Malgré les attaques quotidiennes, la partisannerie affichée de certains médias, les sketchs poches d’humoristes sans humour ni contenu, malgré les diagnostics de psy qui mêlent profession et délire, malgré les amalgames risibles, les capsules vidéo cherchant le scandale, en dépit des inventions pures et simples de la première ministre… et surtout, de la campagne de peur qui a vu les Américains, l’armée américaine, Trump et que sais-je servir d’épouvantail à moineaux, le PQ est en voie de prendre le pouvoir et peut-être même majoritaire.
Une chronique de David Lemelin
J’aurais pas dit ça il y a deux semaines. Alors, que s’est-il passé?
La première chose est évidente : la CAQ s’est littéralement effondrée. Christine Fréchette aura montré qu’elle n’a ni l’instinct ni la carrure pour faire le boulot. Mais, soyons honnête : c’était un pari démesuré et irréaliste. Reprendre au vol un parti qui a presque tout raté, tenter d’en faire un « nouveau véhicule » attrayant, en n’ayant que la carte de « l’expérience » à vendre était voué à l’échec. Du bois mort, ça ne devient pas un arbre majestueux.
Elle a eu beau essayer de salir le PQ en l’associant aux Conservateurs, ça n’a pas fonctionné. Le clan à Duhaime n’est pas radioactif comme l’aurait espéré ses adversaires. Et puis, la tentative de colorer la campagne d’ingérence américaine s’est retournée contre elle : c’est à ce moment précis que sa campagne, qui piquait du nez depuis des jours, s’est écrasée. Il est même possible qu’il y ait zéro député de la CAQ. C’est phénoménal comme échec.
La CAQ qui perd des appuis, c’est le PQ qui engrange. Ça, pour l’expliquer, il faut que le PLQ et QS se regardent dans le miroir : la force du Parti Québécois réside beaucoup dans la faiblesse de ses adversaires. Les lendemains d’élection seront particulièrement douloureux pour les Libéraux qui auront un chef de l’opposition sans panache et sans punch. Ils se consoleront assez vite : Milliard réchauffe le banc du fils à Charest. C’est même pas subtil leur affaire. Quant à QS, ils comprendront peut-être un jour que le mot « Québec » dans leur nom désigne le Québec…
La dernière chose est plus systémique : les sondages poussent les gens vers le vainqueur. C’est pas moi qui le dit, la science politique a depuis longtemps constaté qu’il y a une tendance chez plusieurs électeurs à suivre le courant.
Pourquoi?
Pour plusieurs, c’est pour « gagner leurs élections ». Perdre, c’est plate. Alors, mettre un X sur le meneur est satisfaisant. Et puis, il y a aussi le calcul. Notre système électoral est boiteux en ce qui concerne la représentativité des courants et des opinions, il tend à rouleau compresser vers le meneur (winner takes all, dit-on en latin). Dès lors, souvent, il est judicieux de calculer ses chances afin de bloquer le pire ou de faire passer un deuxième choix pas trop décevant. En somme, bien des gens préfèrent empêcher l’ennemi juré, quitte à ne pas suivre l’élu de son cœur.
En cela, les sondages sont un véritable problème. Il y a en trop, tout le temps, ça pollue le débat, ça fausse la réflexion et ça affaiblit la démocratie en rendant l’effort d’analyse presque futile. Car, s’il n’y avait pas tous ces sondages, vous seriez obligé de lire un peu, vous informer, pour choisir celui qui porte ce qui vous interpelle vraiment. Mais, les médias et les sondeurs, ils aiment pas ça. Ça oblige à préparer du contenu, à écouter les gens, à favoriser des débats éclairants, alors qu’on est tellement mieux servi par des sondages qui donnent de la matière pour paresseux à la tonne. Même pas besoin de gratter, le temps d’antenne se rempli tout seul.
C’est dommage. C’est plate. Ça ne nous sert pas bien. On aime mieux vous dire comment vous devriez penser et voter que vous écouter. C’est l’exact contraire de ce que devrait produire une démocratie.
Mais, bon, le PQ pourra enfin revoir le mode de scrutin pour corriger le tir, hein! Bin oui, ça fait longtemps qu’on en parle. Ils vont le faire, non?
Enfin, il y a une chose qui ressort de tout ça et qui pourrait annoncer la suite : la peur ne semble plus fonctionner. Ça, c’est majeur. La peur, qui est pourtant l’arme de destruction massive du courage et de la lucidité, fait patate dans cette campagne.
Est-ce que les Québécois en aurait ras-le-bol de se faire manipuler? Ça tombe bien, on pourra tester tout ça : il se pourrait bien qu’un référendum se trouve sur notre chemin avant longtemps…


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