L’artiste visuel Pascal Normand discute de son œuvre Le Moulin, une photographie de l’usine Stadacona qui raconte son rapport à ce bâtiment.
Xavier Renald
Un récit personnel et collectif
Un décor industriel n’est peut-être pas ce qui inspire naturellement le commun des mortels. Pour Pascal Normand, il s’agit d’un terrain de jeu qui lui donne l’occasion de raconter l’histoire d’un secteur et des gens qui y vivent.
« Ma démarche artistique s’intéresse beaucoup au patrimoine bâti, qui va être souvent industriel et iconique », révèle celui qui utilise des techniques mixtes alliant photographie de nuit et peinture en aérosol.
Par sa photographie de l’usine Stadacona, l’artiste illustre le récit d’anciens travailleurs, de son père qui s’y rendait pour ses appels de service et de l’ami de son grand-père qui y travaillait et qui la nommait Le Moulin. « C’est une appellation pas très contemporaine mais à l’époque, c’était ça, les gens la voyaient comme un moulin à papier. Ça ramène un peu au folklore », explique-t-il à propos du nom choisi pour représenter son œuvre.
Ce récit comprend également son propre rapport à l’infrastructure. Enfant, le regard de Pascal Normand s’accrochait sur cette imposante structure lorsqu’il empruntait l’autoroute Dufferin à bord de la voiture de ses parents. « L’usine, elle a marqué mon imaginaire quand j’étais plus jeune. C’est d’ailleurs un lien fort avec ma démarche courante qui tourne autour du rapport à l’identité et le sentiment d’appartenance avec des éléments qui se démarquent dans le paysage », raconte l’artiste.
En complément de l’attrait visuel de la photographie, Pascal Normand écrit une description détaillée de ce qui l’a inspiré à prendre la photo puis à la retravailler. Comme celle-ci implique une dimension personnelle qui touche à son enfance, le natif de Notre-Dame-des-Laurentides, dans l’arrondissement de Charlesbourg, en est particulièrement fier.
Une occasion parfaite
La photo en question a été prise en 2010, alors que M. Normand débutait sa carrière d’artiste visuel. C’est en fouillant dans ses archives qu’il est retombé cette année sur ce cliché et qu’il s’est replongé dans son travail d’il y a 16 ans.
« Je suis retombé sur l’image un peu par hasard, puis je me suis adonné à avoir le temps puis l’intérêt à la retravailler », mentionne-t-il. La prise de photo est la base du travail réalisé par Pascal Normand. Par la suite, il se documente sur les lieux et leur histoire afin d’alimenter sa réflexion. « C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte qu’on approchait du centenaire de l’usine », souligne M. Normand.

Fondée en 1927, l’usine Stadacona, dont la papetière White Birch est aujourd’hui propriétaire, aura bel et bien 100 ans l’an prochain. L’occasion était donc trop belle pour l’artiste visuel qui s’est inspiré du vécu des gens autour de lui pour donner vie à sa photographie.
En ajoutant de la peinture sur ses toiles, le photographe fait ressortir des textures et détaille des éléments qui composent le sujet principal. Une série de 25 exemplaires de différentes proportions constitue l’édition originale, chacun comportant certaines différences par rapport aux autres. « Techniquement, chaque œuvre est une pièce originale », assure Pascal Normand qui invite les intéressés à se rendre sur son site web.
Des rapports différents à l’usine
Une question demeure en suspens : comment la communauté limouloise accueille cette œuvre qui met en vedette une usine régulièrement pointée du doigt pour ses répercussions négatives sur la qualité de l’air du quartier ? À cette question, Pascal Normand ne trouve pas de réponse définitive.
Après avoir fait des efforts pour que sa création rejoigne les résidents de Limoilou, à travers des publications sur les réseaux sociaux, l’auteur indique ne pas avoir reçu de commentaires négatifs.
« L’œuvre amène à une notion qui a une charge nostalgique, identitaire », estime M. Normand. « Ce qui transcende mon travail vient davantage de l’identité au lieu, le rapport à l’appartenance, ce qui définit d’où on vient, ce qui a marqué la mémoire collective comme l’odeur, même si elle pouvait être néfaste », soutient l’artiste visuel, qui reconnait que certains peuvent voir une connotation négative dans son tableau.
Ainsi, le photographe aimerait bien un jour pouvoir exposer son travail à Limoilou, où il aurait la chance de discuter directement avec les gens qui côtoient chaque jour l’Usine Stadacona. Cette dernière a également porté les noms d’Anglo, de Reed, de Daishowa et incarne Le Moulin sur le tableau de Pascal Normand.
Car, à travers les changements de noms, d’époques et malgré ses travers environnementaux, l’usine trône toujours dans le décor de Limoilou, accompagnant les habitants du quartier dans leur quotidien.


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