Avant l’Espace Riopelle, Marc Séguin raconte son idole

L'artiste et auteur Marc Séguin devant le grand escalier du MNBAQ. (Photo: Louis-Alexandre Parent)L'artiste et auteur Marc Séguin devant le grand escalier du MNBAQ. (Photo: Louis-Alexandre Parent)

Le Musée national des beaux-arts du Québec ouvrira l’Espace Riopelle au public le 22 octobre. Le peintre Marc Séguin y voit une source d’inspiration pour les prochaines générations. En entrevue avec Le Carrefour de Québec, il raconte sa rencontre avec Jean Paul Riopelle. Il décrit aussi la réalité d’un peintre en 2026.

Louis-Alexandre Parent

Une rencontre avec son idole

Marc Séguin a rencontré Jean Paul Riopelle à la fin des années 1990. Un ami proche du peintre lui a un jour demandé de réserver sa journée. Il lui promettait une surprise. La route les a menés jusqu’à l’atelier de Riopelle, à l’Estérel.

« C’était mon idole », confie Marc Séguin. Il se souvient d’avoir descendu les marches et aperçu Riopelle, assis dans un fauteuil près d’un feu. Une pensée l’a alors frappé. « Le monsieur que je me suis construit, il existe pour vrai. » Les deux hommes ont passé la journée à échanger des paroles et des silences.

Près de trente ans plus tard, Marc Séguin travaille dans le dernier atelier de Riopelle, à l’Île aux Oies. Il refuse de se laisser intimider par l’endroit. « La meilleure manière d’honorer sa mémoire, c’est de faire de l’art là où il en a fait. »

Un artiste ancré dans son territoire

Pour Marc Séguin, Riopelle incarnait un profond attachement au Québec. Ses œuvres célébraient les forêts, les paysages et les quatre saisons. Le peintre voyageait beaucoup, mais revenait toujours. « L’élastique n’a jamais lâché », illustre Marc Séguin.

Au moment de leur rencontre, Riopelle ne peignait plus. Il a cessé peu après L’Hommage à Rosa Luxemburg, achevé en 1992. Il est mort dix ans plus tard. Marc Séguin imagine un artiste qui avait tout dit et qui respectait trop la peinture pour se répéter.

Peindre seul, puis se mettre en jachère

Marc Séguin associe sa vocation à un immense besoin de solitude, apparu dès l’adolescence. Au contraire du cinéma, la peinture repose sur un seul créateur. Il assume donc seul ses succès comme ses échecs. Il évite aussi de lire les critiques. « Quand c’est mauvais, ça me détruit », avoue le peintre.

Il se donne pour mission de témoigner de son époque. Il cherche à traduire en objet le sentiment de vivre en 2026. Pour garder quelque chose à dire, il s’accorde de longues pauses loin de l’atelier. « Se mettre en jachère, comme artiste, c’est essentiel », soutient Marc Séguin.

L'Espace Riopelle du MNBAQ. (Photo: Louis-Alexandre Parent)
L’Espace Riopelle du MNBAQ. (Photo: Louis-Alexandre Parent)

Créer à l’ère des réseaux sociaux et de l’IA

Selon Marc Séguin, un artiste qui débute aujourd’hui doit assurer sa propre promotion en ligne. Il estime que cette énergie ne va plus dans l’œuvre. À ses yeux, ce contexte rend le métier difficile.

Le peintre ne craint pas pour autant l’intelligence artificielle. Il rappelle qu’on a prédit la mort de la peinture à l’arrivée de la photographie. La peinture en a finalement profité. Il croit que l’objet unique, fait à la main, gagnera en valeur. Il souhaite toutefois que le public sache quand une machine intervient dans une création.

Un lieu pour les prochaines générations

L’Espace Riopelle présentera notamment L’Hommage à Rosa Luxemburg dans sa propre salle. Marc Séguin croit que Riopelle serait heureux de cet effort. Il doute toutefois que le peintre aurait apprécié le statut d’artiste officiel.

Son souhait vise surtout les jeunes. Adolescent, il ignorait l’existence des automatistes. Il espère que plusieurs générations s’approprieront le nouveau pavillon. « On a besoin d’un modèle de possible », insiste Marc Séguin. Selon lui, Riopelle a prouvé qu’un artiste d’ici pouvait rayonner partout.

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