La passerelle des Amériques

Quoi qu'on dise par Martin ClaveauMartin Claveau (Photo : archives Carrefour de Québec)

Je me bats tous les jours avec ma fille, depuis qu’elle est jeune, pour qu’elle aille à pied, à l’école et pour la motiver, je l’accompagne. Ça me permet de passer de beaux moments, avec elle, en plus de nous faire prendre l’air pollué du coin. J’aime marcher et mon boulot me le permet, alors je le fais. Elle n’a plus besoin de moi pour s’y rendre, mais je persiste à faire la « ride » avec elle, autant que possible. Mon petit tendron a ainsi fréquenté les écoles Saint-Fidèle, des Berges et maintenant, elle est à Cardinal-Roy. Cela dit, le chemin pour cet établissement est le plus long et possiblement le moins intéressant que nous ayons parcouru, mais nous y allions, quand même à pied, jusqu’à tout récemment.

 Pour traverser l’autoroute Laurentienne, nous utilisions la passerelle qui est située en face du stade de baseball. Elle était très pertinente pour nous, mais voilà que depuis le milieu de l’automne, on l’a fermé sans trop expliquer pourquoi. Elle serait supposément dangereuse…

Bon, elle ne doit pas être si dangereuse que ça car 60 000 voitures par jour continuent de circuler en dessous, mais pour les piétons, elle demeure fermée pour une raison sybiline à ce jour.  Radio-Canada a accouché récemment d’un court reportage sur le sujet.  Ça ne disait pas grand-chose, outre, le détail, que cette passerelle n’appartiendrait à personne ou enfin personne ne désire en assumer la responsabilité.  Ni la ville, ni le ministère des transports n’en veulent. Ça fait que notre chemin est barré pour cause d’aliénation gouvernementale…

Il faut maintenant faire un méga détour pour accéder à l’école à pied de chez nous sans passer par l’autoroute. Dans notre cas, se rendre à l’école représente en temps normal 1,8km lorsque nous empruntons la passerelle. Par contre, si on fait le détour, suggéré par la ville, ça représente un trajet de 2,8 k alors ça devient un peu beaucoup, le matin pour une adolescente de 13 ans qui chigne et qui me réclame tous les jours d’y aller en voiture comme toutes ses amies

 L’autre option est de passer directement sur le bout de l’autoroute Laurentienne, à pied, à l’heure de pointe et sans lumière piéton. Il faut choisir soigneusement son moment et ça demeure à nos risques et périls car les autoroutes demeurent foncièrement allergiques aux piétons. Les automobilistes ont aussi tendance à nous dévisager et à se demander ce qu’on peut bien foutre là, à ce moment de la journée.  La distance que nous franchissons est alors la même. Pour nous, c’est la meilleure option à pied, mais pour le bon sens il faudra repasser.

   J’ai tenté récemment d’interpeller la conseillère de Saint-Roch, Élainie Lepage, à ce sujet, mais bon elle n’avait pas le temps de me parler.  Après un bref échange, par messagerie, cette apôtre de la mobilité durable m’a affirmé que la passerelle était une priorité  pour elle, mais que ça demeurait compliqué…

 Je ne me ferai pas trop d’illusions.  Je comprends qu’une priorité qui n’appartient à personne est comme un iceberg qui dérive tranquillement dans la baie d’Hudson et tout le monde s’en balance. D’après mes informations, il n’y aura aucun développement pour la passerelle cet hiver et l’avenir de cet ouvrage semble dorénavant plus nébuleux que constellation de la chevelure de Bérénice.

 Le résultat mesurable de tout ça est que je prends maintenant, bien plus souvent mon char pour aller reconduire ma fille à l’école, à son plus grand plaisir d’ailleurs… 

 Pendant ce temps-là, dans une ville où l’on déblaie parfois des pistes cyclables, pour trois vélos par jour, une passerelle, utilisée par des centaines de personnes quotidiennement, accumule la neige et agrandit les craques de son béton.  Comme quoi parfois, même au pays de la mobilité active, la chose la plus raisonnable à faire est parfois de prendre son char. 

Mais j’y pense au fait, juste comme ça, comme elle est à personne, ma passerelle, on pourrait le signaler à Donald Trump. Qui sait s’il ne s’empresserait pas de la déclarer territoire américain et de la renommer passerelle des Amériques? Peut-être que ça ferait réagir nos élus et qu’ils se dépêcheraient de l’entretenir…

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