À l’occasion de la Journée mondiale du théâtre, la compagnie Nous sommes ici enverra 1 000 avis de convocation à travers la ville de Québec pour inviter le public à assister gratuitement à la pièce Arnaud pour Justine au Théâtre Périscope. Une initiative qui vise à sortir le théâtre de son entre-soi et à rappeler son rôle social.
Dans la semaine du 23 au 27 mars, mille citoyennes et citoyens de Québec recevront par la poste un avis de convocation peu habituel. Inspirée du fonctionnement des jurys populaires, cette initiative de la compagnie Nous sommes ici, en collaboration avec le Théâtre Périscope et la compagnie Vénus à vélo, donnera accès à un total potentiel de 2 000 billets gratuits pour la pièce Arnaud pour Justine, présentée du 28 avril au 16 mai.
L’idée : détourner les codes de la convocation judiciaire pour inviter le public à assister à une œuvre théâtrale. Une manière, selon le metteur en scène Alexandre Fecteau, de rappeler que la participation à la vie culturelle peut relever d’une forme de responsabilité citoyenne. « On convoque le citoyen d’abord », explique-t-il. « Ensuite, chacun déterminera s’il se sent plus citoyen ou spectateur. »
Sortir de la “chambre d’échos”
Ce projet s’inscrit dans une réflexion plus large sur les publics du théâtre. Pour Alexandre Fecteau, les œuvres à portée sociale risquent souvent de rejoindre un public déjà sensibilisé aux enjeux abordés. « On a souvent l’impression de prêcher à des convertis, d’être dans une chambre d’échos », souligne-t-il. « Si on arrivait à rejoindre des personnes qui ne fréquentent pas les salles de théâtre, on pourrait avoir une portée plus grande. »
L’envoi de convocations aléatoires vise ainsi à élargir le public et à susciter l’intérêt de personnes qui ne se sentent pas spontanément concernées par ce type de propositions artistiques. Le choix du courrier postal, plutôt que des outils numériques, répond également à cet objectif. « Le défi, c’est que les gens ouvrent la lettre et y portent attention. L’électronique aurait pu être perçu comme une tentative d’arnaque. Avec la poste, on mise sur un geste concret, tangible. »
Un geste artistique hors les murs
Au-delà de sa fonction promotionnelle, la démarche se veut aussi artistique. Le projet commence avant l’entrée en salle et s’inscrit dans la vie quotidienne des destinataires. Alexandre Fecteau s’attend à une diversité de réactions : « De la suspicion, de la curiosité, de l’incompréhension. On assume cette part d’étrangeté. Pour certains, ce sera séduisant, pour d’autres, plus inquiétant ». Une campagne médiatique accompagne l’initiative afin d’en assurer la crédibilité et de permettre aux personnes qui reçoivent la convocation de valider son authenticité.
Une œuvre sur le droit à la sexualité
La pièce Arnaud pour Justine aborde un enjeu rarement traité sur scène : le droit à la sexualité pour les personnes en situation de handicap. Elle raconte l’histoire de Justine, une femme dans la quarantaine vivant avec la paralysie cérébrale, qui fait appel à un assistant sexuel pour explorer sa sexualité. Cette relation, empreinte de bienveillance, suscite toutefois la méfiance d’une préposée aux bénéficiaires, qui porte plainte. En vertu de la loi canadienne sur la prostitution, ce sont les clients qui sont criminalisés, ce qui conduit à une situation paradoxale où Justine se retrouve sur le banc des accusés. La pièce met ainsi en lumière les limites d’un système judiciaire qui peine à prendre en compte certaines réalités humaines.
Le théâtre comme outil de sensibilisation
Pour Alexandre Fecteau, le théâtre peut jouer un rôle important dans la compréhension des enjeux sociaux. « Être un bon citoyen, c’est avoir une sensibilité à l’autre. Le théâtre peut faire partie d’un travail de sensibilisation, dans le sens de devenir sensible à », affirme-t-il. Sans chercher à imposer une prise de position, Arnaud pour Justine vise à provoquer une rencontre entre le public et une réalité souvent invisible. « Les gens qui viendront verront une représentation sincère et sensible de l’assistance sexuelle. Mais surtout, ils auront l’occasion d’être touchés. »
Une invitation à répondre
Si la convocation peut surprendre, elle repose néanmoins sur un principe simple : offrir une expérience gratuite et accessible, sans obligation autre que celle de se présenter. Reste à savoir combien de personnes répondront à l’appel.
Mais pour la compagnie, l’enjeu dépasse la fréquentation. Il s’agit avant tout d’ouvrir un espace de réflexion et de rencontre, où le théâtre devient un lieu de dialogue entre l’individu et la collectivité.

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