La Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs (FédéCP) demande aux aspirants au poste de premier ministre de s’engager à améliorer l’accès aux lacs et aux rivières du Québec. Dans une lettre ouverte cosignée avec l’Association des pêcheurs sportifs du Québec, elle dénonce la privatisation des rives, des tarifs jugés arbitraires et le manque d’incitatifs pour créer des accès publics. À Québec, la réfection du barrage Joseph-Samson soulève une question voisine sur la rivière Saint-Charles.
Louis-Alexandre Parent
Des rives largement privatisées
Les deux organisations s’appuient sur une analyse publiée en 2026 par des chercheurs en géographie. Ces derniers ont étudié 624 plans d’eau dans 104 municipalités du Québec. Le taux médian de privatisation des rives atteint 95,8 %. Selon la lettre, la propriété privée enclave donc la majorité des rives.
Pierre Caron, président de la FédéCP, et François Paquette, président de l’Association des pêcheurs sportifs du Québec, signent le texte. Ils jugent l’enjeu majeur pour des centaines de milliers de citoyens dans toutes les régions. Ils demandent aux chefs de s’engager à améliorer l’accès durant leur mandat.
Trois enjeux réduisent l’accès aux lacs et aux rivières
Le premier enjeu touche la tarification. Selon les signataires, les grilles des municipalités pour les mises à l’eau semblent arbitraires. Elles atteignent parfois 450 $ par jour pour les visiteurs qui n’habitent pas la municipalité. La FédéCP souhaite que Québec encadre les prix avec des normes communes, en tenant compte de la capacité de payer des citoyens.
Le deuxième enjeu concerne l’équité. Le lit des lacs et des cours d’eau navigables appartient à l’ensemble des citoyens. Les signataires exigent donc les mêmes tarifs pour tous les usagers, qu’ils soient résidents ou non.
Le troisième enjeu vise les municipalités. Selon la lettre, rien ne les incite à multiplier les accès publics. Le lit des plans d’eau appartient à l’État, mais cela ne garantit pas l’accès du public.
Un appel appuyé sur les orientations gouvernementales
La demande s’inscrit dans les nouvelles orientations gouvernementales en aménagement du territoire. L’orientation 6 vise à favoriser l’accès public aux attraits naturels et aux plans d’eau. Elle prévoit que les MRC repèrent les plans d’eau d’intérêt récréatif et assurent leur accès public de façon durable.
Les auteurs citent aussi l’Ontario et plusieurs États américains, qui ont adopté des modèles d’accès plus simples. Ils estiment qu’on peut concilier accessibilité, protection des milieux et gestion du territoire. Ils avertissent que sans vigilance collective, le Québec assistera à « l’effritement silencieux d’un pan fondamental de notre patrimoine aquatique ».
Le barrage Joseph-Samson, un dossier d’accès à l’échelle locale
La lettre ne mentionne pas le barrage Joseph-Samson. Le dossier rejoint pourtant la même préoccupation, soit l’accès des citoyens à un plan d’eau. La Ville de Québec veut redonner la rivière Saint-Charles aux résidents de la Basse-Ville, notamment pour les sports nautiques.

Le barrage se trouve à l’embouchure de la rivière, à la rencontre du fleuve Saint-Laurent. Cet ouvrage de béton mesure 8,5 mètres de haut et 154 mètres de long. Il date de 1963. Selon le conseiller municipal de Limoilou, Raymond Poirier, les marées remuent les sédiments contaminés du fond. Cela complique la pratique des sports nautiques.
Le projet prévoit le rehaussement du barrage et la modernisation des vannes. Le conseil municipal a adopté en juillet 2024 un règlement d’emprunt de 64,8 millions de dollars. La Ville estime maintenant le coût total à environ 68 millions. Aucun programme de financement gouvernemental ne couvre actuellement ce type d’ouvrage.
Le financement s’invite dans la campagne
Raymond Poirier avait promis cette réfection lors de la campagne municipale de 2025. La Ville a déposé son mémoire prébudgétaire au gouvernement du Québec le 13 février 2026. Elle y demandait environ les deux tiers du financement et s’engageait à investir 22 millions de dollars.
Le 15 septembre, le maire Bruno Marchand a dévoilé sa liste de demandes aux partis provinciaux. Elle inclut 27 millions de dollars pour la réfection du barrage, soit 40 % du projet selon Radio-Canada. Les électeurs voteront le 5 octobre.
Dans les deux dossiers, les demandes s’adressent au prochain gouvernement du Québec. La FédéCP réclame un cadre national pour l’accès aux plans d’eau. La Ville cherche un appui financier pour rendre la rivière Saint-Charles plus accessible aux citoyens.


Commentez sur "Plans d’eau, les chefs invités à plonger"