L’urbanisme et la démocratie, selon le DG de Vivre en ville (partie 2)

Labeaume

Par Julie Rheaume

Maire connu pour son amour des grands projets, qu’en est-il du bilan de Régis Labeaume en matière d’urbanisme, de démocratie et participation citoyenne et de logement? Nous vous présentons la deuxième partie de notre entretien avec le directeur général de l’organisme Vivre en ville, Christian Savard, qui se penche sur ces sujets. 

Rappelons que depuis sa mise en place en 1995, Vivre en Ville contribue, partout au Québec, au développement de collectivités viables, œuvrant tant à l’échelle du bâtiment qu’à celles de la rue, du quartier et de l’agglomération. 

Vivre en ville
Christian Savard, directeur général de Vivre en ville (photo courtoisie).

Christian Savard, directeur général de cet organisme, a bien voulu se prêter au jeu du Carrefour et tracer le bilan des années au pouvoir de Régis Labeaume, depuis son arrivée à la mairie, en décembre 2007, jusqu’à aujourd’hui.

Urbanisme

Au cours du mandat de Régis Labeaume, on a vu le gigantesque projet Le Phare être annoncé en 2015 pour le secteur Sainte-Foy puis mourir, toujours dans l’œuf, en 2020. L’église Saint-Cœur-de-Marie de Québec, sur Grande-Allée, est tombée sous le pics des démolisseurs en 2019 après plusieurs années de dégradation. La façade de l’ancien patro Saint-Vincent-de-Paul, en haute-ville, a quant à elle été démolie en 2010. 

Que retient M. Savard du bilan de Régis Labeaume en matière d’urbanisme? « Je dirais que c’est là que son côté  »grand projet » l’a fait souffrir, l’a mal positionné et l’a mené vers des échecs qui étaient annoncés », répond le directeur général.

À cet effet, Christian Savard rappelle que son organisme avait sonné l’alarme quant au projet de dézonage des terres agricoles des Sœurs de la Charité, à Beauport. Un quartier résidentiel devait y voir le jour.

« Selon nous, il était évident que le gouvernement du Québec était pour dire non. Selon nous, il était évident qu’il y avait moyen de développer la ville autrement que sur ces terres-là, qui sont de bonnes terres agricoles (…).  Rendu en 2021, il faut se montrer plus imaginatif que de juste continuer l’étalement urbain classique. Effectivement, après avoir mis beaucoup d’efforts, mis son poing sur la table et eu des coups de gueule, M. Labeaume s’est fait dire non, finalement, dans ce dossier. »

Quant au Phare, le maire Labeaume a été fidèle à sa tendance « d’appuyer trop vite de grands projets de promoteurs immobiliers et s’en faire le défenseur sans prendre de recul », affirme M. Savard. « Finalement, le Phare, dans sa version originale, n’aura jamais lieu. (Le maire) a donné un changement de zonage beaucoup trop généreux à un endroit non stratégique. »

Comme le changement de zonage a été accordé, « on a (le) spectre d’un développement immobilier plus ou moins utile qui plane au-dessus de Québec, pas vraiment au bon endroit », renchérit Christian Savard au sujet de l’emplacement du défunt projet. 

« L’urbanisme ne se fait pas à coup de grands projets dessinés un peu sur un coin de table. Souvent, c’est quelque chose qui est plus incrémental, qui doit se se faire avec davantage de recul et de réflexion. » 

Régis Labeaume pourrait toutefois se « reprendre avec un projet intéressant, un projet emballant, axé sur la mobilité durable (et) sur le fait qu’une autoroute ne devrait pas se rendre au cœur d’une ville » en ce qui a trait au redéveloppement et à la transformation en boulevard urbain de l’autoroute Laurentienne, soutient M. Savard.

Même s’il s’est « cassé les dents » sur des grands projets, M. Labeaume a quand même fait « un travail honnête » en matière d’urbanisme, croit notre interlocuteur. 

L’adoption du Plan métropolitain d’aménagement et de développement de la Communauté métropolitaine de Québec et les efforts pour la protection du lac Saint-Charles comptent parmi les bons coups de l’élu, selon Christian Savard. Dans ce dossier, Régis Labeaume a été « assez ferme » pour empêcher le développement autour du lac, ce qui aurait nui à la qualité de l’eau. 

Le logement

Depuis quelques années, le coût du logement ne cesse de grimper à Québec et, avant que la pandémie ne vienne freiner le tourisme, les hébergements de type Airbnb se multipliaient ici comme ailleurs. Quelle est donc la feuille de route du maire en matière de logement ?

« En matière d’habitation, on se rend bien compte qu’il va falloir être plus agressif qu’on l’est actuellement : plus agressif contre le retrait de certains logements aux mains du tourisme, que ce soit Airbnb ou autre chose. Il va falloir être plus agressif dans la construction de logements sociaux. Il va falloir être plus agressif dans l’acquisition de terrains pour construire du logement social. Encore une fois, M. Labeaume est quand même dans l’air du temps. Il fait de la représentation auprès des gouvernements. Il s’assoit avec la mairesse de Montréal Valérie Plante pour dire qu’il en faut plus (de logement social). », répond Christian Savard. 

« Est-ce qu’il fait son boulot actuellement? Je dirais que oui. Il est peut-être un petit peu tard, mais il faut dire que le tramway était son gros dossier des deux dernières années. »

« Avec la surchauffe immobilière actuelle, l’habitation va devoir devenir plus haute sur la pile des dossiers des villes, car cette surchauffe va rendre certains secteurs inhabitables pour les résidents naturels. On le sent même dans des quartiers comme Saint-Sauveur et Limoilou. C’est déjà gentrifié. Là, ça va être l’est de Limoilou, ça va être Maizerets qui va y passer », ajoute M. Savard.

Le maire Labeaume (ou son successeur) devra donc être plus proactif en matière d’habitation, avec l’aide, entre autres, du gouvernement du Québec, croit Christian Savard. 

Démocratie et participation citoyenne

Finalement, en matière de démocratie et de participation citoyenne, quel est le bilan de Régis Labeaume aux yeux du directeur général de Vivre en Ville?

« C’est clair (…) que la question de la démocratie citoyenne et la démocratie locale, ce n’est pas trop dans son style. On ne parle pas des années (du maire Jean-Paul L’Allier), qui étaient très axées sur les conseils de quartier qui prenaient beaucoup de place. On connaît son rôle : (M. Labeaume) a tenté plutôt de convaincre le gouvernement du Québec d’enlever toutes les contraintes aux changements de zonage, les référendums, les consultations citoyennes. On sait aussi que les arrondissements ont maintenant un rôle essentiellement figuratif. Les arrondissements sont chacun devenus des services de la Ville, mais il n’y a plus d’ancrage vraiment démocratique. C’est devenu la Ville de Québec et le rôle des arrondissements n’existe presque plus. C’est quelque chose que M. Labeaume a plutôt tenté de défaire plutôt que de renforcer. »

Malgré ce bilan peu reluisant, Christian Savard salue tout de même l’adoption récente « d’une politique de consultation un peu plus intéressante » et l’évolution du maire sur certaines questions. 

« Je toujours obligé de contraster (mes réponses), car il y a des éléments qui sont rajoutés depuis un an ou deux qui font en sorte que, si nous nous étions parlés il y a deux ans, j’aurais été un beaucoup plus sévère. Là, il y a des politiques qui ont été mises en place, par exemple, la politique de l’arbre ou la politique de consultation citoyenne, qui semblent donner plus de place aux citoyens. Donc, on s’ajuste. Ça me fait dire que M. Labeaume est très bon pour saisir l’air du temps et s’ajuster. »

« On sent la volonté de M. Labeaume de s’améliorer, du moins, dans les dernières années », conclut le DG de Vivre en ville. Aux yeux de ce dernier, l’élu ne voudrait certainement pas être taxé de « populiste et rétrograde ».

Ne manquez pas la première partie de cet entretien avec Christian Savard, qui trace le bilan des années au pouvoir de Régis Labeaume.  Il y traite notamment de transports collectifs et d’environnement.

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