Trois professionnels de Québec fondent CAP, la Coopérative d’affaires publiques. L’entreprise veut aider les organisations à vocation sociale à se faire entendre du gouvernement. Ses fondateurs affirment qu’aucune autre coopérative du genre n’existe au Québec. Le lancement officiel aura lieu la semaine prochaine.
Louis-Alexandre Parent
Un modèle coopératif assumé
Le cofondateur Luka Aubin-Jobin a choisi le modèle coopératif par conviction. « Le modèle d’affaires incarne les valeurs », explique-t-il. Selon lui, une entreprise privée dépend du bon vouloir de ses actionnaires pour porter une mission sociale. La Loi sur les coopératives encadre plutôt la démocratie et la saine gestion de l’entreprise.
Dans une coopérative de travail, chaque employé en devient membre. Les membres siègent au conseil d’administration et disposent chacun d’un vote. « Seul, on va plus vite, mais ensemble, on va plus loin », résume Aubin-Jobin. Il reconnaît que ce mode de décision allonge parfois les délais. Il soutient toutefois que les coopératives survivent plus longtemps que les entreprises privées classiques.
Trois parcours complémentaires
Aubin-Jobin dirigeait auparavant les affaires publiques d’une firme de services conseils. Cette firme soutenait notamment les entreprises d’économie sociale. Il y a représenté plusieurs membres auprès du gouvernement. Il connaît donc bien le milieu coopératif et le lobbyisme.
Ses deux associés, Anne-Sophie Leclerc et Jérémie Bédard-Wien, ont travaillé en politique active. Ils connaissent de l’intérieur l’appareil gouvernemental et les processus parlementaires. Jérémie Bédard-Wien a aussi écrit des discours et des livres. Les trois fondateurs se sont rencontrés par l’entremise de contacts communs. Aubin-Jobin leur a proposé le modèle coopératif et ils ont accepté.
Outiller les organisations à vocation sociale
CAP veut outiller les organisations à vocation sociale dans l’espace public. La coopérative offre des services en relations gouvernementales, en lobbyisme et en positionnement médiatique. Selon Aubin-Jobin, plusieurs projets d’innovation sociale manquent de moyens ou de connaissances pour se faire connaître.
L’équipe aide ces organisations à se présenter aux élus municipaux et provinciaux. Elle les conseille aussi sur le bon moment pour occuper l’espace médiatique. Le but consiste à positionner chaque organisme comme une solution et comme un expert de son sujet.
Le cofondateur définit les affaires publiques comme les relations entre la société civile et l’État. Cet État comprend le gouvernement élu, mais aussi les ministères, Santé Québec et les établissements de santé. « Les gouvernements changent tous les quatre ans. Les fonctionnaires, eux, restent en place », rappelle Aubin-Jobin.
Redorer l’image du lobbyisme
Le lobbyisme traîne une image négative, admet le cofondateur. Il cite les grandes entreprises du tabac, des mines ou du pétrole. Ces géants paient des équipes entières pour obtenir un accès privilégié aux décideurs. Aubin-Jobin comprend ce malaise lorsque l’argent achète un accès supplémentaire.
« Il ne faut pas tomber dans ce cynisme », affirme-t-il toutefois. Selon lui, des processus démocratiques existent et il suffit de les connaître. Il ne voit aucune honte à s’inscrire au registre des lobbyistes, qui assure la transparence.
Le cofondateur prône aussi le réalisme. « Mon travail, ce n’est pas de vendre du rêve », précise-t-il. Un nouveau programme de 20 millions de dollars ne naîtra sans doute pas dès la première année. Les gains arrivent plutôt sur trois ou quatre ans. Les médias restent un outil de pression, à utiliser avec parcimonie. « On ne veut jamais mordre la main qui nourrit », illustre Aubin-Jobin.
Un gouvernement minoritaire plein d’occasions
Le Parti québécois a formé un gouvernement minoritaire au scrutin du 5 octobre. Aubin-Jobin y voit de nombreuses occasions pour les organisations à vocation sociale. Les partis d’opposition détiennent désormais une part de la balance du pouvoir. Les organismes devront donc entretenir des liens avec chacun d’eux.
Le cofondateur s’attend à un gouvernement tourné vers la collaboration et les compromis. Il prévoit aussi un mandat assez court. Selon lui, le Parti québécois voudra afficher des gains avant de solliciter une majorité. « Il y a toute une opportunité de se présenter comme une solution », estime-t-il.
Un lancement sous le signe de l’intercoopération
Le principal défi de CAP jusqu’ici reste la constitution officielle de la coopérative. Les fondateurs doivent déposer leurs documents au ministère et démontrer la viabilité du projet. Ces démarches administratives entraînent certains délais.
L’écosystème coopératif accueille toutefois le projet avec enthousiasme. Plusieurs coopératives souhaitent déjà compléter leur offre de services avec celle de CAP. Des ententes avec de premiers clients devraient se conclure au cours du prochain mois.
L’équipe travaille à distance pour l’instant et n’a pas de bureau. Des organisations lui prêtent des locaux au besoin. Aubin-Jobin croit toutefois qu’un bureau deviendra un atout pour le sentiment d’appartenance.
CAP dévoilera son image de marque lors de son lancement, jeudi prochain en soirée. L’événement se tiendra chez Mambo Mambo, une coopérative de travail en graphisme et en design web. Les détails figurent sur le site affairespubliques.co.
Pour sa première année, Aubin-Jobin souhaite que CAP devienne un centre d’expertise reconnu. Il garde aussi en tête un conseil reçu d’autres entrepreneurs. « N’oublie pas de fêter les petites victoires, mais aussi les grosses. »


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