Saint-Vallier content 

Quoi qu'on dise par Martin ClaveauMartin Claveau (Photo : archives Carrefour de Québec)

On ne peut que trouver beau le résultat de ce qui a été fait, sur la rue Saint-Vallier-Ouest, dans Saint-Sauveur. La ville a investi 32 millions de dollars pour réaménager cette artère, alors ça représente quand même une sacrée somme. 

Une chronique de Martin Claveau

Les trottoirs y sont maintenant larges et neufs et on a fait une belle place au verdissement. Cela dit, je ne suis pas convaincu qu’il était absolument nécessaire d’en faire un sens unique, mais bon, rien n’est parfait et ça look plutôt bien tout ça, il faut en convenir. On ne peut pas dire grand-chose de négatif sur cette métamorphose qui oxygénera assurément sur le coin dans les prochains mois. 

 Cela dit, ces travaux me font un peu penser à ce qu’on avait fait dans Saint-Roch, il y a une vingtaine d’années. On souhaitait requalifier le quartier pour attirer plus de monde et les commerçants qui les suivent. On voulait que les gens dépensent plus dans Saint-Roch et moins chez Costco. 

Après avoir démantibulé le bon vieux mail Saint-Roch, qui était devenu peu recommandable, on a réalisé une belle chirurgie esthétique sur le secteur. Malgré une embellie qui a duré quelques printemps, on constate depuis un moment que, malgré son « face lift » qui commence à dater, comme celui de Latoya Jackson, Saint-Roch n’a pas changé tant que ça et les problèmes qui l’affligeaient ne sont jamais vraiment partis,

Aux dernières nouvelles, bien des gens refusent malheureusement de fréquenter le secteur et la conseillère, Élainie Lepage, faisait des pieds et des mains pour redorer le blason de ce quartier qu’elle adore. Le naturel a repris son galop et les problèmes complexes du secteur sont encore loin d’être réglés. Même si l’on multiplie les efforts et les brigades propreté, pour que les choses changent, les gens magasinent encore chez Costco et pas souvent sur la rue Saint-Joseph le samedi matin. 

 Avec le recul, ces requalifications me font un peu penser à ces gens qui refont leur cuisine au chic dernier cri, mais qui ne se font pas à manger. Comme si un nouveau poêle encastré à fission nucléaire, allait leur donner le goût de le faire. Peut-être le font-ils au départ, mais les raisons qui faisaient qu’ils ne cuisinaient pas, demeurent les mêmes et reviennent à mesure que la vie continue. 

Et, malgré ce que les employées de Séphora peuvent bien dire à ma chère fille de 14 ans, je ne crois pas qu’on change son âme en se maquillant mieux.  Certes ça peut l’aider pour sa confiance durant quelques heures, mais elle demeure la même adolescente quand elle se regarde dans le miroir, avant de se coucher.

Il en va donc de même pour les quartiers. Leur transformation nécessite des années et elle se fait au prix d’efforts considérables et, quand on regarde ça de prêt, il n’y a pas tant de ville que ça qui les réussissent sans perdre leur âme au passage et sans se gentrifier…

 Changer ses habitudes demeure difficile à réussir au plan individuel, alors ça l’est encore plus au plan collectif. Cette histoire est  vieille comme l’urbanisation et se répète depuis que Jéricho existe

 Bref, pour le moment, tout le monde est content de la nouvelle rue Saint-Vallier-Ouest et je souhaite sincèrement le meilleur au secteur, mais on se reparlera dans 3-4 ans pour voir si le Jello est vraiment bien pris et que tout a changé dans le coin. 

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