Le flétrissement du chêne : une menace à nos forêts urbaines ?

Forêt de chênes. Photo : libre de droit

La maladie, causée par un champignon qui se transmet par contact racinaire ou par des insectes vecteurs, bloque la circulation de la sève et conduit à une mort rapide des chênes.

Xavier Renald

Présent depuis 1944 aux États-Unis, le flétrissement du chêne a été observé en Ontario en 2023. Les spécialistes de cette maladie souhaitent aujourd’hui sensibiliser la population canadienne afin de prévenir la propagation dans l’Est du Canada.

Une maladie qui n’a pas de frontière

« Si cette maladie se répandait au Canada, elle pourrait avoir de graves répercussions sur les populations de chênes », prévient Philippe Tanguay, chercheur en pathologie moléculaire forestière.

Le flétrissement du chêne, causé par le champignon Bretziella fagacearum, n’est plus présent au pays à l’heure actuelle. Après des cas d’introduction de la maladie en Ontario, l’abattage des arbres infectés a suffi à freiner la propagation.

Toutefois, la maladie est bien présente dans plusieurs États limitrophes avec le Canada, soutient M. Tanguay : « On s’attend donc à la voir surgir éventuellement dans un avenir, espérons-le le plus éloigné possible ». Le scientifique rapporte que la maladie est actuellement observée à environ 500 mètres de la frontière canado-américaine.

Comme la maladie ne voyage pas rapidement d’un arbre infecté à un autre, l’inquiétude des chercheurs vient d’une autre source : les coléoptères de la sève ou nitidules.

« Ces petits insectes-là vont transporter les spores du champignon vers un arbre sain. Puis, les insectes sont attirés par la sève, par le sucre, donc si l’arbre est blessé, il va suinter de la sève puis les insectes vont aller visiter la blessure », explique le chercheur qui travaille pour Ressources Naturelles Canada.

« Si les insectes transportent des spores sur leur dos, ils vont pouvoir infecter un nouvel arbre, créer un nouveau foyer d’infection qui va pouvoir se répandre après par contact racinaire. »

Philippe Tanguay

Avec le commerce transfrontalier entre le Canada et les États-Unis, les chances qu’un insecte transportant des spores de champignons responsables de la maladie traverse la frontière sont élevées. C’est pourquoi les chercheurs misent sur la sensibilisation pour permettre de prévenir l’avènement de la maladie.

Des insectes présents en grand nombre dans les parcs urbains

Les coléoptères de la sève, ou nitidules, se retrouveraient en très grand nombre en milieu urbain selon Kishan Sambaraju, un collègue de M. Tanguay spécialisé en modélisation des ravageurs forestiers.

M. Sambaraju étudie ces insectes à plusieurs endroits au Québec : le Parc de la Gatineau, le Parc national du Lac-Témiscouata, le Parc national de Forillon, Sherbrooke et la grande région de Québec. Il publiera d’ailleurs bientôt un article scientifique sur les coléoptères de la région de Québec.

Des nitidules au microscope. (Photo : Courtoisie)

« Lors de notre étude, nous avons constaté que les forêts urbaines sont des réservoirs importants des vecteurs clés du flétrissement du chêne », rapporte Kishan Sambaraju. « Nos résultats suggèrent donc que ces forêts devraient être surveillées attentivement afin de détecter rapidement la maladie et éviter ainsi que le flétrissement du chêne s’étende à travers l’Est du Canada », poursuit-il.

Selon Philippe Tanguay, il y aurait environ 12 000 chênes seulement sur les terrains de la Ville de Québec. Si on considère l’abondance de coléoptères qui pourraient être vecteurs de la maladie, on comprend rapidement que le danger est réel pour la population de chênes dans la région.

« J’ai des collègues qui ont estimé que seulement pour gérer la maladie, le coût de remplacement de ces arbres-là pour la Ville de Québec, ça s’élevait à 12 millions de dollars », souligne M. Tanguay.

Les coûts écologiques d’une épidémie de flétrissement du chêne sont également très importants. Les chênes fournissent de la nourriture à plusieurs espèces animales, dont les écureuils et certaines chauves-souris.

La sensibilisation, la clé du succès pour limiter la propagation

Afin de lutter contre la propagation du flétrissement du chêne, la sensibilisation de la population est la meilleure arme des scientifiques. C’est d’ailleurs grâce à la détection rapide d’un arbre infecté que la maladie a été éradiquée en Ontario.

La première recommandation est d’éviter de transporter du bois de chauffage d’une région à l’autre. « Les gens qui font du camping ne devraient pas amener leur bois de chauffage. On devrait acheter le bois sur place puis laisser ce qui nous reste en partant », indique Philippe Tanguay.

« C’est bien documenté pour cette maladie-là en particulier. On a un cas de répertorié d’un nouveau foyer à 100 km du plus près, qui était intimement lié au déplacement de bois de camping pour chauffage. »

Philippe Tanguay

Le deuxième conseil est d’éviter d’élaguer les chênes dans la période à risque, soit du 1er avril au 31 juillet. Cette période représente le moment où on retrouve la plus grande abondance d’insectes vecteurs. « C’est aussi la période où le champignon va sporuler sur le chêne », mentionne M. Tanguay. En évitant d’élaguer nos chênes durant cette période, le risque d’attirer des insectes infectés est considérablement réduit.

Philippe Tanguay est détenteur d’un doctorat en biologie moléculaire et en biocontrôle des champignons phytopathogènes de l’Université de la Colombie-Britannique. (Photo : Courtoisie)

Enfin, le chercheur conseille aux gens de s’informer et de rester vigilant par rapport aux signes et symptômes de la maladie. Si vous doutez qu’un de vos chênes soit infecté, n’hésitez pas à contacter l’Agence canadienne de l’inspection des aliments. 

« Souvent, les symptômes qui vont être détectés par les gens vont être très apparentés à de la sécheresse, par exemple, un chêne qui perd ses feuilles en plein milieu du mois de juillet. Ce n’est pas normal, donc si vous avez un cas comme ça, il faut vraiment contacter l’Agence canadienne d’inspection des aliments », révèle M. Tanguay.

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