Home À la Une Impressions citadines par Catherine Dorion: Quitter Apple

Impressions citadines par Catherine Dorion: Quitter Apple

Ça fait deux fois que ça me fait ça : après deux ans, le fil de recharge de mon MacBook pète, au même endroit.

On connaît l’histoire, on ne s’en formalise plus : obsolescence programmée. Des forums sur le net parlent du problème qui, pour Apple, n’en est pas un : le fil à racheter coûte – dites un chiffre. Un fil de recharge.

Eh bien, non. Il coûte quatre-vingt-dix-neuf et quatre-vingt-dix-neuf douleurs.

En voyant le prix, je me répète que j’ai hâte de quitter Apple – car c’est bien de ça dont il s’agit : une rupture. Ils ont mis tellement d’efforts à faire en sorte qu’Apple devienne un vrai marqueur d’identité, comme le sont les signes d’anarchie dans le dos ou les complets-cravates. Tu es Apple? Tu es donc cool, jeune, créatif et en linge mou.

Comme beaucoup d’autres, j’ai moi-même, à une autre époque, défendu Apple comme si je défendais mon propre égo, avec toute la motivation de celle qui se sent attaquée personnellement lorsqu’on met en doute la valeur de son identité. La publicité n’est donc plus seulement sur les écrans : on la colporte comme un virus, en ne sachant même pas qu’on est en train de le faire.

Est-ce que c’est ça, l’aliénation? Que restera-t-il de nous lorsqu’on passera la majorité de notre temps à parler de marques? J’ai parfois écouté deux personnes discuter qui, sur un voyage de métro de 25 minutes, par exemple, ne faisaient que ça. Dire des marques et, ensuite, ce qu’ils en pensaient. J’essaie de ne pas juger. Mais ça ne marche qu’à moitié. Je ne trouve pas ça beau. Cette attitude-là. De perroquet. Nous avons quelque chose de la fourmilière en nous. On vit dans une société individualiste, mais où sont les individus? Les fourmis participent sans le savoir à un truc plus grand qu’eux, elles s’en foutent de c’est quoi et elles s’en foutent de s’en foutre, etc. Elles travaillent et elles colportent.

Je quitterai donc Apple, mais je suis, par rapport à Apple et ses compétiteurs, un peu comme nous le sommes tous face aux grands partis politiques : je me dis que, dans un sens ou dans l’autre, je me fais avoir. Je n’aime pas conclure ça. Les cyniques m’ont toujours tapé sur les nerfs. Je me tape sur les nerfs. Surtout que je sais qu’il existe des alternatives – mais elles m’apparaissent tellement compliquées, il faudrait que je sois une pro de l’informatique. De la même manière, j’imagine que d’autres se disent, par rapport à notre politique, que tout ça leur prendrait trop de temps à démêler. Nos vies sont trop serrées pour que ça puisse rentrer. Il n’y a plus d’espace.

L’enthousiaste conseillère du Apple Store me dit : « Avez-vous un iPhone? »

–       Non. (Ma lente migration a commencé.)

–       Si vous aviez un iPhone, vous pourriez payer avec, tout simplement en prenant en photo le code barre de votre article du Apple Store!

–       (faussement enthousiaste) Ok?

–       Oui, c’est vraiment extraordinaire. Vous faites juste prendre une photo et c’est directement chargé sur votre compte Apple.

Je sors ma carte de crédit, je rentre mon NIP. Honnêtement, je ne vois pas en quoi prendre une photo du code-barre avec mon téléphone aurait rendu la transaction plus simple.

Ce n’est pas pour payer très rapidement que j’ai un problème, c’est avec le fait d’acheter cet objet-là dont la valeur a été extraite pour des peanuts dans des pays pauvres afin de venir faire une marge de profit dégueulasse sur le dos de consommateurs captifs dont le fil de recharge a pété, mais l’ordi, pas encore (ça, c’est dans deux autres années et demie, top chrono). Avez-vous une application pour remédier à cette situation, Apple? Ah non, c’est vrai. Vous n’êtes pas là pour ça.

Mais qui est là pour ça? Y a-t-il quelqu’un dans la fourmilière?

4 réponses à ce billet
  1. Une paire se pince, un crayon de thermogravure, du fil de plomb, une gaine de plastique thermoformable et le tour est joué si le bris n’est pas trop près d’un des bouts.

  2. J’ai pour ma part abandonné Windows (l’«autre» marque) il y a maintenant huit ans. J’ai installé Ubuntu (une distro Linux vraiment conviviale) sur toutes mes machines, de la plus ancienne à la plus récente et depuis, ma vie de gars branchée se porte à merveille.
    Non, il ne faut pas avoir peur du mot Linux. J’ai «converti» une dizaine de personnes fâchées (et pas des nerds, bien au contraire) avec Windows au cours de la dernière année et toutes me remercient de ne plus avoir à se battre contre la publicité, les virus, les mises à jour qui te forcent la main, les frais (c’est libre et gratuit), et tout le reste qui fait chier chez Microsoft.

  3. Quoi faire si le client est anxieux face à notre entreprise? Quoi faire si le client nous déteste parce qu’on existe tout simplement? Je vais tenter de répondre à ces deux questions en proposant des modèles économiques alternatifs à ceux que nous connaissons. Ce billet est une réponse au texte « Impressions citadines par Catherine Dorion: Quitter Apple » de Catherine Dorion: https://coachingdevente.com/2016/03/10/le-dilemme-du-client-anxieux-qui-ne-veut-plus-de-relation-avec-lentreprise/

  4. Apple est une pomme. De rainette.
    Une pomme de petite grenouille.
    Allume saint sibolle !
    Une rainette ne tient pas captif. Tu choisis la rainette parce que ca te plais. Quitte la mare et n’en parle plus.

Laisser une réponse

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.