Plusieurs tatoueurs de la région de Québec remarquent une baisse de clientèle. Datant d’environ deux ans, cette perte d’activité s’ajoute à l’entrée polarisante de l’IA dans le métier.
Étienne Dufour
La situation économique actuelle force plusieurs consommateurs à réévaluer leurs dépenses. N’étant pas un besoin essentiel, le tatouage est souvent coupé des budgets, au détriment des artistes. C’est ce que remarquent les tatoueurs du studio 1988, du studio Le Groove, du Tattoo Shack et idem.48. L’IA vient aussi ébranler la profession. Utilisée pour la création d’images par des artistes ou des clients, la nouvelle technologie rencontre une vive opposition dans le milieu.
Des temps difficiles
« Depuis 1 à 2 ans, l’achalandage a diminué. L’économie est plus difficile, donc les gens peuvent moins se permettre des rendez-vous de tatouage. Deux artistes de notre équipe ont même dû se trouver un deuxième emploi, car il devenait trop difficile d’en vivre et de faire cela à temps plein. », note une artiste du studio Le Groove.
La clientèle type des tatoueurs interrogés n’a, en moyenne, pas le plus grand pouvoir d’achat car plus jeune. Cependant, Le Tattoo Shack et le studio 1988, des salons bien établis, semble moins touché.
« Oui, il y a une baisse. On la ressent peut-être moins comparativement à d’autres studios qui ne bénéficient pas des touristes autant que nous, mais pas rapport aux clients locaux, oui il y en a une. », remarque Noémie Lefrançois du Tattoo Shack, situé sur la rue St-Jean dans un secteur plus touristique.
De son côté, Olivier Casault du 1988 remarquait une baisse de la demande depuis la crise de la COVID-19, mais parle d’un retour vers la normale. Il attribue cette tendance à une saturation de l’offre à la sortie du confinement, puis d’un équilibre qui revient tranquillement. Il ajoute cependant que la nouvelle réalité a nécessité une remise en question et une adaptation.
L’IA : les artistes se font un sang d’encre
La génération d’image par intelligence artificielle apporte aussi un enjeu éthique.
« Le gros problème de l’IA c’est que de gros artistes l’utilisent, mais ne le disent pas. Et c’est plus de tatoueurs qu’on pense. Ça permet de créer des images de références à l’infini. Ceux qui, comme moi, refusent de l’utiliser sont désavantagés. Chaque artiste a son style personnel et l’IA va à l’encontre de tout ça. », affirme idem.48, tatoueur indépendant. « La plupart se justifient en disant qu’ils vendent le produit fini. C’est pas ça l’art de tatouer. », ajoute-t-il.
Les artistes du Groove partagent aussi un avis similaire quant aux enjeux éthiques.
Les autres artistes interrogés à ce sujet semblent, eux aussi, être critiques de la nouvelle tendance. « L’enjeu c’est de savoir l’utiliser. Recevoir des images générées par l’IA, d’un côté c’est offusquant pour un artiste, mais d’un autre si tu ne le prends pas, le client va ailleurs. Il faut prendre ce qu’ils nous donnent, mais le refaire à notre façon. », note Olivier Casault.
é« En soi, c’est un bon outil qui permet de mieux comprendre la vision du client. Là où ça devient problématique, c’est par rapport aux attentes des clients. Souvent, ce que le robot a créé, ce sont des choses qui ne se tatouent même pas. Non seulement ça, mais sans le vouloir, ça enlève un peu l’essence du concept de se faire tatouer. Choisir son artiste pour le travail qu’il fait. Aimer l’art pour l’art. Être tatoueur, c’est très humain comme métier. C’est dommage que ce soit réduit à une conversation avec un robot. », affirme Noémie Lefrançois. « Je ne suis pas contre, mais il y a toujours deux côtés à une médaille. », conclut-elle.
Cette baisse d’activité et l’utilisation d’intelligence artificielle soulèvent des questions sur le futur de l’art. Bien que, questionnés sur le sujet, des tatoueurs réfutent l’idée que le tatouage ne serait plus à la mode, force est de constater que la pratique se marginalise dans le contexte actuel. Pour certains artistes, la saison estivale, d’habitude plus achalandée, ne semble pas porter fruit pour l’instant.


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