelles?

Elles sont pourtant partie intégrante du territoire de la ville, mais la Ville ne veut pas s’en occuper ni les entretenir. Elle n’en veut pas, car elle ne veut pas assumer la dépense qui vient avec.

Alors la Ville les traite comme des enfants illégitimes en 1940 et refuse d’assumer ses responsabilités ce qui est pourtant indéniable.

Officiellement, elle encourage les initiatives de revitalisation des résidents.  Si on lit entre les lignes, la ville dit aux résidents : organisez-vous et on vous fournira un petit budget!  

Les gens font donc leur gros possible et certaines ruelles sont valorisées, mais pour une majorité c’est le statut quo.

Pour ceux qui passent au travers du processus, ce n’est pas simple. On doit obtenir l’assentiment des riverains quand on veut modifier l’usage de sa ruelle et faire quelque chose avec.

Plusieurs acceptent, mais d’autres se font tirer l’oreille. Les intérêts d’une mère de famille monoparentale ne sont pas les mêmes que ceux d’un gars de chars de 23 ans qui veut garder son parking pour ne pas payer une vignette de la ville à 80$. Alors souvent des projets avortent et la ville s’en lave les mains en disant qu’elle est prête à accompagner les citoyens…. 

La vraie raison, c’est que ça coûterait cher de les municipaliser et que les élus préfèrent dépenser notre argent à d’autres fins.  

Parfois, c’est pour concevoir des places publiques dignes de la Russie Stalinienne, devant le centre Vidéotron, ce qui me révolte un peu.  Ça parait mieux pour les conférences de presse que de s’occuper de gérer ces enfants illégitimes que sont les ruelles.  Pour ça, on se donne bonne conscience en faisant un don à l’orphelinat. 

Les ruelles font parties de la ville, ça m’apparait indéniable.  À l’aube de la campagne électorale, il serait temps que les ruelles reviennent à qui est le mieux placé pour s’en occuper, soit la ville.  

Aux dernière nouvelles, le ministère du revenu était prêt à les laisser aller pour 1$. On se cotise? 

Publicité

Commentez sur "Les enfants illégitimes de la ville"

Laissez un commentaire

Votre courriel ne sera pas publié.


*


Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.