Albert Speer et Hitler

Albert Speer et HitlerAlbert Speer entretenait une relation privilégié avec Hitler. (image couvertuer du livre de Joachim Fest)

Saviez-vous que… si Albert Speer[i] a échappé à la peine capitale lors du procès de Nuremberg, suite à la Deuxième Guerre mondiale, il en serait sans doute tout autrement aujourd’hui ? Les 23 autres accusés, tous également hauts gradés nazis, ont adopté une défense commune : ils n’avaient pas d’autre choix que d’obéir aux ordres de leurs supérieurs. Speer, lui, a plutôt appuyé son témoignage sur le fait qu’il ignorait les crimes commis par le régime national-socialiste.

Une chronique de Pierre Drolet

Albert Speer a été l’architecte personnel de Hitler, l’artiste aux édifices gigantesques, grandioses jusqu’au ridicule, mais à la fin de la guerre, l’administrateur génial d’une industrie allemande de l’armement qualifiée de « véritable miracle ». Si la justice s’est montrée clémente envers lui, cela tient avant tout au fait qu’il est apparu plus sympathique que ses co-accusés, qu’il a toujours agi en homme bien élevé et qu’il avait épousé la cause anglo-américaine suffisamment pour impressionner les procureurs et les juges. Les Américains, qui l’avait questionné de long en large, avaient beaucoup appris de ses prouesses technologiques. On a considéré aussi qu’à la fin de la guerre, il avait tenté à quelques reprises de tuer Hitler, et qu’au risque de sa vie, il s’était opposé concrètement à ses ordres d’appliquer la politique de la terre brûlée : il avait convaincu des gauleiters et des chefs d’entreprises de sauver de la destruction des infrastructures industrielles et des installations essentielles à la vie en Allemagne et dans une partie de l’Europe. 

Speer se considérait comme un artiste et un architecte, un technocrate entièrement apolitique. Il prétendait avoir exercé sa vie professionnelle sans avoir été au courant de la politique, ce qui s’avère difficile à croire, puisqu’il faisait partie du cercle des intimes de Hitler et qu’il était lui-même ministre du Troisième Reich. Speer a toujours nié fermement avoir été au courant de l’extermination des Juifs, prétendant n’en avoir eu que de vagues pressentiments. Or, il ne pouvait ignorer l’existence des camps de concentration et les assassinats de masse. Il semblait vouloir « prouver qu’il était possible d’avoir servi Hitler sans réserve, et en occupant de surcroît une position dirigeante, tout en ignorant les innombrables crimes commis par le régime[ii]. » De nos jours, une telle prétention ferait sa perte, les commentateurs ayant plutôt tendance à penser qu’il s’est complètement moqué de la justice, afin de sauver sa vie.

Albert Speer n’a pourtant jamais nié sa responsabilité. Il a reconnu sa culpabilité aux crimes commis par le régime hitlérien, mais il niait avoir été en pleine connaissance d’un plan d’extermination prémédité et systématique des Juifs, ce qui, d’après lui, constituait une grande différence morale. On l’a finalement condamné à 20 ans de prison, qu’il a purgés à Spandau, à cause de sa participation à la déportation de travailleurs étrangers et à l’emploi de prisonniers dans les usines d’armements, ce qui est contraire aux règles de la guerre.


[i] Entre autres, Albert Speer. Le confident de Hitler. Joachim Fest. Éditions Perrin. Tempus. 1999. 503 p.

[ii] Op. cit., p. 10.

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