Chronique : Tank Girl

David LemelinDavid Lemelin est content du dénouement de la longue histoire de l'Îlot Saint-Vincent-de-Paul. (Photo : Archives Carrefour de Québec)

Par David Lemelin

C’est tout le problème avec les images fortes : ça gâche une idée au lieu de la valoriser.

Aussi, quand l’ancienne conseillère municipale Anne Guérette écrit, le plus sérieusement du monde sur Twitter, pour continuer sa guerre personnelle contre le tramway, que « vous le vouliez ou non, on va continuer de se placer devant comme à place Tian’anmen, en 1989. C’est pas vrai qu’on va se faire entrer un train dans la gorge à l’encontre de la volonté du peuple »… tout ce qu’elle défend et dit, soudainement, n’a plus aucune valeur.

C’est juste… stupide.

Rappelons que les manifestations de la place Tian’anmen de 1989 se sont déroulées dans une dictature brutale, en Chine, conduites par des étudiants, des ouvriers et des intellectuels qui dénonçaient la corruption et souhaitaient vivre dans un pays plus démocratique.

L’image la plus forte est alors venue de ce courageux opposant, le « tank man », qui s’est tenu seul, debout, devant une colonne de chars d’assaut, symbole exceptionnellement puissant de ce que la résistance humaine peut avoir de plus noble et de plus beau. Tout le monde s’en souvient.

Alors, comparer le projet de tramway à un événement historique qui s’est conclu par un massacre de plusieurs milliers de personnes est, au mieux, malhabile.

J’ai fait aussi niaiseux, en 2013, en comparant le régime de Labeaume à celui de la Corée du Nord. J’ai reconnu le ridicule de la chose et n’ai jamais répété l’expression. Anne Guérette était avec moi, à l’époque. Elle devrait avoir retenu la leçon.

Mais, non.

Elle, comme beaucoup de ses alliés opposés au tramway, laisse la colère et l’émotion guider ses déclarations. Au « procès du tramway », qui se déroule présentement, les poursuivants emploient des mots tels que « désastre », « projet corrompu, destructeur et malsain » et vont jusqu’à parler de « dirigeants totalitaires, violeurs, mauvaises graines, djihadistes pro tramway ».

C’est clownesque.

Le djihadisme va devoir hausser son niveau de brutalité, parce qu’on les compare à des représentants élus qui poussent un projet qui est analysé sur la place publique : on est loin des gorges tranchées, des bombes et des personnes capturées, non?

Ça évacue tout le sérieux de la cause. Complètement.

Je crois pourtant que le projet doit être analysé, critiqué, scruté à la loupe, avec des citoyens informés et pris en compte. Que ce soit dur pour la Ville, d’accord, si cela doit la conduire à faire pour le mieux.

Mais, avec ce genre d’opposants, ce n’est pas ce qui se produit : ça donne à la Ville une image de sagesse qu’elle n’a pas forcément. En réalité, il y a beaucoup d’amateurs autour de la table, à commencer par le maire, qui essaie d’avoir l’air en contrôle de quelque chose qu’il ne connait pas. Le chef de l’opposition, Claude Villeneuve, a probablement raison : le maire est en train de l’échapper.

Or, je ne le souhaite pas. Je veux mon tramway. Cette population qui « n’en veut pas » contient aussi de nombreuses personnes, comme moi, qui en veulent. J’espère seulement que quelqu’un de compétent finira par prendre le leadership.

Ce n’est donc pas en jouant la « tank girl » que l’opposante obstinée fera mourir le projet. C’est peut-être ceux qui le défendent qui y parviendront, sorte d’ironie spectaculaire.

D’ici là, si vous voulez qu’on vous prenne au sérieux un minimum, opposants au langage abusif, jetez aux ordures ces mots de vocabulaire qui vous font passer pour ce que vous reprochez à vos adversaires. Québec mérite mieux que ça, franchement.

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