Donner le pas

Bruno MarchandLe maire de Québec, Bruno Marchand. Photo : Gabriel Côté

La nouvelle dynamique au conseil municipal prend forme peu à peu, à mesure que les jours passent et que les nouveaux élus apprennent à jouer leur rôle. Alors qu’on célébrait il y a quelques semaines seulement le « changement de ton » évident dans les corridors de l’Hôtel de Ville, l’enthousiasme de la collaboration et de la « politique autrement » commence maintenant à pâlir. Les choses ont certes changé, mais pas comme on le pensait avant le dépôt du budget.  

Depuis plusieurs semaines, une partie des efforts de Bruno Marchand est concentrée sur la création d’une nouvelle culture politique sur la rue des Jardins. Aux réunions du conseil de ville, il multiplie les appels à ne pas se soucier du « je », comme il dit, et à plutôt toujours garder en tête ce qu’il appelle le « nous ». Conscient de son statut « minoritaire », le maire a d’ailleurs choisi de donner suite en premier à des avis de propositions provenant des bancs de l’opposition, jouant la carte de celui qui prend les bonnes idées où elles se trouvent, sans égards pour des intérêts partisans.  

En théorie, cette magnanimité devrait avoir des effets positifs, et permettre au maire d’asseoir son autorité sur le conseil municipal. Mais rien n’est plus contraire à la politique que les idées abstraites, et il se pourrait bien qu’en tendant un peu trop les mains, Bruno Marchand soit en train de se passer les bras dans le tordeur. En effet, plutôt que de rejaillir sur le maire, l’esprit de collaboration qui s’est installé à l’Hôtel de Ville a permis à l’opposition officielle de s’imposer sur presque tous les plans, à la fin de l’année 2021.

Alors que les discours du maire au conseil de ville demeurent vagues et continuent de porter sur des généralités, le chef de l’opposition officielle profite de chacune de ses interventions pour amener à l’avant-scène des enjeux importants.

C’est lui qui a déposé un avis de proposition demandant à l’administration de se positionner par rapport au projet du gouvernement d’augmenter de cinq fois la norme permise d’émanations de nickel dans l’air. Plusieurs considèrent que le maire n’aurait pas dû se faire presser par l’opposition pour le faire. Son administration a maintenant jusqu’au 17 janvier, prochaine séance du conseil de ville, pour décider de ce qu’elle fera avec cette patate chaude. 

C’est aussi de Claude Villeneuve que provient la proposition de former un comité plénier pour que le Service de police présente aux membres du conseil municipal le fonctionnement et l’encadrement général du travail des policiers. 

Tout l’automne, on a vu Bruno Marchand imposer son rythme et donner le pas à ses adversaires pendant la campagne électorale. Depuis son élection, le nouveau maire donne plutôt l’impression de réagir, tant aux événements qu’à ce que fait l’opposition. Cela tient certes à son statut minoritaire, mais aussi et peut-être surtout à une attitude qu’il n’est pas le premier politicien à adopter : il a un plan, et il est déterminé à le suivre. 

M. Marchand a bien compris la sagesse qu’il y a à s’en tenir à un plan solide pour traverser le tumulte des événements qui surviennent au quotidien – son élection en témoigne. Mais il arrive que certaines situations commandent que l’on déroge d’un plan initial, et c’est toujours ceux qui comprennent ce qu’exigent les circonstances qui parviennent à dominer les événements et à imposer leur pas. En 2022, c’est sa capacité à faire précisément cela que Bruno Marchand devra démontrer. 

G.C.

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