Sabrina Sirois
Home À la Une La verrue est au milieu

Mobilité 101

Je trouve que le clivage entre la ville et la banlieue grandit sans cesse. Si je simplifie, d’un côté nous avons une famille qui habite un bungalow à Saint-Émile, va dans le sud à la relâche, possède 2 VUS et reconduit ses enfants qui fréquentent des écoles différentes le matin. Ces gens partent ensuite travailler respectivement à Sainte-Foy et à Lévis et passent une heure à écouter la radio, chacun dans leur voiture.

À l’autre bout du spectre, nous avons cette famille qui habite un condo sur le chemin de la Canardière. Elle ne possède pas de voiture et reconduit à pied les enfants à l’école. Elle fait des voyages de groupes humanitaires durant leurs vacances et se promène en vélo et en autobus. Elle est abonnée à Communauto pour avoir accès à un véhicule à l’occasion. Elle cultive un potager sur leur toit et fait du compost avec leurs restes de table.

La famille de la Canardière affichait une pancarte de Sol Zanetti sur son balcon durant les élections. Celle de Saint-Émile a voté pour la CAQ. La famille de Saint-Émile croit que le 3e lien va régler tous ses problèmes et critique le projet de tramway. Celle de la Canardière veut son tramway, car elle croit aussi que ça va régler tous ses problèmes et ne veut rien savoir du 3e lien.

Certes, ces deux familles ont des points en commun, comme le fait d’avoir des enfants et des organes génitaux, mais, pour le reste, il faudra repasser…

Quand ils se rencontrent, ils n’ont pas grand-chose à se dire. À peine sont-ils capables de jaser de la pluie et du beau temps, et encore là, les uns accusent les autres d’être responsables de la dégradation du climat.

Plus ça va, plus je me dis que le fossé se creuse et que les deux modes de vie sont tellement différents, que la possibilité que les deux s’entendent s’éloigne. Les urbains sont convaincus que leur mode de vie est le bon. Ils croient que ça représente la seule voie à suivre. De son côté, la banlieue grossit et elle veut vivre. Tout le monde se soucie de l’environnement, mais ils ont des façons différentes de voir le problème et ne voient pas les mêmes priorités en plus de ne pas être aux mêmes sacrifices.

J’exagère pas mal, mais reste que le clivage entre ces deux modes de vie s’accentue. Bien sûr, on ne peut pas catégoriser tout le monde dans ces deux exemples. Il existe un paquet de variation sur le même thème, mais lorsque je regarde ça froidement, je trouve que les deux sont irréconciliables.

«In medio stat virtus», ou si vous préférez: «au milieu se tient la vertu», répétait un vieux prof que j’ai eu au secondaire. Ces mots sont d’actualité, plus que jamais. Il est évident que ce n’est pas le dialogue de sourds auquel nous assistons qui va transformer la société en un monde meilleur. L’avenir est sans doute au compromis en matière de mode vie. Il vaudrait mieux que tout le monde mette de l’eau dans vin ou dans sa Coors Light, avant qu’on finisse tous par s’arracher la tête lorsqu’on sera au même party.

Que vous soyez de la ville ou de la banlieue, je vous souhaite de joyeuses fêtes!

Laisser une réponse

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.