Au fil de mes lectures… 

Livres sur une étagèrePierre Drolet nous gratifie de ses notes de lectures chaque mois Photo : Gabriel Côté

      Saviez-vous que… dans son livre sur Franz Stangl[i], ex-commandant des camps d’extermination polonais de Sobibor et de Treblinka (à ne pas confondre avec les camps de concentration et de travail comme Auschwitz-Birkenau, où existait encore une certaine possibilité de sortir vivant), Gitta Sereny – et c’est ce qui attire l’attention dans ce livre – revient sur le comportement du pape Pie XII durant la Seconde Guerre mondiale, que certains accusaient d’être resté silencieux face aux atrocités commises par les nazis. Selon l’auteure, le mutisme de Pie XII sur l’extermination des Juifs et des tziganes, sur le massacre de milliers de Russes et l’assassinat des catholiques en Pologne, s’il n’était aucunement justifiable, pourrait néanmoins s’expliquer.

  Une chronique de Pierre Drolet

D’abord, le pape aurait éprouvé une véritable terreur à l’égard du bolchevisme, le considérant comme le principal ennemi de l’Église catholique, et croyant vraiment que l’Allemagne hitlérienne constituait la principale forteresse contre cette idéologie funeste en Europe. Aussi, face aux restrictions imposées aux Églises et à la prise en charge progressive de la formation de la jeunesse par les nazis, Pie XII aurait craint que ceux-ci ne tentent d’abolir complètement le catholicisme en Allemagne. Il savait également qu’une certaine opinion catholique, dont il était tributaire et qui le liait, se montrait très favorable au national-socialisme, qu’elle jugeait porteur d’un ordre nouveau qui remettrait l’Allemagne sur pied, après les déboires qu’elle avait connus suite au Traité de Versailles, entre autres. Or, on sait que le pape avait un fort penchant pour l’Allemagne. En fait, il y avait été cardinal secrétaire d’État pendant dix ans, et c’est lui qui avait négocié le fameux Concordat que le pape Pie XI avait conclu avec l’Allemagne hitlérienne. Il parlait l’allemand couramment, et c’est en Allemagne, à ses dires mêmes, qu’il avait connu les plus belles années de sa vie, qu’il y avait lié ses plus importantes amitiés. Dans sa vie quotidienne et dans son travail, on le voyait la plupart du temps entouré de prêtres et d’amis allemands ou parlant allemand. De plus, Gitta Sereny pense qu’il a toujours existé un antisémitisme latent au Vatican, discrimination provenant de l’enseignement catholique qui répandait l’idée que ceux qui ont mis à mort le Christ étaient des Juifs. Pie XII aurait été influencé par cette doctrine, tout au moins inconsciemment.

L’attitude du pape se serait répercutée sur l’après-guerre dans l’assistance accordée par certains ecclésiastiques romains aux fugitifs nazis, et il ne fait aucun doute que parmi eux se trouvaient un certain nombre de nazis haut placés accusés de crimes abominables tentant d’échapper à la justice. Ainsi Frantz Stangl aurait profité de la filière du Vatican et, sans doute bénéficié d’un passeport de la Croix Rouge Internationale pour s’enfuir en Syrie, puis au Brésil, où il a finalement été rattrapé par Simon Wiesenthal. En revanche, Sereny rappelle, à juste titre, que plusieurs prêtres ont risqué leur vie en cachant des Juifs durant la Deuxième Guerre mondiale.


[i] Au fond des ténèbres. Un bourreau parle : Franz Stangl, commandant de Treblinka. Gitta Sereny. Éditions Tallandier, 2019, Texto, 560 p.

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