Ha’dishrayen, entre tradition wendat et ambition politique

Ha'dishrayen Diego Gros-Louis se présente comme Chef de la Nation Wendat. (Photo: Ha'dishrayen Diego Gros-Louis)Ha'dishrayen Diego Gros-Louis se présente comme Chef de la Nation Wendat. (Photo: Ha'dishrayen Diego Gros-Louis)

Ha’dishrayen Diego Gros-Louis brigue l’un des quatre postes de chef en jeu au Conseil de la Nation Wendat. À 20 ans, l’étudiant en science politique se présente comme la relève. En entrevue avec le Carrefour de Québec, il détaille une plateforme axée sur l’autonomie, l’éducation et le logement. Les Wendats se rendront aux urnes le 30 octobre.

Louis-Alexandre Parent

Un nom qui affiche son identité

Le candidat a choisi de faire campagne sous son nom wendat. Il a reçu ce nom à la maison longue de Wendake, selon la tradition du clan. Ha’dishrayen signifie « il voit l’astre du jour et l’astre de la nuit ».

« Je suis Wendat. C’est mon identité véritable », explique-t-il. Il rappelle d’ailleurs que la communauté a renoué avec cette tradition au début des années 2000 seulement. Selon lui, plusieurs aînés n’ont pas encore retrouvé cette pratique en raison du génocide culturel.

La jeunesse comme argument

Le candidat fêtera ses 21 ans quelques jours avant le scrutin. Il reconnaît l’ampleur de la tâche. « C’est un gros défi. Mais je suis capable d’en prendre, et j’aime ça », affirme-t-il.

Pour lui, son âge représente un atout. Il y voit une façon concrète d’assurer la relève au sein du Conseil. Il souligne également ses sept années d’implication à Wendake, notamment dans le milieu touristique.

Le nouveau code électoral modifie d’ailleurs la donne. Les chefs ne représentent plus leur cercle familial. Ainsi, les quatre candidats les plus populaires siégeront au Conseil. Ils rejoindront le grand chef et les autres chefs.

L’éducation au cœur de la plateforme

Sa plateforme compte neuf engagements, présentés aux membres sous forme de capsules vidéo. L’éducation y occupe une place centrale.

Le candidat souhaite rendre les études universitaires gratuites pour tous les membres de la Nation. Le Conseil offre déjà une aide de 2000$ par session, mais celle-ci ne couvre qu’une partie des frais.

Il ajoute que sa génération est la première à accéder massivement aux études supérieures. Lui-même étudie à l’Université d’Ottawa et assure qu’il poursuivra son parcours s’il est élu.

Par ailleurs, il veut mieux financer les équipes sportives. Il souhaite aussi plus de ressources pour revitaliser la langue wendate. Présentement, une seule linguiste porte actuellement ce grand chantier.

Le logement freiné par la bureaucratie

Le logement figure également parmi ses priorités. Selon le candidat, un membre peut attendre jusqu’à 15 ans avant d’obtenir un terrain. Le territoire manque d’espace, puisque la ville de Québec enclave complètement la communauté.

De plus, chaque agrandissement de la réserve exige l’approbation d’Ottawa. Il qualifie ce processus de « très long, très compliqué, très colonial ». Il s’intéresse donc aux codes fonciers adoptés par d’autres Premières Nations.

Il souhaite également implanter un programme d’aide aux premiers acheteurs. Ce type de programme existe ailleurs et peut subventionner jusqu’à 20 % de la mise de fonds. Le candidat dit d’ailleurs avoir lui-même tenté d’acheter une maison, sans succès.

Renouer avec les Wendat de l’extérieur

Le candidat veut aussi rapprocher les Wendat qui vivent hors de la communauté. Il rappelle que la Loi sur les Indiens a longtemps pénalisé les femmes. Celles qui épousaient un homme non autochtone perdaient leur statut. Cette règle a poussé de nombreuses familles à quitter Wendake jusqu’en 1985.

Aujourd’hui, plusieurs Wendat très qualifiés travaillent ailleurs, en cybersécurité ou en architecture. Il propose donc de créer un répertoire des professionnels Wendat. Leur expertise pourrait ainsi servir la Nation.

Une autonomie financière à construire

Sur le plan fiscal, le candidat a une position claire. Selon lui, les Wendat ne devraient pas payer de taxes à Québec ni à Ottawa sur leur territoire. Il souhaite aussi que la Nation récupère une plus grande part des taxes perçues à Wendake.

Le projet de casino, évoqué à quelques reprises depuis les années 2000, revient parfois dans les discussions. Le candidat reconnaît toutefois qu’un tel projet entraînerait des problèmes socioéconomiques, selon l’endroit choisi.

Il cite en exemple le bingo déjà exploité dans la communauté. Certains joueurs y dépenseraient jusqu’à 200 $ par semaine. « La dépendance est toujours là », constate-t-il.

Sortir graduellement de la Loi sur les Indiens

Le candidat porte un regard nuancé sur la Loi sur les Indiens. D’un côté, elle protège certains droits. De l’autre, elle prolonge la colonisation, selon lui.

Il propose donc de s’en départir petit à petit, au moyen d’ententes avec le gouvernement fédéral. Il rappelle cependant qu’une large part des revenus de la Nation provient encore de subventions fédérales.

Quant aux relations avec Québec, il mise sur le dialogue et la diplomatie. Il souhaite notamment développer le tourisme et accroître l’enseignement de la culture wendate dans les écoles de Québec. Après tout, de nombreux jeunes Wendat fréquentent ces écoles, faute d’école secondaire à Wendake.

Le candidat se définit comme un traditionaliste. Il reconnaît que le système électoral actuel découle d’un modèle colonial. Pourtant, il a choisi d’y participer.

« Il faut changer le système de l’intérieur, pas de l’extérieur », conclut-il.

Abonnez-vous à notre infolettre mensuelle!

Commentez sur "Ha’dishrayen, entre tradition wendat et ambition politique"

Laissez un commentaire

Votre courriel ne sera pas publié.


*


Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.