Marie-Ève Croteau : la championne canadienne de paracyclisme de Charlesbourg

Marie-Ève Croteau participera à la Coupe du monde à Charlesbourg, dans les rues où elle a grandi. (Photo : Juliette Nadeau-Besse).

La Ville de Québec accueillera pour la première fois la Coupe du monde de paracyclisme en août 2022. Le Carrefour a rencontré Marie-Ève Croteau, championne canadienne en paracyclisme sur route originaire de Charlesbourg qui compétitionnera chez elle cet été. L’athlète souhaite que les citoyens de la Ville de Québec profitent de l’événement pour découvrir son sport et s’inspirer des paracyclistes.

Par Juliette Nadeau-Besse

1ère place aux Championnats canadiens

Marie-Ève Croteau a remporté la première place à la course sur route en tricycle lors des Championnats canadiens d’Edmonton en juin dernier. Elle est grimpée sur la plus haute marche du podium pour sa première compétition après une importante opération.

Une météo complètement imprévisible attendait les athlètes canadiens. Grêle, pluie et forts vents ont affronté les participants des Championnats canadiens de cyclisme sur route. Le Québécois Charles Moreau a remporté l’argent en vélo à main, malgré une crevaison en début de course. Homologue masculin de Croteau, Louis-Albert Corriveau-Jolin a ravi l’or en tricycle T2. Marie-Claude Molnar a également remporté l’or dans la catégorie C4.

La course a été particulièrement éprouvante pour Marie-Ève Croteau, comme ses handicaps ne lui permettent pas de pédaler debout lors des montées. Alors que la plupart des athlètes dans sa catégorie (T2) sont en mesure de le faire, Croteau n’a qu’une jambe sur laquelle s’appuyer et ne peut donc pas se lever pour pédaler. Le circuit des Championnats d’Edmonton comportait une montée au départ et une de 11% en fin de parcours.

La classification en paracyclisme est effectuée selon deux critères : le type de vélo et le niveau d’handicap. La lettre de chaque catégorie indique le type de vélo, et le chiffre indique le niveau d’handicap, 1 étant le plus élevé.
C = Cycle, vélo régulier avec ou sans adaptation;
T = Tricycle;
B = Tandem, réservé aux athlètes non-voyants;
H = Vélo à main.

Philosophie de vie

La cycliste espère que la Coupe du monde qui se tiendra à Charlesbourg du 4 au 7 août prochains donnera une leçon de persévérance à ses concitoyens. Comme le parcours se déroule dans les rues de Charlesbourg (les mêmes où l’athlète a grandi), les amateurs pourront admirer de près les différentes compétitions.

Bien qu’ils soient aveugles, paralysés, amputés ou autres, les cyclistes présents sont particulièrement impressionnants, estime Marie-Ève Croteau. « Les gars ont une jambe, ou il leur manque un bras et une jambe et ça roule en chien! C’est impressionnant. Honnêtement ça donne des leçons de vie. » Pour la sportive, il est important de rappeler aux personnes vivant avec un handicap et à leurs proches que « la vie ne s’arrête pas là ».

C’est d’ailleurs pour faire la promotion de cette philosophie et de la persévérance, dans le sport comme dans la vie, que l’athlète offre parfois des conférences dans les écoles. Son discours est d’une honnêteté touchante et a déjà changé de nombreuses vies sur son passage. Jeunes et moins jeunes ont beaucoup à apprendre de la persévérance, de l’optimisme et du vécu de Marie-Ève Croteau.

Malgré les nombreuses épreuves qui ont croisé son chemin, l’athlète demeure positive et ne changerait pas forcément sa vie si elle le pouvait. Elle est surtout reconnaissante de toutes les opportunités, les voyages et les découvertes qui se sont présentés à elle. Décidément, Marie-Ève Croteau se spécialise dans l’appréciation du beau côté de la médaille!

La petite histoire sportive

Dans son enfance, Marie-Ève Croteau n’était pas une cycliste aguerrie. Ses sports de prédilection étaient plutôt la ringuette en hiver et le soft-ball compétitif en été. C’est en réadaptation en 2011 que la championne a eu un véritable coup de cœur pour le paracyclisme.

À l’époque, c’est le coach cycliste Eric Van Den Eynde qui lui a fait essayer ce sport pour la première fois, et c’est ce même coach qui la suit toujours aujourd’hui. Ayant essayé le tricycle pour la première fois en 2010, Marie-Ève Croteau s’est rapidement démarquée sur la piste de course et elle a tout raflé lors de sa première année de compétitions. Après quelques courses seulement, l’athlète a déniché le titre de championne du monde en sols espagnols en 2011.

Une commotion cérébrale a nuit à son ambition paralympique de 2012 à Londres, puis un accident et un vol de vélo lui ont mis des bâtons dans les roues en 2016 pour Rio. Ces incidents ne lui ont pas empêché de cumuler les victoires à l’international.

Marie-Ève s’entraîne notamment pour parvenir aux Jeux Paralympiques de 2024. « C’est la seule médaille qui me manque au cou, » explique-t-elle. Si la santé et le plaisir sont au rendez-vous, Marie-Ève y sera aussi!

Sportive dans l’âme, Croteau aimerait éventuellement tenter le hockey-luge, lui rappelant ses jeunes années de gardienne de but à la ringuette. Elle a déjà goûté au « paracurling », mais le froid rend ce sport difficile et dangereux pour Marie-Ève Croteau, qui a des problèmes de circulation sanguine dans les mains et les pieds.

La loterie de la malchance

Âgée de 42 ans, Marie-Ève Croteau a subi près d’une cinquantaine de chirurgies dans sa vie. En 1993, à l’âge de 13 ans, elle a été victime d’un accident de voiture alors qu’elle était piétonne. Déjà, elle a eu des interventions au poignet, au coude et à la hanche en lien avec cet accident.

En 1997, elle a souffert d’un syndrome compartimental au poignet. Il s’agit d’une rare complication à la suite des chirurgies déjà réalisées. Cette complication se manifeste par une forte pression sanguine, de la douleur et un gonflement dans le membre opéré.

Lors d’un voyage récréatif en 2010, Marie-Ève Croteau a contracté une myélite après avoir consommé un aliment contaminé. La myélite a atteint sa moelle épinière et causé sa paralysie du côté gauche de son corps. Elle a dû réapprendre à marcher et à fonctionner en réadaptation. C’est après cet accident qu’elle a découvert le paracyclisme.

En 2017, Marie-Ève Croteau s’est blessée en perdant l’équilibre, et une plaie a mal guérie. C’est par cette plaie ouverte à la main qu’une bactérie mangeuse de chair s’est attaquée à son corps et lui a fait perdre l’usage de son bras gauche.

Finalement, le 2 mai dernier, l’athlète a subi une chirurgie afin d’installer une forme de « pacemaker » pour l’intestin, puisque ses organes internes sont également atteints de paralysie. La nouvelle technologie dont elle bénéficie est fonctionnelle pour une quinzaine d’années. Il s’agit d’un exemple des nombreuses interventions dont a eu besoin Marie-Ève Croteau dans sa vie.

Marie-Ève Croteau souffre également de la maladie de Raynaud, un trouble de la circulation sanguine au niveau des doigts et des orteils qui est aggravé par le froid. Dans toutes ces épreuves, l’athlète se rassure d’avoir « gardé toute sa tête » et d’avoir fait ressortir le bon côté des choses.

La Coupe du monde de paracyclisme sur route se tiendra à Charlesbourg du 4 au 7 août 2022. Des activités ouvertes au public sont prévues pour les amateurs qui voudraient découvrir ce sport.

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