Les femmes sont plus présentes en politique

En cette campagne électorale provinciale, on peut constater qu’il y a beaucoup de femmes candidates, chose dont on entendait très peu parler dans les médias. Je me suis ainsi intéressée à comprendre ce qui explique la hausse de la présence des femmes en politique, les obstacles rencontrés et la question de la parité.

Par Mélissa Gaudreault

L’un des facteurs qui explique la présence de plus en plus forte des femmes en politique est l’intérêt des partis politiques à travailler avec elles et à les positionner dans des comtés où elles ont des chances d’être élues, déclare Sophie Villeneuve, co-fondatrice de l’organisme La Cuvée.

Elles sont également plus présentes parce qu’elles souhaitent que leurs intérêts soit représentés, surtout si l’on pense au fait qu’elles composent plus de 50% de la population, explique Catherine Lemarier-Saulnier, professeure au Département de communication publique de l’Université Laval, spécialisée dans la représentation des femmes dans l’espace public.

Il y a aussi plus d’enjeux qui touchent les femmes, ajoute-t-elle, comme les places et les frais de garderies, la hausse du coût de la vie surtout au niveau de la facture d’épicerie.

« Je voulais porter mes convictions sur la place publique et contribuer au changement. J’ai des idées pour l’avenir de Québec et j’avais envie de les mettre de l’avant et je me suis dit que la politique était un bon endroit pour faire ça. Mes motivations personnelles sont l’environnement, la justice sociale et la souveraineté du Québec. » – Jeanne Robin, candidate du Parti québécois dans Taschereau

Enfin, les sources rencontrées s’entendent pour dire que le fait que l’on voit de plus en plus de femmes en politique, dont certaines pourraient être considérées comme des modèles, en inspirent d’autres à se lancer aussi.

On peut penser à Valérie Plante qui est la première mairesse de Montréal, à Pauline Marois en tant que première femme première ministre du Québec, Véronique Hivon, Geneviève Guilbault, Monique Gagnon-Tremblay, Lise Bacon et Catherine Fournier pour ne nommer que celles-là.

Les obstacles

L’immersion dans la vie politique n’est cependant pas facile et sans embûche pour les femmes. Plusieurs éléments peuvent décourager les femmes à se présenter ou du moins les faire douter.

Selon Sophie Villeneuve, la conciliation travail-famille est souvent le principal élément, avec les longues heures de travail et l’absence de garderie à l’Assemblée.

Catherine Lemarier-Saulnier souligne aussi le stéréotype selon lequel les femmes ne sont pas faites pour faire de la politique.

« On a souvent répété aux femmes que c’était pas fait pour elles, que c’était un métier super difficile, qu’elles n’avaient pas vraiment leur place d’une certaine façon et prendre la parole pour les femmes dans l’espace public c’était difficile, donc quand on met l’accent là-dessus c’est sûr que ça décourage les femmes à se présenter, et tout le harcèlement qu’elles subissent sur les réseaux sociaux. »

Elle ajoute que le jugement porté sur leur apparence physique et leur attitude prend souvent tellement de place qu’elles n’ont plus l’occasion de parler de leurs idées et c’est plus difficile pour elles d’établir leur crédibilité et d’avoir leur travail reconnu contrairement à leurs homologues masculins.

D’après Esther Lapointe, directrice générale du Groupe Femmes, Politique et Démocratie, que les femmes ne soient pas assez valorisées, qu’elles doutent de leurs capacités et l’incertitude d’avoir la possibilité de quitter temporairement leur emploi pendant la campagne et de revenir si elles ne sont pas élues sont aussi des facteurs dissuasifs.

Jeanne Robin a hésité à s’impliquer en politique au départ parce qu’elle ne savait pas si elle avait les compétences et elle voulait être une bonne députée.

La parité

Au Québec, la parité n’a été atteinte qu’en 2018 aux élections générales avec 47,4% de candidates et 41,6% d’élues, c’est-à-dire 52 sièges sur 125 (Conseil du Statut de la femme, Concrétisons la parité de façon pérenne, Mémoire sur le projet de loi no 39, loi établissant un nouveau mode de scrutin, p.11, 2020).

Cette même année, on comptait 27% de députés femmes à l’Assemblée nationale pour la région de la Capitale-Nationale (Conseil du Statut de la femme, Portrait statistique – Présence des femmes et des jeunes dans des lieux décisionnels et consultatifs, 2019).

Aux élections provinciales actuelles, plus précisément pour la région de la Capitale-Nationale, on compte 21 femmes candidates sur 55 hommes pour les cinq partis politiques principaux (Parti québécois, Québec solidaire, CAQ, Parti libéral, Parti conservateur), c’est-à-dire 38,2%. La parité n’est donc pas atteinte, puisque le seuil est établi entre 40 et 60%.

Esther Lapointe, directrice générale du Groupe Femmes, Politique et Démocratie, s’indigne du fait qu’on n’ait pas encore atteint la parité, qui selon elle devrait se situer entre 45 et 55% des élus.

« Au Groupe Femmes, Politique et Démocratie, ça fait des années qu’on réclame une loi sur la parité, au palier de l’Assemblée nationale, c’est-à-dire une loi obligeant les partis à présenter autant de femmes que d’hommes. La zone paritaire dont nous toujours parler c’est pour les élues, mais si vous voulez un minimum de 40% de femmes élues ça prend au moins 40% de femmes candidates. D’ailleurs, la parité c’est 50%. » – Esther Lapointe

La parité est importante en politique, non seulement afin de représenter adéquatement les intérêts des femmes, mais également pour ce qu’elles apportent comme contribution, affirme-t-elle.

« Je pense qu’il est nécessaire d’avoir des femmes en politique parce qu’elles représentent 50% de la population. Si on se prive des femmes en politique, on se prive de 50% de nos capacités », renchérit Jeanne Robin.

Les femmes ont un point de vue et une expérience de vie différente de celle des hommes, elles leur sont complémentaires. Leur présence permet de voir les choses d’une autre façon et peut-être même de trouver une solution à un problème que les hommes ont de la difficulté à résoudre. Elle contribue aussi à faire changer les mentalités et les pratiques, selon Catherine Lemarier-Saulnier.

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