En campagne électorale, alors que les yeux sont rivés sur les chefs de partis et les enjeux nationaux, des acteurs de l’ombre donnent de leur temps pour s’occuper du travail sur le terrain.
Xavier Renald
Une importance capitale
Pour les partis politiques, avoir des bénévoles sur le terrain est crucial. Leur apport est multiple : distribuer des tracts, cogner aux portes ou encore faire des appels téléphoniques pour identifier le choix de vote des électeurs.
« Sans bénévole, je serais tout seul. Je ne peux pas distribuer 40 000 tracts tout seul, je ne peux pas serrer 40 000 mains tout seul, il faut avoir des gens qui aident pour faire tout ça, et ces gens-là, leur valeur est énorme », indique Farnell Morisset, candidat du Parti libéral du Québec (PLQ) dans Taschereau.
« En politique, les bénévoles sont cruciaux. C’est comme le nerf d’un parti politique. Donc lors d’une campagne électorale, si les candidats n’ont pas de bénévoles, ils ne peuvent pas avancer bien loin », ajoute Jean-David Lavoie qui est responsable des bénévoles de Québec solidaire (QS) dans Taschereau.

Comme l’explique le député sortant, Étienne Grandmont, la campagne menée par les militants permet de récolter des informations très importantes : « C’est vraiment une campagne pour aller chercher des données. Pour savoir où sont nos sympathisants, puis pour les inciter à sortir voter au vote par anticipation et le 5 octobre. »
La sortie de vote, c’est l’expression consacrée pour parler du travail à faire lors des journées où les électeurs peuvent aller voter. Les bénévoles s’assurent alors que les électeurs « pointés » comme sympathisants se rendent aux urnes pour noircir le bulletin de vote.
« La sortie de vote, ça va être des moments où on va avoir besoin de tout le monde qui sont venus pendant la campagne donner un petit peu de temps pour donner un gros blitz d’appels. Ce sont des journées majeures », révèle M. Grandmont, qui se représente sous la bannière de QS dans Taschereau.
Pourquoi ?
Qu’est-ce qui pousse quelqu’un à aller passer des heures pour aider un parti politique à mesurer ses appuis ?
« Je pense que c’est une question de valeurs. C’est aussi une question de point de vue sur la société », mentionne Jean-David Lavoie, qui a milité dans plusieurs campagnes électorales dans le passé.
De son côté, Marc Ouellet en est à sa première expérience comme militant dans un parti politique. Il a fait le choix de s’impliquer aux côtés de Farnell Morisset, car il estime que ce dernier mérite d’avoir un siège à l’Assemblée nationale. « C’est de croire que la personne va être la meilleure pour représenter un groupe de personnes pour changer les choses, pour améliorer la société », dit-il.

Selon Camille Bélanger-Vincent, qui agit à titre de co-directrice de campagne d’Étienne Grandmont, plusieurs personnes voient en QS la seule solution à gauche du spectre politique et veulent s’impliquer en réaction à ce qu’elle juge comme un déplacement à droite des autres partis politiques.
« On entend des gens pour qui la montée de la droite leur fait peur puis ils jugent QS comme un rempart face à ça. Des gens qui votaient QS, qui ne se sont pas impliqués avant mais qui là se disent il faut que je le fasse », évoque-t-elle.
Pour sa part, Marie-Ève Poulin, qui avait sa carte de membre de QS jusqu’à la dernière élection générale en 2022, a fait le choix de s’impliquer dans la campagne de Farnell Morisset. Tout comme Marc Ouellet, elle connaissait Farnell Morisset grâce aux réseaux sociaux et a décidé de donner de son temps pour lui permettre d’accéder à l’Assemblée nationale.
« Taschereau, ce n’est pas nécessairement une circonscription facile pour le Parti libéral, donc je me suis dit que si on voulait l’avoir, ça allait prendre de l’huile de coudes, ça prend des gens sur le terrain », affirme Mme Poulin.
Un marathon
Une campagne électorale de 39 jours, n’est pas un sprint, c’est une épreuve d’endurance. Pour les candidats, chaque journée est l’occasion de rencontrer plus de personnes, de cogner à de nouvelles portes ou encore de multiplier les appels. « Pas de congé, toutes les journées sont des mercredis. Ça demande beaucoup d’efforts, mais c’est un 39-40 jours bien investi », assure M. Grandmont.
« Les bénévoles, c’est souvent des gens qui ont des emplois, d’autres obligations, pour qui donner deux heures ici et là c’est un énorme sacrifice. Il faut être super respectueux de ce temps-là », rappelle M. Morisset, qui a lui-même été impliqué comme militant dans plusieurs campagnes électorales avant de se lancer comme candidat.
La nécessité de prendre soin des bénévoles est rapportée autant par les responsables de campagne que par les candidats. « On fait attention au monde, parce que c’est long une campagne de 39 jours, on veut éviter la fatigue militante », soutient Étienne Grandmont.

Si les bénévoles sont à risque d’épuisement lors d’une campagne, ils retombent tous sur terre une fois la période électorale terminée. « Victoire comme défaite, on ressent un petit blues », assure Jean-David Lavoie.
« On crée des liens serrés avec les autres bénévoles et avec les membres des différents comités. C’est tellement prenant, c’est tellement valorisant, on sent qu’on a un but commun donc des fois, le lendemain de la campagne, ou les semaines qui vont suivre, on a comme l’impression de perdre un peu ce but-là », poursuit-il.
Comme le rappelle Étienne Grandmont, « les gros moments, ça va être à la fin ». Les prochaines semaines seront donc cruciales pour les partis afin de s’assurer que tout le travail effectué porte ses fruits.
Renforcer la culture politique
Alors que le taux de participation électorale diminue, certains des intervenants rencontrés croient que davantage d’engagement citoyen en politique permettrait de combattre le cynisme.
« J’encourage tout le monde à faire du bénévolat, pas nécessairement avec ma campagne, mais faites-en. Il n’y a rien comme participer à une campagne électorale pour comprendre comment ça fonctionne pour de vrai, de faire de la politique élective », estime Farnell Morisset.
Marc Ouellet abonde dans le même sens que le candidat qu’il soutient : « Au-delà de gagner en tant que tel, je pense que tout le monde est gagnant à participer. Je le vois vraiment plus dans le sens collectif de la chose. »
« Je suis toujours surpris qu’il n’y ait pas plus de gens qui s’impliquent dans les instances partisanes. Je comprends qu’on a une culture qui a peur de la partisanerie, mais c’est tellement une façon efficace et forte de participer à la démocratie », ajoute M. Morisset.
Tous les bénévoles ont le sentiment de contribuer et d’être utiles, indépendamment du sort que leur réserve l’élection du 5 octobre.
Rapprocher la politique des gens et rapprocher les gens de la politique, c’est peut-être l’une des solutions les plus simples pour renforcer la démocratie.
« C’est de combattre cette espèce de marasme et de désillusion envers la politique véhiculés dans les années précédentes, puis de penser au futur tout le monde ensemble. On va parler aux gens, avoir leur son de cloche parce que tu sais, après le 5 octobre, tout le monde est voisin quand même », conclut M. Ouellet.


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