L’R des centres de femmes du Québec presse les partis politiques de faire des féminicides un enjeu central de la campagne électorale. L’organisme rappelle que dix-sept femmes ont été tuées depuis janvier, un sommet provincial qui dépasse déjà le bilan de 2025. Le dernier débat des chefs se tient ce mercredi soir à Montréal, à douze jours du scrutin du 5 octobre. L’R réclame des engagements concrets et chiffrés de la part des cinq principaux partis.
Louis-Alexandre Parent
Un bilan qui dépasse déjà celui de 2025
Depuis le début de l’année, dix-sept femmes ont perdu la vie dans un contexte de féminicide au Québec. Ce chiffre représente déjà un sommet à l’échelle provinciale, alors que la province avait recensé seize féminicides pour l’ensemble de l’année 2025.
Dans son communiqué, L’R des centres de femmes du Québec pose une question directe. « Combien de femmes devront encore mourir pour que les violences faites aux femmes deviennent un enjeu incontournable de cette campagne électorale? »
Samedi dernier, plus d’un millier de personnes ont manifesté à Montréal pour dénoncer cette hausse. Le rassemblement s’est déroulé du square Dorchester jusqu’à la place des Montréalaises, à l’appel de cinq regroupements provinciaux de groupes de femmes. Les organisatrices ont demandé aux chefs de parti de faire de la violence faite aux femmes un véritable enjeu électoral avant le jour du scrutin.
Quelques jours à peine après cette mobilisation, une autre femme a été retrouvée morte au Québec, selon L’R. Le comité de coordination de l’organisme interpelle maintenant directement les partis politiques et les médias sur l’urgence d’agir.
Des conditions de vie qui aggravent la violence
Les centres de femmes accueillent chaque jour des femmes qui vivent de la violence, de la pauvreté et de l’isolement. Plusieurs cherchent à quitter un conjoint violent, mais ne trouvent pas de logement abordable. D’autres doivent choisir entre leur sécurité et leur capacité à nourrir leurs enfants.
Stéphanie Vallée, co-coordonnatrice de L’R des centres de femmes du Québec, explique que la lutte contre les féminicides ne peut pas se limiter aux interventions d’urgence. « Comment peut-on demander aux femmes de quitter une situation de violence lorsqu’elles n’ont nulle part où aller? Comment peuvent-elles reprendre du pouvoir sur leur vie lorsqu’elles n’ont pas accès aux ressources et aux services dont elles ont besoin? La lutte contre les féminicides ne peut pas se limiter à intervenir lorsque la violence a déjà fait ses ravages. Elle exige de s’attaquer aux inégalités qui maintiennent les femmes dans des situations de vulnérabilité et de dépendance », déclare-t-elle.
L’organisme associe directement la crise du logement, l’appauvrissement des femmes et le sous-financement des organismes communautaires à la sécurité des femmes. Ces enjeux ne peuvent plus être traités séparément de la lutte contre les violences, selon L’R.
Un appel direct aux partis et aux médias
À l’occasion du débat des chefs, L’R des centres de femmes demande que les violences faites aux femmes soient traitées comme un enjeu de société majeur. L’organisme refuse que le sujet soit abordé comme une question secondaire ou un simple fait divers.
Les partis politiques doivent expliquer concrètement comment ils entendent prévenir les violences. Ils doivent aussi préciser comment ils comptent garantir l’accès à des logements abordables et sécuritaires. L’R demande également un financement suffisant et récurrent pour les organismes qui accompagnent les femmes.
Les journalistes ont eux aussi un rôle à jouer, selon le regroupement. Au delà des réactions à chaque nouveau drame, ils doivent questionner les engagements des partis et faire entendre les réalités vécues par les femmes.
Josée Larouche, membre du comité de coordination de L’R, résume l’appel de l’organisme. « Nous ne voulons plus seulement compter les mortes. Nous voulons que les femmes puissent vivre. Libres, autonomes et en sécurité. Et cela exige des choix collectifs qui dépassent largement les seules mesures de sécurité publique. Les violences faites aux femmes sont une question de droits, de justice sociale et d’égalité. Il est temps que cette campagne électorale en tienne compte. »
Le gouvernement sortant a adopté en juin la loi Gabie Renaud, qui permet à une femme de demander des informations sur les antécédents de violence conjugale d’un partenaire. Plusieurs groupes de femmes considèrent toutefois cette mesure insuffisante face à l’ampleur de la crise.
Un débat des chefs sous haute attention
Le dernier débat de la campagne réunit ce mercredi les cinq principaux chefs de parti, de 20h à 22h, sur les ondes de Radio Canada. L’animateur Patrice Roy reçoit la première ministre sortante Christine Fréchette, de la Coalition avenir Québec, ainsi que Paul St-Pierre Plamondon, du Parti québécois. Charles Milliard, du Parti libéral du Québec, Ruba Ghazal, de Québec solidaire, et Éric Duhaime, du Parti conservateur du Québec, complètent le groupe.
Les Québécois éliront leur prochain gouvernement le 5 octobre. L’R des centres de femmes du Québec espère que la question des féminicides occupera une place importante dans les échanges de ce soir.
L’organisme réitère son appel à des engagements concrets, accompagnés de moyens financiers et d’échéanciers clairs. Les groupes de femmes rappellent que plusieurs ressources d’aide demeurent accessibles, notamment la ligne SOS violence conjugale, au 1-800-363-9010.


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